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L’industrie porno est devenue un modèle à suivre dans le traitement des accusations de viols

Temps de lecture : 2 min

L’industrie porno a rompu une grande partie de ses liens avec l’acteur X James Deen, accusé de viols et violences par neuf femmes. «En mettant en avant le consentement, elle s’est montrée exemplaire», affirme la journaliste Lynsey G.

James Deen le 30 août 2013. Crédit: Alessandro Bianchi/ REUTERS
James Deen le 30 août 2013. Crédit: Alessandro Bianchi/ REUTERS

C’est peut-être contre-intuitif, et ça ne fait pas plaisir aux féministes qui trouvent que le porno abaisse les femmes, mais avec l’affaire James Deen, l’acteur X accusé de viol et de violences par une dizaine de femmes, l’industrie du porno s’est montrée exemplaire, plaide la journaliste Lynsey G dans les colonnes du magazine Refinery.

Vous avez certainement entendu parler de cette histoire. Le 28 novembre, Stoya, pornstar américaine et ex-compagne de James Deen, tweete à ses 222.000 followers: «Se connecter à internet pendant une seconde et voir des gens idolâtrer et qualifier de féministe le mec qui t’a violée. C’est nul.» Et quelques minutes plus tard: «James Deen m’a plaquée au sol et m’a baisée alors que je disais non, stop, que j’ai utilisé mon safeword (un mot convenu en amont pour mettre fin à un acte sexuel, ndlr). Je ne peux plus simplement hocher la tête et sourire quand on me parle de lui.»

Depuis, d’autres femmes se sont exprimées (neuf en tout). L’une d’elles, Joanna Angel, qui a été sa compagne de 2005 à 2011, raconte même avoir cru mourir dans une scène d’une violence extraordinaire, où l’acteur l’aurait tiré par les cheveux avant de lui mettre la tête dans un lavabo rempli d'eau.

Désaveu et contrats rompus

Il y avait bien eu des signaux de mise en garde, notamment ceux émis par la réalisatrice de films porno et blogueuse Ovidie. «Il domine, étrangle, gifle, et son public féminin en raffole. (...) Certaines disent que c'est un féministe, parce qu'il revendique le droit pour les femmes d'être soumises et d'aimer ça. On croit rêver», dit-elle dans un documentaire où un passage est consacré à l'acteur (ci-dessous, à partir de 18'22). Pourtant, James Deen est devenu l’enfant parfait du cinéma porno, le gendre idéal et présentable de la communauté. Il avait l’image du mec bien, celui que les féministes mettaient en avant, même s’il avait toujours refusé le qualificatif de «féministe».

Mais dans un mouvement spectaculaire et inattendu, nombre d’entreprises qui travaillaient avec lui ont choisi de rompre leurs contrats, prenant clairement parti pour les femmes qui s’étaient exprimées. Le fabricant de sex-toy Doc Johnson a annoncé qu’il allait stopper les produits vendus avec son nom. Le site de bondage et autres pratiques dites «BDSM» Kink.com a rompu tous ses contrats avec l’acteur, tout comme les sites Blacked.com et Tushy.com. La productrice Tasha Reign a décidé de le remplacer pour son prochain film, arguant de son féminisme. Une association d’entreprises du X a demandé et obtenu sa démission du comité de défense des acteurs porno, qui a affirmé son soutien avec les femmes victimes de viol.

Le cinéma n'a pas été aussi exemplaire

Dans d’autres secteurs jugés plus «propres» en apparence, comme le cinéma ou la télévision, des hommes accusés de viol sont restés «sur leur trône», fait remarquer Lynsey G, qui en cite quelques-uns (Bill Cosby, Woody Allen, Chris Brown, Terry Richardson, R. Kelly, Roman Polanski, Rick James). Mais l’industrie du porno «a coupé l’herbe sous le pied sans hésiter à l’une de ses têtes d’affiche les plus acclamées».

«En ouvrant un dialogue sur le consentement, l'industrie pornographique fait ce que tout le monde aurait dû faire devant des allégations de viol», martèle la journaliste. Cela peut paraître étonnant et déplaire à certains, mais les faits sont là: concernant la manière de réagir à des accusations de viols et violence en rafale, l’industrie du porno est devenue un modèle à suivre.

Slate.fr

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