Histoire / Culture

Cinéma du Ku Klux Klan, le racisme grand écran

Temps de lecture : 2 min

Le mouvement raciste américain a profité de films faisant sa promotion et en a produit lui-même.

Extrait de «Naissance d’une Nation» de Griffith. Capture d'écran
Extrait de «Naissance d’une Nation» de Griffith. Capture d'écran

C’est difficile à imaginer aujourd’hui mais un groupe aussi violemment raciste, et ouvertement homicide, comme le Ku Klux Klan a été un véritable mouvement de masse aux États-Unis. Le «Klan» a compté jusqu’à 5 millions d’adhérents, encapuchonnés ou non, dans les années 1920. Il détenait des dizaines de journaux, des théâtres, des équipes de base-ball. Et le site The Conversation relie ce succès populaire à la façon dont le KKK a su utiliser le cinéma à son profit, afin de se faire connaître, populariser, son message, recruter, etc.

Au premier plan de cette campagne cinématographique, on trouve bien sûr le célèbre Birth of a Nation (Naissance d’une nation) de David W. Griffith, montrant l’évolution de deux familles amies mais opposées politiquement dans le contexte de la Guerre de sécession et la naissance, présentée comme aussi noble que nécessaire, du Ku Klux Klan pour protéger des blancs persécutés par l’immoralité prêtée aux noirs.


Des millions de dollars de recettes

Mais le KKK ne s’en tient pas à ce film dont les membres ont salué la sortie en 1915 en paradant parfois devant les cinémas le diffusant. Le mouvement raciste a produit lui-même des films, comme The Toll of Justice (Le Prix de la justice) en 1923 ou The Traitor Within (Le Traître parmi nous) et 1924. Le KKK exposait ses films dans les cinémas bien sûr ainsi que dans les temples protestants, en plein-air ou encore dans les «Klaverns» (ses bâtiments officiels). Mais ce triomphe militant et filmique s’étiolera à la fin des années 1930.

Il y a quelques mois, le Time s’intéressait aux chiffres de la réussite commerciale de Birth of a Nation. Lors des premières années d’exploitation, le film a permis de récolter 18 millions de dollars, l’équivalent de un milliard et huit cents millions de dollars aujourd’hui (une somme que seuls Titanic et Avatar ont dépassé). Cette performance est d’autant plus spectaculaire quand on sait que, produit pour 100.000 dollars, le ticket pour le voir a coûté deux dollars par tête aux États-Unis (alors qu’à l’époque, une place de cinéma se monnayait autour d’un sou). Le tout avec une économie de moyen incroyable: Griffith a tourné avec une seule caméra.

À l’arrivée, ce cinéaste révolutionnaire a livré une épopée aussi visionnaire que haineuse, que le Président américain du moment, Woodrow Wilson a osé prétendre «terriblement vraie». L'image du Klan a depuis bien changé, moquée notamment dans le Django Unchained de Quentin Tarantino.

Slate.fr

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