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En Tunisie, deux rappeurs ont déclaré la guerre à Daech

Repéré par Lorenzo Calligarot, mis à jour le 08.12.2015 à 12 h 17

Repéré sur The Guardian

DJ Costa et Dya Hammadi se battent contre l’État islamique grâce au rap.

DJ Costa | Capture d'écran Youtube

DJ Costa | Capture d'écran Youtube

Il y a cinq ans, leur source d’inspiration était Zine el-Abidine Ben Ali. Ils combattaient le régime en place et soutenaient le Printemps arabe dans leurs textes et leurs propos. Aujourd’hui, DJ Costa et Dya Hammadi ont changé de cibles et, leur combat, ils le mènent avec leur flow contre le groupe État islamique, rapporte le Guardian. Dya a vu le salafisme grimper dans son pays depuis la chute de Ben Ali en 2011. Il a même été enlevé par un ancien camarade de classe à Regueb, près de Sidi Bouzid. Son ravisseur, Bassem Ben Hassin, qui voulait qu’il arrête de rapper et de se vêtir à l’occidentale, lui a coupé ses dreadlocks et rasé brutalement le crâne puis l’a mené dans une mosquée pour qu’il rejoigne «le vrai chemin de l’islam». Il a toutefois réussi à s’échapper et prendre la fuite pour Tunis, où il vit et rappe désormais. Bassem, qui a rejoint Daech en Syrie, serait mort au combat en novembre.

La musique et les textes de Dya Hammadi font de lui une cible pour Daech mais il continue à tenter de sortir les jeunes de l’embrigadement islamiste par le rap, comme dans un morceau intitulé «Nes2el», dans lequel il chante: «Vous avez appris par cœur le Coran / Mais vous n’avez jamais pratiqué ce qu’il dit / Vous prétendez agir comme le Prophète / Mais vous volez l’argent des orphelins». Il ne blâme pourtant pas ses nombreux anciens camarades de classes qui ont été radicalisés, notamment en prison, où ils se sont retrouvés entourés de djihadistes et ont subi un lavage de cerveau les conduisant à épouser leur cause.

DJ Costa tire, lui, sa force de la perte de son frère, Youssef, qui a trouvé la mort après avoir rejoint l’État islamique en Syrie. Il lui avait pourtant caché son passeport pour l’empêcher de quitter la Tunisie mais son frère a trouvé le moyen de se rendre en Syrie en 2012. «Il a arrêté de parler à [sa famille] et est resté dans sa chambre toute la journée, en écoutant des versets du Coran. Je ne pouvais rien faire. Je suis un artiste –et pour un salafiste, ce n’est pas une bonne chose. Nous avons arrêté de nous parler car il m’a considéré comme un kafir [c’est-à-dire un mécréant; NDLR].» DJ Costa a décidé de parler de son expérience personnelle dans ses textes pour mettre en garde les Tunisiens tentés par le discours de Daech. «Pour moi, la guerre contre le terrorisme ne constitue pas un conflit armé, mais une guerre culturelle. Le terrorisme est mon ennemi. Et un rappeur qui ne défend pas son peuple n’est pas un rappeur», explique-t-il dans des propos rapportés par le Guardian. Lui aussi sait que son art et sa vie sont menacés par l’EI: deux salafistes ont déjà tenté de le poignarder.

 

Malgré la menace qui pèse continuellement sur eux, DJ Costa et Dya Hammadi vont continuer à rapper pour dénoncer la radicalisation et les méthodes de l’État islamique. 

 
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