Boire & manger

Trois pavés et onze whiskies pour trinquer avec le père Noël

Christine Lambert, mis à jour le 10.12.2015 à 18 h 12

L’année qui se termine nous a réservé quelques belles surprises maltées. C’est le moment de laisser traîner un mémo pour les fêtes de fin d'année…

Je n’aime pas les classements. Ni les listes. Ni les notes. Les médailles. Les palmarès. Mais nous voici enfin arrivés à cette période charnière du calendrier où une année pourrie –allez, disons-le franchement: une année de m*$%@– se termine près du sapin et avec les boules. Cette période pleine d’attentes fragiles où une dernière hantise vous étreint: qu’on vous passe la salade quand vous espériez la rhubarbe. Qu’on vous offre la bouteille qui ne le fait pas. Alors, parce que c’est vous, je me dévoue. Voici, par ordre alphabétique et en toute subjectivité (1), les 11 whiskies, sortis ces douze derniers mois, qui ont marqué mon année.

1.Armorik Vinho Single Cask pour LMDW

Fruité • France (Bretagne) • 53% • 95 €


Gros coup de foudre pour ce single cask ayant contenu du vin portugais (des fûts rendus célèbres par Kavalan), qui a fait grand effet au dernier Whisky Live Paris. Riche et changeant, il vous balade entre ses notes chocolatées, fruitées et épicées avec une gourmandise vicieuse et enrobe le palais pour des heures. Une gorgée vous expédiera loin.
 

2.Aultmore 12 ans

Herbacé • Écosse (Speyside) • 46% • environ 50 euros

L’une des distilleries sorties de l’ombre par Dewar et, disons-le franchement, après les magnifiques Craigellachie, un nouveau sans-faute. Frais, herbacé, avec une bouche qui vous emmène sur les pommes vertes et les agrumes caramélisés, ce 12 ans tout en finesse montre tranchant et complexité. Toute la gamme est parfaite, et pour peu que vous cassiez votre tirelire (ou braquiez le Père Noël), le 25 ans (375 euros) vous ouvre un monde de richesse –le paradoxe n’est qu’apparent.
 

3.Ballechin 11 ans 2004 Manzanilla Cask

Tourbé • Écosse (Highlands) • 56,1% • 115 euros

Puissant, animal, ce single cask (traduire: en quantité TRES limitée) de Ballechin –l’expression tourbée d’Edradour– embouteillé brut de fût vous pousse tout droit dans l’étable dès le premier nez. Mais en bouche, il roule en douceur avec un toucher qui rappelle les vieux Bowmore et laisse en ponctuation les notes sèches un peu salines du manzanilla précédemment logé dans le fût. Somptueux.
 

4.Benromach 15 ans

Fruité • Écosse (Speyside) • 43% • 90 euros


On n’est jamais déçu par un Benromach. Après le 10 ans et son fougueux jumeau 100 Proof, cet aîné vieilli en fûts de bourbon et de xérès fond des arômes de prune noire, d’orange séchée intensément chocolatés, de noisette saupoudrée de gingembre et nimbée d’un lointain halo de fumée (une pointe de tourbe). Une gourmandise addictive. Laissez-le s’épanouir une quinzaine de minutes dans le verre pour qu’il libère ses arômes secondaires dans toute leur profondeur.
 

5.Kilkerran WIP 7 Bourbon Wood

Fruité tourbé • Écosse (Campbeltown) • 54,1% • 79 euros

Avec 240 bouteilles pour la France, à ce prix, et pour la première fois livré brut de fût, c’est déjà un collector (cherchez bien, il en reste quelques quilles). Attention les geeks, sortez vos Kleenex: avec son frère élevé en fûts de sherry (67 euros), c’est la dernière édition des WIP (work in progress) puisque, dès l’année prochaine, la distillerie Glengyle embouteillera son 12 ans. Dans le flacon, une giclée de fruits du verger élégamment vanillée et embrassée à pleine bouche par une légère fumée (tourbé à 15 ppm). Assez de prose inutile: un jus magique, c’est tout.
 

6.Koval Single Barrel Millet

Herbacé • États-Unis (Chicago) • 40% • 60 euros


L’une de ces bouteilles atypiques, clivantes et inclassables, qui raviront les geeks et les amateurs de sensations renouvelées. Ce whiskey de millet (sans gluten –je pose l’info inutile ici) au nez vif vibrant d’agrumes, de muscat, d’ananas pas mûrs sautille en bouche sur des notes herbacées, de pomme verte, dopées d’une pointe d’eucalyptus passée à l’encaustique. Voilà qui tranche assurément dans la catégorie du made in USA.
 

7.Laphroaig 15 ans édition 200 ans 

Tourbé • Écosse (Islay) • 43% • 125 euros

Une édition limitée dont il reste quelques bouteilles (attention, son prix continue à grimper). Imaginez des pelletées de fruit rôtissant dans un hôpital en feu dont vous finirez par lécher les cendres en râlant de plaisir. Et pour davantage de détails, tout a été dit ici.
 

8.Midleton Dair Ghaelach

Boisé • Irlande • 58,2% • 240 euros

Un single pot still irlandais conçu sur la base du superbe Barry Crockett Legacy, et affiné dix mois en fûts neufs taillés dans du chêne natif écogéré. Son nom, Dair Ghaelac (prononcez Dar Guèlac), signifie «chêne irlandais»: 100% irish jusqu’à la moelle des douelles. Autant être honnête, son profil riche qui tire sur le cuir, le bois et les épices n’a rien de consensuel. Mais il se classe très haut dans mon Top 10 de l’année. Certes, il faudra compter sur la générosité du Père Noël pour avoir une chance de le déballer au pied du sapin. Mais en prenant un renne en otage, qui sait?
 

9.Rozelieures Tourbé Collection

Tourbé • France (Lorraine) • 46% • 58 euros


Oui, un 2e français dans la liste: ça s’arrose. Surveillez de près ces Lorrains, car leurs whiskies progressent à la vitesse de la lumière. Après le superbe Fumé Collection, voici le premier tourbé de la maison. Sans compte d’âge officiel (il a environ 8 ans), vieilli en ex-fûts de bourbon plus quelques fûts neufs taillés dans les chênes de la forêt de Fénétrange ayant bénéficié d’une chauffe sur mesure, il s’avance avec une élégance folle. Un nez d’une grande fraîcheur, une bouche miellée de fruits frais et enveloppée d’une tourbe fine. Net, précis. Sans bavures.
 

10.This is Not a Luxury Whisky, Compass Box

Blend tourbé • Écosse • 53,1% • 198 euros

Compass Box, l’agitateur professionnel, a voulu interroger la notion de luxe dans le whisky en servant un blend sans âge dans un flacon sans apprêt. Mais quel blend! Un assemblage de jus de 19 à 40 ans qui a déjà défrayé la chronique, et dont l’opulence (raisins secs maltés, noix de coco chocolatée, tourbe chaude et sensuelle) ne laisse pas place au doute: Ceci Est Une Pure Tuerie, nom d’une pipe!
 

11.Yula 20 ans, Douglas Laing

Tourbé • Écosse (îles) • 52,6% • 155 euros


Premier chapitre d’une future trilogie, Yula est un assemblage de différents single malts des îles écossaises. Sa partition se joue tout en délicatesse, subtile et évolutive, avec un premier nez quasi floral qui très vite se mue en fruité malté mouillé d’embruns et traversé par une tourbe voluptueuse, et une finale de poires cendrées qui s’évanouit en douceur. Une beauté. Je laisserais bien échapper un sifflement admiratif mais vous me connaissez: pas du genre à siffler les bouteilles, aussi canon fussent-elles.
 

12.Trois livres à boire

Mon premier, Whisky (Larousse, 39,95 euros), comme son titre ne l’indique pas, est un beau pavé sous coffret qui ne se consacre qu’au scotch. Tom Bruce-Gardyne survole intelligemment le sujet sans rien y apporter de nouveau, si ce n’est tous les petits goodies papiers soigneusement pliés dans des pochettes disséminés entre ses pages : reproduction de vieilles affiches, cartes postales publicitaires, sous-bocks, fac-similés de documents historiques… Une mine iconographique jouissive pour redécorer votre bureau.

Mon second, Iconic Whisky (La Martinière, 24,90 euros), comme son titre ne l’indique pas non plus, est une invitation à se plonger dans les arômes. Deux Français, Alexandre Vingtier et Cyrille Mald, revisitent en franglais et à grand renfort d’infographies et de smicons (des «smelly icons», les émoticons du nez) les fondamentaux de la dégustation du whisky. Une approche ludique et néanmoins pointue une fois qu’on a compris où sont les clés pour conduire le bolide.

Mon troisième, Passion Whisky (Dunod, 24 euros), comme son titre ne l’indique toujours pas, se consacre à 101 whiskies légendaires. Ian Buxton raconte avec humour, irrévérence, érudition et une totale subjectivité ces petits bijoux hors norme par leur âge, leur histoire, leur rareté ou tout simplement la méconnaissance qu’on en a. On le referme un peu ivre et c’est toujours bon signe.

Pour d’autres idées cadeaux maltés, vous pouvez feuilleter la liste des classiques. Ou retourner consulter ce papier sur les whiskies sans compte d’âge (les NAS) qui recommandait quelques belles et bonnes choses. Voire vous référer aux conseils des années précédentes ici ou . Sur ce, je m’en vais monter ma crèche pour la photo. À la semaine prochaine pour les spiritueux hors whisky.

1 — Un mot sur la méthodologie (façon de parler puisqu’il n’y en a pas): un seul critère, mon goût. Ensuite, le prix et la rareté des produits: à une exception près (le Midleton), je me suis fixé une limite parfaitement arbitraire à 200 euros. À quoi bon vous dire que les «special releases 2015» de –au hasard– Port Ellen 32 ans (3.500 euros) ou Brora 37 ans (pas loin de 2.000 euros) sont sublimes? On en fera un jour un article pour rêver. À l’inverse, d’autres flacons ont été légèrement poussés du col en raison de leur exceptionnel rapport qualité/prix. Enfin, la catégorie. Pour que chacun trouve bouteille à sa bouche, j’ai essayé de répartir équitablement dans la sélection les non tourbés et les tourbés. Or, cette année, d’autres whiskies dans cette dernière catégorie auraient mérité une place au soleil.  Retourner à l'article

Christine Lambert
Christine Lambert (175 articles)
Journaliste
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