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Les pays qui ont disputé le premier Euro n’existent plus (sauf la France)

Lucile Alard et Cédric Rouquette, mis à jour le 12.12.2015 à 13 h 17

La géopolitique a totalement bouleversé la raison d’être de l’Euro: des quatre pays alignés lors de la première édition, en 1960, un seul existe encore. Anciennes puissances du football, la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie et l'URSS ont disparu de la carte et leurs héritiers n’ont pas pris la relève.

Lors de la finale de l'Euro 1960 au Parc des Princes. STAFF/AFP.

Lors de la finale de l'Euro 1960 au Parc des Princes. STAFF/AFP.

Le 10 juillet 2016, la finale de l’Euro aura lieu à Saint-Denis. Le 10 juillet 1960, elle a eu lieu à Paris. Le clin d’oeil est sympathique, mais tout a changé depuis la première édition de ce qu’il faut appeler le Championnat d’Europe des nations de football. Quoiqu’il arrive, l’affiche de la finale ne sera pas identique à celle d’il y a cinquante-six ans.

C’est rigoureusement impossible, et l’évolution du niveau des équipes n’a rien à voir avec ça. Les pays qui composaient les trois quarts du plateau de l’Euro 1960 reposent aujourd’hui au cimetière, et il est impossible de faire se rencontrer les morts. Parmi les pionniers, un seul existe encore: la France. Les trois autres, URSS, Yougoslavie et Tchécoslovaquie, ont disparu dans les tourments de l’histoire.

En 1960, l’URSS est déjà défendue par le meilleur gardien du monde, Lev Yachine, pas encore Ballon d’Or. Elle remporte son premier et seul trophée continental au sommet de son rayonnement politique: Budapest a été maté en 1956, Spoutnik est allé dans l’espace en 1957, Cuba a fait allégeance tout près des côtes américaines; bientôt, la bombe H la plus puissante de l’histoire explosera au-dessus de l'archipel de la Nouvelle-Zemble. Sur sa route de ce championnat d’Europe au format bien plus réduit qu’aujourd’hui, elle n’a que deux pays à écarter: la Tchécoslovaquie, qui fait partie de sa zone d’influence, puis la Yougoslavie, qui a choisi, avec Tito, d’être plus autonome entre les deux blocs. Les Yougoslaves ont écarté en demi-finales la France, organisateur de cette édition.

Les trois pays de l’Est sont alors au sommet de l’Europe du football des nations. Leurs clubs finiront par ramener quelques coupes d’Europe isolées: le yougoslave et futur croate Dinamo Zagreb remporte la Coupe de l’UEFA en 1967. Le tchécoslovaque et futur Slovaque Slovan Bratislava soulève la Coupe des coupes en 1969. Le soviétique et futur ukrainien Dynamo Kiev laissera plus de traces en 1975 et 1986 dans la même compétition. Encore yougoslave pour peu de temps, l’Etoile Rouge de Belgrade remportera la Coupe des champions, la plus grande, en 1991, pour la plus grande fierté de la Serbie. Jusqu’à l’éclatement du bloc dans les années 1990, URSS, Tchécoslovaquie et Yougoslavie resteront des géants du football européen, quasiment à concurrence de la RFA ou de l’Italie. Le palmarès de l’Euro en porte les traces. Deux victoires (URSS 1960, Tchécoslovaquie 1976) et cinq places de finaliste (Yougoslavie 1960 et 1968, URSS 1964, 1972 et 1988) sanctionnent cette excellente santé.

Rupture de l'Euro 1992

La rupture est matérialisée par l’Euro 1992. Eliminée par la France, la Tchécoslovaquie n’a pas obtenu son billet. L’URSS et la Yougoslavie sont elles qualifiées. Dans les faits, l’Union soviétique n’existe déjà plus après les indépendances des différents pays, actées entre 1990 et 1991. Les joueurs évoluent sous la bannière provisoire de la CEI, la Communauté des états indépendants, également alignée aux Jeux olympiques d’hiver à Albertville et d’été à Barcelone cette année-là. Un Ukrainien, Anatoli Bychovets, est à la tête de l’équipe. Il dirige des joueurs russes, ukrainiens, géorgiens ou encore biélorusses. Son histoire s’arrête sur une horrible défaite face à l’Ecosse (3-0).

La Yougoslavie, sortie par une Argentine chanceuse en quarts de finale du Mondial 90 malgré une des plus grandes générations de son histoire (Susic, Pancev, Vujovic, Stojkovic, Prosinecki, Savicevic et deux petits jeunes encore débutants, Davor Suker et Alen Boksic), existe encore nominativement. Mais elle est en train de se disloquer si fort qu’elle n’ira pas au bout de l’aventure. Certains pays ont déjà proclamé leur indépendance. La Croatie a créé sa propre fédération de football et nommé à la tête de l’équipe nationale Drazan Jerkovic, ancienne gloire de la sélection… yougoslave. La région s’embrase et les Nations unies décident d’un embargo à l’encontre de la Yougoslavie. Le pays est exclu de l’Euro 1992 au profit du Danemark, futur vainqueur de la compétition. La sélection yougoslave, composée de joueurs serbes et monténégrins, restera à la marge du football européen pendant plusieurs années tandis que son homologue croate brillera, avec une troisième place surprise à la Coupe du monde 1998. Elle reviendra sur la scène continentale en 2000 avant, à son tour, de disparaître.

En 2016, ces trois pays possèdent sur le papier dix-neuf chances d’accéder au Championnat d’Europe. Dix-neuf, comme le nombre de sélections qui sont nées de l’éclatement de l’URSS, de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie. Toutes sont éligibles pour participer à un Euro mais aucune n’arrive, seule, à acquérir la compétitivité d’un demi-finaliste, finaliste ou vainqueur de la compétition. La plupart ont joué leur premier match officiel au cours des années 1990. Beaucoup ont grandi sans structures compatibles avec le haut niveau. Pour les plus faibles d’entre elles, même l’exil des meilleurs joueurs dans des championnats plus relevés, favorisé par l’arrêt Bosman, ne leur a pas permis de lutter avec les meilleurs.


 

Douze n’ont jamais participé à une phase finale d’un Euro: Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Serbie, Macédoine, Biélorussie, Kazakhstan, Moldavie, Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Lituanie et Estonie. Quatre ont déjà joué ou vont jouer au moins un Euro: l’Ukraine (2012, 2016), la Slovaquie (2016), la Lettonie (2004), la Slovénie (2000). Trois y participent régulièrement: la Croatie, la Russie et la République Tchèque, finaliste de l'édition 1996.

Trois nouvelles nations

Avec le recul, trois nouvelles nations ont en quelque sorte remplacé trois Etats. Mais aucune n’est parvenue à reprendre totalement la place du pays dont elle était issue.

Héritière de l’URSS aux yeux de l’UEFA, la Russie est l’exemple le plus parlant. Elle ne soutient pas la comparaison avec l’URSS d’antan et sa demi-finale de 2008 ne pèse pas lourd. Le seul joueur issu de l’ancien bloc soviétique a avoir remporté le Ballon d’Or après 1991 se nomme Andriy Chevtchenko (2004). Il est ukrainien, tout comme Oleg Blokhine (1975) et Igor Belanov (1986), récompensés du temps de l’URSS.

Comme à son habitude, la Russie, organisatrice de la prochaine Coupe du monde, sera bien de l’Euro 2016 organisé en France. En comptant la sélection emmenée par Leonid Sloutski, cinq pays issus des pionniers de 1960 sont qualifiés pour la nouvelle édition: l’Ukraine, la République tchèque, la Slovaquie et la Croatie. Mais dans un plateau qui est passé de 4 à 24 participants, cela ne fait guère que 22%...

Pour l’instant, le sujet est assez souterrain. La Russie et l’Ukraine, placées dans le chapeau 2, actuellement en conflit armé, ne seront pas adversaires au premier tour. Pas plus que la République tchèque et la Slovaquie, dont les relations sont beaucoup plus pacifiques mais qui attendent un face à face dans un grand tournoi international. Il n’est pas acquis que ce soit pour cette année: en dehors de la République tchèque en 2004 et la Russie en 2008, les pionniers de l’Euro 1960 ne fréquentent plus les quarts de finale de l’Euro.

Lucile Alard
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Cédric Rouquette
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