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Le budget d'une province contrôlée par Daech en dit long sur l'organisation

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 07.12.2015 à 17 h 02

Repéré sur NPR / Planet Money, The Guardian

Des documents obtenus par le Guardian et NPR donnent un aperçu de la vie dans les provinces dirigées par l'État islamique.

Un partisan de l'organisation Etat islamique à Raqqa, en Syrie, en mars 2015. Crédit photo : REUTERS.

Un partisan de l'organisation Etat islamique à Raqqa, en Syrie, en mars 2015. Crédit photo : REUTERS.

On apprend beaucoup de choses en analysant un budget. Quelques journalistes de NPR et du Guardian ont récemment eu accès à celui du mois de janvier 2015 pour la région de Deir ez-Zor, à l'est de la Syrie, une zone contrôlée par l'organisation terroriste État islamique. C'est Aymenn Jawad al-Tamimi, un chercheur de 23 ans de l'université de Cardiff qui a mis la main dessus.

On y découvre, annonce le Guardian, que les sources de revenus viennent principalement de confiscations (44,7%), de la revente de pétrole et de gaz (27,7%), de taxes dont doivent s'acquitter les habitants (23,7%) et de l'électricité (3,9%), et que le tout est décompté en dollars américain.


«L'État islamique est très honnête à propos des crimes qu'il commet»

Comme le souligne le Guardian, si ces revenus sont justes, cela signifierait que l'une des provinces de l'État islamique les plus riches en pétrole ne gagnerait que 66.400 dollars par jour –loin des trois millions de dollars annoncés.

NPR s'est, de son côté, intéressé aux confiscations et ce que l'on pouvait trouver dedans: «17 maisons, 80 voitures, 480.000 dollars, 180.000.000 de mètrres carrés de terre, 1.200 paquets de cigarettes, 1.320 moutons et 50 vaches.»

«C'est fascinant de voir à quel point c'est détaillé et d'une certaine façon l'État islamique est très honnête à propos des crimes qu'il commet.»

La radio publique américaine consacre d'ailleurs un large passage à la revente d'antiquités et à la façon très détaillée dont tout est organisé.

Des tarifs exorbitants

Parmi les sources de dépenses pour cette province, au mois de janvier dernier, la plupart partent dans les salaires de soldats (43,6%), pour contrôler la population, ce qui a créé une sorte d'économie parallèle, note NPR, qui indique qu'il y a deux types de biens: ceux pour les membres de l'État islamique et ceux pour les autres.

«Mohamed explique que les soldats de l'État islamique dépensaient leur argent un peu n'importe comment. Il a vu un homme payer 50 dollars pour une barre chocolatée. Et les gérants de magasins ont réalisé qu'ils pouvaient leur faire payer des prix fous pour ce qu'ils aimaient. [...] Des produits occidentaux, surtout ceux avec du chocolat, comme des Snickers ou des Twix.»

Kebabs et services publics

Ils aiment aussi beaucoup visiblement les hamburgers, pizzas et kebabs ainsi que les belles voitures, et le déodorant Axe, «en gros des choses dont des adolescents pourraient avoir envie».

Parmi le reste des dépenses, le Guardian note que seuls 17,7% sont utilisés pour des services publics.

Les deux articles sont passionnants. Vous pouvez retrouver celui du Guardian qui se concentre également sur la découverte d'autres documents ici, et le podcast de NPR sur ce budget et le témoignage d'un ancien habitant de la province ici.

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