France

En 2012, le maintien d'une candidate PS avait contribué à l'élection de Marion Maréchal-Le Pen

Grégor Brandy, mis à jour le 11.12.2015 à 13 h 38

Alors que le PS a choisi de retirer sa liste en Paca pour les régionales, il avait échoué à obtenir le retrait de sa candidate lors des législatives 2012.

Marion Maréchal-Le Pen à l'Assemblée nationale, le 21 octobre 2014. REUTERS/Charles Platiau.

Marion Maréchal-Le Pen à l'Assemblée nationale, le 21 octobre 2014. REUTERS/Charles Platiau.

Marion Maréchal-Le Pen pourrait être élue présidente de la région Paca, ce dimanche 13 novembre: la liste Front national est arrivée largement en tête à l’issue du premier tour avec plus de 40% des voix, soit près de quinze points de plus que Christian Estrosi, le candidat LR-UDI, arrivé en seconde position.

En bleu, les communes où le FN est arrivé en tête au premier tour.

La situation semble encore plus favorable à la tête de liste frontiste qu’en juin 2012, quand elle était arrivée en tête au premier tour des législatives avec «seulement» 34,65%, avant de devenir la seule députée officiellement FN de l’Assemblée nationale (Gilbert Collard n’est qu’apparenté).

Sauf que cette fois-ci, il existe une différence majeure: la gauche a choisi de ne pas se lancer dans la course. Arrivé en troisième position (16,6%), Christophe Castaner a «décidé», sous l'amicale pression de Matignon et de la rue de Solférino, de retirer la liste PS. En 2012, la candidate PS Catherine Arkilovitch avait elle choisi de se maintenir après avoir recueilli moins de 22%.

À l’issue du premier tour, elle était pourtant loin derrière Marion Maréchal-Le Pen et le député UMP sortant, Jean-Michel Ferrand (30%). Mais ayant obtenu plus de 12,5% des inscrits, elle avait pu choisir de se maintenir, à l'issue d'un entre-deux-tours mouvementé dont Le Monde faisait le récit en février dernier:

«Il est vrai que localement, le bureau fédéral socialiste a hésité, dans un premier temps, quant à la position à tenir. Le 11 juin, deux jours après le premier tour de la législative, Catherine Arkilovich aurait reçu “un blanc-seing” de la direction départementale du PS de la soutenir “quelle que soit sa décision” de maintien ou non de sa candidature. La candidate décide alors de se maintenir.»

Sauf que sur le plan national, tout le monde n’était pas tout à fait d’accord sur ce point, détaillait Marianne quelques jours après l’élection de la députée FN:

«Catherine Arkilovitch, forte du soutien d’une partie des militants locaux et de certains élus municipaux, s’était maintenue au second tour, refusant la logique du Front républicain que lui demandaient de respecter les instances nationales du Parti et le maire socialiste de Carpentras, Francis Adolphe.»

La candidate avait expliqué qu'elle avait effectivement rassemblé ses militants, une soixantaine de personnes, pour savoir si elle devait se maintenir ou non. Quant à savoir pourquoi elle avait choisi de ne pas adopter la stratégie du front républicain, elle se défendait ainsi dans Marianne:

«Le Front républicain, c’est quelque chose qui n’existe pas, dans le Vaucluse. Quand la Licra a transmis à tous les candidats, il y a quelques semaines, un Pacte républicain, cosigné par Martine Aubry et Nathalie Kosciusko-Morizet, appelant aux désistements mutuels pour empêcher l’élection de députés frontistes, j’étais la première à vouloir le signer. Mais pour Jean-Michel Ferrand, il n’était pas question de signer un tel document. Aurais-je dû me désister en sachant que lui ne l’aurait jamais fait? Quid de la réciprocité? [...] Jean-Michel Ferrand, ce n’est pas Jacques Chirac, et la Droite populaire, ce n’est pas la droite humaniste.»

Ce n'était pas vraiment l’avis du parti, qui avait finalement décidé de lui retirer l’investiture socialiste. Son suppléant, Rolan Davau, avait lui aussi appelé à voter en faveur du candidat UMP, après l’appel du Front de gauche à faire la même chose, avait-il alors expliqué à l’AFP:

«"Avec un report total des voix du Front de gauche [7,76% des exprimés dimanche, ndlr], nous passions devant l’UMP [...] et il nous aurait fallu chercher 3.000 voix chez les abstentionnistes", a-t-il analysé, estimant que leurs chances étaient "minces mais réelles". "Jusqu'à hier [mardi] matin, je pensais y aller mais c’est vraiment le retrait du Front de gauche qui a déclenché ma décision."»

Le tout avait parfois pris une tournure assez violente. SOS Racisme avait ainsi qualifié Catherine Arkilovitch de «candidate de la honte» et jugé sa décision était «d’autant plus inacceptable» qu’elle avait été prise «dans une circonscription où la victoire du FN a été érigée en symbole par Jean-Marie Le Pen».

Finalement, Catherine Arkilovitch avait à peine mieux fait au second tour, rassemblant 22,08% des suffrages. Mais pour l’Ifop, elle a probablement aidé à envoyer Marion Maréchal-Le Pen à l’Assemblée nationale:

«Du fait de la nature de l’enjeu (la possible victoire de Marion Maréchal-Le Pen et son élection au poste de député), la fidélité des électeurs de gauche au second tour a donc été certes moins puissante que lors des dernières cantonales, mais la candidate socialiste n’a pas vu pour autant son score s’effondrer et elle a "gelé" sur son nom trois-quart des voix de gauche. En "figeant" près de 10.000 voix, qui ne se seraient certes pas toutes reportées sur le candidat de droite si la candidate du PS s’était retirée, elle a fortement contribué à la victoire de Marion Maréchal-Le Pen, qui n’a devancé l’UMP "que" de 2.800 voix, cet écart représentant moins du tiers des voix de gauche au second tour.»

Depuis Catherine Arkilovitch a disparu du monde politique. Un an après cette défaite, L’Express avait accusé le PS du Vaucluse d’avoir sciemment fait élire Marion Maréchal-Le Pen:

«Un an après les faits, la thèse d'un deal entre le PS et le FN est désormais défendue par des socialistes repentis. Il y aurait eu échange de bons procédés: le maintien de la socialiste dans la circonscription de Marion Le Pen contre le maintien de la candidate FN dans la circonscription voisine, la 5e du Vaucluse, où le socialiste Jean-François Lovisolo avait besoin de la présence du FN au second tour pour l'emporter face à l'UMP. [en vain: la candidate FN s'était retirée contre l'avis de son parti et Lovisolo avait été battu de moins de 300 voix par l'UMP Julien Aubert, ndlr]»

Catherine Arkilovitch s'était défendu d'être au courant d'un tel arrangement dans les colonnes du magazine. Quelques jours plus tard, les responsables socialistes et frontistes affirmaient au JDD que rien ne s’était passé ainsi. «Tout cela est un ballon de baudruche qui se dégonfle sans problème», avait alors assuré le secrétaire national aux élections, Christophe Borgel.

Grégor Brandy
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