Parents & enfants

Avoir des enfants, ça coûte de l'argent (surtout au début)

Louise Tourret et Jérémy Collado, mis à jour le 11.12.2015 à 12 h 47

Couches, petits pots et surtout frais de garde: les dépenses obligatoires transforment la vie des parents. Pour le meilleur et surtout le pire.

Super maman au supermarché | Happy Worker via Flickr CC License by

Super maman au supermarché | Happy Worker via Flickr CC License by

La Cour des comptes publiait il y a peu un rapport sur le lycée français, trop dispendieux à ses yeux. Oui, l’école coûte cher. Mais avant l’école, les enfants coûtent déjà très chers... aux parents! Il n'y a que ceux qui n'ont jamais eu d'enfants qui disent encore que quand on aime, on ne compte pas. Quand on aime, justement, on est bien obligés de compter; y compris si l'on se contente d'acheter uniquement les choses «indispensables» à la survie de ses enfants. Pour une famille, la facture explose avec l'arrivée des héritiers. C'est parfois prévisible, mais c'est inéluctable. Jeunes parents, armez vous d'un outil loin d'être superflu: la calculatrice.

D'abord, est-il possible de connaître le coût d'un enfant? Certains ont fait le calcul. Au début de l'été 2015, le Haut conseil à la famille rendait un rapport qui nous apprenait qu'en moyenne, la facture s'élevait, en 2011, à 6.005 euros par an pour un ménage avec enfants. «Chercher un chiffre magique qui résumerait le coût d’un enfant de sa naissance à la fin de ses études est une quête vouée à l’échec», relativisait Julien Damon, sociologue spécialiste des politiques familiales, interrogé par La Croix. En réalité, si on découpe par tranches d'âges, on se rend compte que les dépenses débutent très haut, avec une moyenne de 8.579 euros par ans de 0 à 2 ans. Logiquement, c'est à cet âge que la garde est la plus importante (dont 6.466 euros pour ce poste de dépense). Les dépenses liées à la scolarité, elles, augmentent de plus en plus et atteignent un pic entre 12 et 15 ans (1.071 euros pour 1.619 au total).

Le mode de garde, premier coût des parents

Une fois acquis les indispensables lits, poussettes, une fois que les placards sont remplis de couches et pour certains, de boites de lait, il reste une énorme contrainte liée aux bébés: que faire de son gosse quand on va gagner l’argent pour payer les couches? C’est la grande question du mode de garde… et de son prix. Attention, cela ne dépend pas du mode garde que vous «choisissez» vraiment. Car s’il y a un domaine où l'on est très peu libre, c'est dans la façon dont on fera garder ses enfants. La plupart du temps on fait comme on peut.

Quand les parents se rendent à la CAF, ils peuvent avoir plusieurs versions différentes des allocations auxquelles ils ont droit

Yoopies, entreprise spécialisée

Il n'existe aucun service public de la petite enfance. Et dans certaines villes, les crèches sont parfois aussi difficiles à obtenir que la garantie d'une présence extraterrestre sur la planète Mars. Dans ce cas la plupart des familles choisissent d’avoir recours à une assistante maternelle, d’autres cherchent une famille pour une garde partagée, d’autres font appel à leur famille, certains parents arrêtent de travailler. Ainsi la France serait l'un des pays les plus chers d'Europe pour faire garder ses enfants...

«Au-delà du prix, de très nombreux parents ne comprennent pas ce à quoi ils ont droit exactement. Quand ils se rendent à la CAF, ils peuvent avoir plusieurs versions différentes des allocations auxquelles ils ont droit, et toujours avec des explications orales, très peu de réponses écrites sur lesquelles s'appuyer», expliquait ainsi Yoopies, une entreprise spécialisée du secteur, auteure de l'enquête et interrogée par Le Figaro

Le coup de pouce de la déduction fiscale

Ce que les parents, en revanche, c'est qu'ils n'ont pas le choix. On peut très bien choisir un lait moins cher, une couche de moins bonne qualité, mais on ne peut pas laisser ses enfants sous un porche quand on part bosser...

En août 2015, deux numéros de la revue Études et résultats, publiés par le ministère des Affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, indiquaient qu'en 2013, 55% des enfants de moins de 3 ans non scolarisés étaient «confiés à un moment de la semaine à un mode de garde payant, le plus souvent une assistante maternelle agréée (31% des enfants au total) ou un établissement d’accueil du jeune enfant “EAJE (24%), c’est-à-dire une crèche ou une halte-garderie».

La halte garderie n’étant pas un mode de garde suffisant pour des parents qui travaillent à plein temps. On y apprend aussi que: «Après déduction des allocations et du crédit d’impôt, le reste à charge des familles est de 195 euros par mois (soit 1,40 euros par heure) pour le recours à une assistante maternelle, contre 153 euros (1,20 euro par heure) pour un EAJE.»

Dans une ville comme Paris, le prix de la crèche grimpe vite, les tarifs peuvent monter à plus de 800 euros par mois… Le site de CAF vous permet de calculer combien vous coutera la garde de votre (futur) enfant… Pour un couple qui déclare environ 4.800 euros par mois à deux à Paris: 2,88 euros de l’heure. De quoi se décider à arrêter la contraception ou non en toute conscience! 

Le crédit d'impôt s'élève à 50 % des sommes versées en 2014, retenues dans la limite de 2.300 euros par enfant

Si les revenus mensuels de votre foyer tournent autour de 2.000 euros vous paierez 216 euros par mois. Vous devez ajouter des frais de baby-sitting si vous rentrez tard (tout le monde ne peut être à la crèche à 18h15). Exemple, un couple qui gagne bien sa vie et qui a deux enfants rapprochés peut payer 1.200 euros de crèche par mois. Le ou la baby-sitter trois jours par semaine va leur ajouter 200 euros en moyenne, soit 1.400 euros de frais de garde. Les parents d’une seule enfant, qui ont besoin de travailler tous les deux toute la journée et laissent leur fille dix heures par jour à une assistante, peuvent compter un coût de 1.000 euros par mois.

Avoir le sentiment de s'appauvrir

De quoi se sentir ruiné! Enfin pas totalement, mais momentanément. Ces sommes sont déclarées et permettent de bénéficier de réductions d’impôts, au mieux, 1.150 euros d’impôts en moins par an.

«Les parents qui font garder à l'extérieur de leur domicile leurs enfants, âgés de moins de 6 ans au 1er janvier (de l’année de la déclaration) bénéficient d'un crédit d'impôt. (…) Le crédit d'impôt s'élève à 50 % des sommes versées en 2014, retenues dans la limite de 2.300 euros par enfant, soit un crédit d’impôt maximum de 1.150 €. Aucune condition relative à l'exercice d'une activité professionnelle par le ou les parents n'est exigée.»

Mais ça c'est avec un an de décalage. En attendant, il faut assumer les dépenses à 100%. Pas étonnant que certaines (avec 3% d'hommes on peut mettre un féminin à l'ensemble) prennent un congé parental (566 euros maximum).

Alors, oui, les enfants coûtent cher, mais moins cher en France que dans beaucoup de pays comparables. Une politique qui explique en partie la «bonne natalité française» (2,01 enfants par femme en 2012, selon la Banque mondiale, contre 1,90 pour le Royaume-Uni). Il n'empêche, les premiers mois, les parents se sentent vites «appauvris» par l'arrivée d'un enfant. Quand on faisait, autrefois, une fois par mois, une soirée au cinéma puis au restaurant (disons 2x10 euros pour le cinéma et 65 euros le dîner, soit 85 euros), on le fait tous les trois mois, puisqu'à cette somme s'ajoute la babby-sitter qui varie selon la personne, le lieu, le déplacement (mais comptons au minimum 25 euros si le film n'est pas trop long et le resto expédié en vitesse).

La première rentrée des classes est aussi toujours une bonne nouvelle

En fait, la plupart du temps on arrête carrément le ciné sauf à y aller à tour de rôle (moi j'y vais jamais!). Si on veut conserver son niveau de vie, il n'y a pas d'autre choix que de faire attention. Ou d'augmenter son salaire en travaillant davantage. Mais il faudra faire garder davantage ses enfants.

Le qualitatif coûte aussi

Enfin, parmi les dépenses contraintes, il y aussi, évidemment, celles que l'on fait mais qui n'apparaissent pas forcément au premier coup d'œil. Ainsi des légumes bios, qui coûtent parfois plus chers, mais qui sont un gage de bonne santé pour nos enfants. C'est là un pari pour l'avenir: on fait le choix de manger mieux, au risque de payer plus cher (ce qui n'est d'ailleurs pas toujours le cas). Au lieu d'acheter des petits pots tous faits, certains parents font le choix de cuisiner eux-mêmes, ce qui implique parfois l'achat du fameux baby-cook (comptez 80 euros), l'invention présentée comme un outil révolutionnaire, mais qui n'est rien d'autre qu'un cuiseur-mixeur de légumes, qui rend tout de même bien service quand on veut faire soi-même à manger à ses enfants.

Mais rassurez-vous. Passé 3 ans, les enfants ont l’âge d’aller à l’école et chez nous, elle est gratuite. C'est encourageant... Bien sûr il faudra souvent encore dépenser un peu en garderie, en baby-sitter et en centre de loisirs. Bien sûr l’école publique n’est pas une garderie (la crèche est aussi un lieu éducatif, non?), mais elle soulage financièrement les parents. C’est pourquoi la première rentrée des classes est aussi toujours une bonne nouvelle: la fin d’une grosse dépense!

Louise Tourret
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Jérémy Collado
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