France

Le pari dangereux de Nicolas Sarkozy

Gérard Grunberg et Telos, mis à jour le 08.12.2015 à 3 h 29

La réaction de l'ancien président au premier tour des régionales montre qu'il s'est choisi François Hollande comme adversaire principal, dans l'espoir de l'emporter contre Marine Le Pen en 2017.

Nicolas Sarkozy au siège du parti Les Républicains. AFP/Eric Feferberg.

Nicolas Sarkozy au siège du parti Les Républicains. AFP/Eric Feferberg.

Nicolas Sarkozy a choisi la bataille sur deux fronts. En réalité, tout en critiquant le FN, sa campagne des régionales a été surtout dirigée contre le Parti socialiste. Cette stratégie, au moins pour ce qui concerne ces élections régionales, s’avère désastreuse pour les Républicains. Nicolas Sarkozy s’attendait à une bérézina socialiste et espérait devancer le Front national pour l’emporter au second tour dans la majorité des régions. Au soir du premier tour, il en va tout autrement.

Plusieurs constats peuvent d’ores et déjà être faits. Le Front national gagne plus de quinze points par rapport aux régionales de 2010 tandis que l’ensemble de la droite et du centre recule de quatre points; quant au PS, il recule à peine plus que la coalition des Républicains et du centre. Avec 27% des suffrages, cette coalition ne rassemble qu’un peu plus du quart des suffrages.

Au niveau des régions, la droite et le centre n’arrivent en tête que dans quatre des treize régions contre six pour le FN, deux pour le PS et une pour les divers gauche, en Corse. Malgré le retrait des listes socialistes dans deux régions où le FN est arrivé nettement en tête, la victoire de ce dernier est probable, sinon certaine. Pire encore, au vu des résultats du premier tour, la victoire de cette coalition n’est absolument certaine dans aucune région. Certes, ses chances sont grandes en Rhône-Alpes, Centre, Pays de la Loire et Île-de-France, mais un très bon report des électeurs écologistes et de l’extrême-gauche pourrait faire gagner le Parti socialiste. Ce dernier, outre l’Aquitaine et la Bretagne, pourrait l’emporter en Normandie, en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et dans le Val de Loire. Une lourde défaite de la coalition droite-centre est donc possible.

Bataille sur deux fronts

Pourtant, Nicolas Sarkozy persiste dans sa stratégie: très tôt dans la soirée de dimanche, il a rejeté fermement toute possibilité d’entente avec le Parti socialiste. Il a donc décidé de faire la part du feu, prenant la lourde responsabilité de permettre la victoire du FN dans au moins trois régions, la Bourgogne-Franche-Comté et le Val de Loire n’étant pas non plus hors de portée pour ce dernier. Pourquoi persister dans l’erreur? La raison est simple à comprendre: le leader des Républicains n’est intéressé que par le premier tour de la présidentielle de 2017.

Il sait que la qualification de la candidate FN pour le second tour est probable. Son principal adversaire est et restera jusqu’à cette élection François Hollande. La bataille sur deux fronts demeurera donc sa stratégie. Il pense que le candidat socialiste, s’il arrive en troisième position, appellera à voter pour lui au second tour et qu’il pourra ainsi l’emporter aisément.

Il fait donc un triple pari: qu’il devancera François Hollande au premier tour, qu’il bénéficiera d’un bon report de gauche et qu’aux législatives il pourra gagner la plupart des duels et triangulaires.

Alain Juppé bougera-t-il?

Pari osé. Et dans l’hypothèse où tout se passerait ainsi, il lui faudrait gouverner avec un socle de la droite et du centre à peine supérieur au quart des votants. Et donc continuer à se battre sur deux fronts contre un Front national très puissant, même s’il est fortement minoritaire à l’Assemblée grâce au mode de scrutin majoritaire, et contre un parti socialiste affaibli mais qui a bien résisté et qui, plus que jamais, domine à gauche, les écologistes et le Front de gauche ayant perdu près de la moitié de leurs voix entre 2010 et 2015.

La tripartition électorale est donc bien installée, et aussi, du coup, l’instabilité de notre système politique. La primaire de droite représente donc plus que jamais un enjeu majeur. Alain Juppé se dressera-t-il contre cette stratégie dangereuse ou laissera-t-il la France s’enfoncer dans une crise politique dont personne ne peut prévoir l’issue?

Gérard Grunberg
Gérard Grunberg (11 articles)
Directeur de recherche émérite au Centre d'études européennes (CEE) de Sciences Po
Telos
Telos (82 articles)
Agence intellectuelle regroupant universitaires et professionnels
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