France

Les abstentionnistes auraient-ils voté autant FN?

Aude Lorriaux, mis à jour le 08.12.2015 à 11 h 12

Le parti de ceux qui ne votent pas n'est aussi homogène qu'on a tendance à le croire. Y compris d'une élection à une autre.

Le 1er mai 2012 place de l'opéra à Paris Benois Tessier REUTERS

Le 1er mai 2012 place de l'opéra à Paris Benois Tessier REUTERS

À chaque élection, la question revient: les partis politiques se demandent si le résultat aurait été différent si les abstentionnistes s’étaient rendus aux urnes. Une tendance à essentialiser toutes choses, c’est-à-dire à les simplifier, nous fait penser que ce groupe serait unifié politiquement. Et qu’il se comporterait de la même manière à chaque élection (si du moins on l’avait forcé à voter). Rien n’est moins vrai: les abstentionnistes sont aussi divers et variés que la population française, et parfois ils votent un peu plus FN que les non-abstentionnistes, parfois non, ce qui peut s’expliquer notamment par des modifications du champs politique. Expliquons-nous.

Pour les élections européennes, un sondage de 2014 réalisé par l’Ifop montrait que les abstentionnistes votaient très légèrement plus FN que les autres. Mais la différence était minime. «Les rapports de forces mesurés sont assez semblables à ceux observés parmi les personnes ayant l’intention d’aller voter. L’ordre d’arrivée est en effet le même: FN, puis UMP puis PS. (...) On constate néanmoins, une légère prime au FN qui avec 24 % parmi les abstentionnistes, est un peu au-dessus de son score parmi les personnes certaines d’aller voter», notait l’Ifop, qui concluait que le FN disposait alors d’une importante réserve de voix.

Un vote d'adhésion, donc moins d'indécis au FN

Un an plus tard, le constat général est toujours le même: les électeurs qui s’abstiennent sont grosso modo les mêmes que les autres. L’abstention recrute dans tous les électorats. Mais la tendance est un peu différente. Il y aurait cette année en effet moins d’absentionnistes chez les électeurs du FN, et plus de réserves de voix dans les partis traditionnels, explique Vincent Pons, du cabinet Liegey Muller Pons, à partir de données récoltées et analysées par son cabinet et par le Cevipof. «Les personnes indécises votaient plutôt moins FN», fait-il remarquer.

Cette tendance est confirmée par une autre étude, cette fois d’Ipsos Steria, repérée par France TV info, qui a analysé le profil des abstentionnistes de ce premier tour. Les électeurs qui se disent «proches du FN» sont un peu moins nombreux à s’abstenir (44%) que les électeurs du PS (45%) et surtout beaucoup moins nombreux que les électeurs potentiels des écologistes (56%) et de la gauche en générale. Ils sont un peu plus nombreux néanmoins que ceux des Républicains et de l’UDI, qui a su motiver ses troupes. Idem, parmi ceux qui avaient voté à la présidentielle 2012, les électeurs qui se sont le plus abstenus cette fois-ci sont les personnes qui ont accordé leur voix à Jean-Luc Mélenchon (50%), et ceux qui se sont le moins abstenus sont ceux qui avaient accordé leur voix à Nicolas Sarkozy (42%) et Marine Le Pen (43%).

Ces chiffres qui ont évolué d’une année sur l’autre confirment que le FN est de plus en plus un parti d’adhésion, dont les électeurs ne tergiversent plus. Et il signifie aussi autre chose: que si les partis avaient réussi à faire se déplacer plus de monde, la mobilisation aurait a priori cette année-là plutôt profité à la gauche. Les troupes de Jean-Christophe Cambadélis et de ses alliés savent donc ce qui leur reste à faire pour le second tour.

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