Monde

Si l'on parle d'islamisme radical, il faut aussi parler de christianisme radical

Temps de lecture : 2 min

Le traitement médiatique des tueurs de San Bernardino et de celui du planning familial laisse apparaître de forts contrastes.

Capture d'écran NBC news.
Capture d'écran NBC news.

«Chers médias: arrêtez d’utiliser le terme “radicalisé si vous ne l’utilisez pas aussi pour les chrétiens blancs radicalisés»: ce n’est pas la lettre d’un lecteur énervé, mais le titre d’une tribune de Michelangelo Signorile. Le journaliste à la radio Sirius XM et éditorialiste pour le Huffington Post a analysé ce qu’il appelle le «double standard» des médias quant aux dénominations données aux protagonistes des deux dernières grosses attaques terroristes qu’ont connu les États-Unis: la tuerie du planning familial dans le Colorado et celle de San Bernardino, l’une commise par un suprémaciste blanc et l’autre par des partisans de Daech.

Les médias ont hésité pendant de longues semaines avant de qualifier Robert Dear, l’auteur de la tuerie du planning familial à Colorado Springs qui a fait trois morts, de terroriste. Mais ils n’ont par ailleurs jamais qualifié l’homme de «chrétien radicalisé», alors que l’enquête a montré que c’est bien sur le fondement de croyances religieuses interprétées à l’excès que l’homme a décidé son geste, explique Michelangelo Signorile. Le suspect avait déclaré selon NBC lors de son audition par la police qu’il ne voulait plus voir de «bébés en petits morceaux».

La présidente du planning familial local, Vicki Cowart, a par ailleurs affirmé que «des témoins confirmaient» que le tireur «était mû par son opposition à l'avortement légal», selon la même source. Plus tard, rapporte le Huffington Post, on a découvert qu’il soutenait l’Armée de Dieu, un groupe de terroristes extrémistes chrétiens. Et le suspect a aussi affirmé qu’il était un «guerrier pour les bébés» («warrior for the babies»). «Comment pourrait-on être plus radical?», se demande le journaliste.

Peur de la droite

Dans le cas de la tuerie de San Bernardino, une simple recherche Google dans les actualités montre que de nombreux médias américains n’ont pas hésité à titrer en qualifiant de «radicalisés» les tueurs de San Bernardino. Idem en France, où l’on a repris à peu près mot pour mot la vulgate du FBI.

Serait-ce parce qu'aux États-Unis, extrémistes chrétiens et politiciens entretiennent des relations étroites, voire assumées? Des candidats à la primaire américaine ont accepté de participer à des conférences d’activistes chrétiens qui prônent l’exécution des homosexuels. Ted Cruz s’est même vanté du soutien d’un extrémiste qui veut la peine de mort pour les docteurs qui pratiquent des avortements. Des prises de position qui, si elles devenaient réalité, feraient concurrence à la cruauté de Daech.

«Mon petit doigt me dit que beaucoup de journalistes ont trop peur des Républicains et de la droite pour oser utiliser le mot “radical" quand il s’agit de christianisme. Mais s’ils n’ont guère envie d’utiliser le terme quand il s’agit de tueurs de masse d’influence chrétienne, alors il y a une solution simple pour éviter la stigmatisation de tous les musulmans: arrêtez d’utiliser ce terme quand il s’agit de tueurs inspirés par une interprétation extrémiste de l’Islam.»

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