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Pourquoi on bave parfois quand on dort

Jonathan L. Fischer, traduit par Catherine Rüttimann, mis à jour le 09.12.2015 à 15 h 14

Parfois, je bave pendant la nuit et c’est vraiment dégoûtant.

Mais pourquoi est-ce que je bave pendant mon sommeil–et peut-être que vous aussi? | bark via Flickr CC License by

Mais pourquoi est-ce que je bave pendant mon sommeil–et peut-être que vous aussi? | bark via Flickr CC License by

Une fois de temps en temps, je me réveille au milieu de la nuit et je sens que mon visage baigne dans une flaque tiède et visqueuse de la taille d’un disque compact. Souvent je suis sur le ventre, suite à une rotation depuis ma position initiale et au repositionnement de mon bras sous ma tête pour en faire une sorte d’oreiller supplémentaire. Ce dérangement humide ne m’empêche pas de me rendormir, peut-être parce que je suis un dormeur chaotique –je transpire, je me tords, je donne des coups, il m’arrive de ronfler. Je retourne simplement mon oreiller et retombe dans le sommeil. Ce n’est qu’une fois que mon alarme m’a réveillé à l’heure prévue que je me rends compte que la moitié de mon visage est couvert d’une salive gluante et malodorante. 

Parfois je bave pendant la nuit et c’est vraiment dégoûtant.

Mais pourquoi est-ce que je bave –et peut-être que vous aussi? Selon un article publié dans le journal Oral Surgery, Oral Oral Medicine, Oral Pathology, Oral Radiology, and Endodontology (soit, en français, Chirurgie Orale, Médecine Orale, Pathologie Orale, Radiologie Orale et Endodontologie; NDLR), le fait de baver semble être dû à un «dysfonctionnement de la coordination du mécanisme de déglutition, qui a pour résultat l’accumulation excessive de salive dans la portion antérieure de la cavité orale et la perte involontaire de salive par la bouche». Selon un autre article, du British Journal of Medical Practitioners (le Journal britannique des professionnels de la santé; NDLR) celui-ci, la production excessive de salive et l’incapacité de la bouche à en contenir un excès pourraient aussi être responsables. De nombreux baveurs chroniques souffrent d’une forme ou d’une autre de déficience neurologique –ils ont été victimes d’une attaque cérébrale ou sont atteints de paralysie cérébrale– et ils bavent parfois de façon prononcée, ce qui engendre des problèmes de déshydratation, de mauvaises odeurs, de gerçures, etc. Ma tendance à baver est seulement désagréable comparée à cela, et elle ne se produit que quand je dors. Il pourrait y avoir différentes raisons à cela.

J’ai appelé Christopher Y. Chang, chirurgien ORL à Warrenton en Virginie, qui traite des patients ayant le même problème que moi. Il m’a expliqué que, même si j’étais en mesure d’avaler la salive qui s’accumulait dans ma bouche quand je dormais, si celle-ci formait un réservoir dans ma joue à cause de la position dans laquelle je dors, il était alors possible que ça déborde. «La bouche est le chemin de la moindre résistance, m’a-t-il dit. Les lèvres sont juste à côté.»

Accumulation de la salive

Heureusement, la plupart des solutions proposées par Chang ne nécessitent pas de chirurgie. Si j’allais le voir à son cabinet et me plaignais de baver la nuit, il me conseillerait d’essayer de dormir sur le dos plutôt que sur le côté, ce qui a tendance à provoquer une accumulation de la salive. Si je dois absolument être de côté – et en effet je ne peux pas faire autrement!–, alors il faut que je prenne conscience du fait que ma bouche ouverte permet à la bave de s’échapper. Il est alors possible que la congestion nasale soit à l’origine du problème, laquelle m’oblige peut-être à respirer par la bouche pendant la nuit. Si je m’occupe de mes sinus, il y a fort à parier que je vais arrêter de baver.

Si je m’occupe de mes sinus, il y a fort à parier que je vais arrêter de baver

Mais si ça ne marche pas? «Pour certains individus qui bavent vraiment même s’il n’y a pas de dysfonctionnement neurologique, on peut injecter du Botox dans les glandes salivaires» pour ralentir la sécrétion de salive, dit Chang, mais il l’a fait seulement pour des patients qui ont été victimes d’attaques cérébrales ou qui ont une autre forme de trouble. Le Botox n’est même pas la solution de la dernière chance: pour ceux qui bavent de façon vraiment excessive –c’est le cas de gens qui ont presque certainement été «dévastés neurologiquement», dit Chang–, l’ablation totale des glandes salivaires est une possibilité. Pour ceux qui bavent pendant la journée, les chercheurs préconisent encore d’autres traitements, comme la «thérapie orale moteur» avec un orthophoniste, afin de modifier le comportement par rétrocontrôle biologique, ainsi que certaines interventions chirurgicales encore plus extrêmes que l’ablation des glandes salivaires. Un article évoque l’acupuncture de la langue comme une option «alternative ou supplémentaire» pour les enfants, notant que les «enfants ont bien toléré le traitement, avec une amélioration substantielle de leur tendance à baver et en l’absence de complications» mais «l’aptitude et l’expérience techniques des praticiens est un obstacle considérable pour cette technique». Tu m’étonnes!

Alors que faire? Plusieurs semaines se sont écoulées depuis mon dernier incident salivaire –peut-être parce que je n’ai pas eu de problèmes de congestion nasale. Le mieux à faire pour l’instant est sans doute de faire en sorte que mes voies nasales soient libres quand je vais me coucher. Je ne serais pas surpris si j’avais aussi tendance à baver quand le placement de mes bras m’oblige à ouvrir la bouche, du coup il faut peut-être que je modifie la position dans laquelle je préfère dormir. Quoi qu’il en soit, je préférerais essayer de résoudre le problème chez moi. Cela m’étonnerait fort que la couverture santé de Slate comprenne l’acupuncture de la langue.

Jonathan L. Fischer
Jonathan L. Fischer (1 article)
Journaliste
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