Partager cet article

Le premier tour des régionales accouche d'un paysage politique fracturé

En rose, les régions où la gauche est arrivée en tête au premier tour. En bleu, celles où la droite est arrivée en tête au premier tour. En violet, celles où le FN est arrivé en tête au premier tour.

En rose, les régions où la gauche est arrivée en tête au premier tour. En bleu, celles où la droite est arrivée en tête au premier tour. En violet, celles où le FN est arrivé en tête au premier tour.

Le FN peut gagner six régions... ou aucune. La gauche est la grande perdante au niveau national, mais résiste dans au moins deux bastions. Et la droite, qui espérait triompher, ne part clairement en pole position nulle part.

Il y avait eu le tremblement de terre des européennes du 25 mai 2014, quand le FN, pour la première fois de son histoire, était sorti en tête d'un scrutin national, avec près de 25% des voix. Il y avait eu une première réplique lors des départementales du 23 mars 2015, dont le parti frontiste était une nouvelle fois sorti premier avec un score comparable, même s'il avait échoué à emporter un conseil départemental une semaine plus tard. Il y aura désormais une réplique encore plus forte, celle du 6 décembre 2015, trois semaines après les attaques terroristes qui ont coûté la vie à 130 personnes en région parisienne.

Le scénario du premier tour, qui a vu le FN arriver en tête avec près de 28% des voix, selon la totalisation partielle établie par le ministère de l'Intérieur sur 98% des bulletins, devant LR (26,9%) et le PS (23,3%), accouche d'un paysage politique fracturé et difficilement lisible. Dans toutes les régions métropolitaines, le parti frontiste va pouvoir se maintenir au second tour. Le 13 décembre, de nombreux votants vont se retrouver placés dans une position difficile, qu'il s'agisse des électeurs de gauche confrontés à un duel droite-extrême droite (Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Provence-Alpes-Côte d'Azur) ou des électeurs LR ou PS dont le candidat est arrivé troisième du premier tour, qui devront choisir entre confirmer leur vote une semaine plus tard ou tenter de favoriser l'autre «grand» parti face au FN.

Paradoxalement, c'est la gauche, pourtant grande perdante au niveau national, qui a le plus de certitudes sur ses gains, avec deux régions où elle est extrêmement bien placée, la Bretagne et Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Le FN est bien placé dans six régions, mais sans garantie absolue d'éviter une déconvenue comparable à celle de mars. La droite, elle, n'est pas encore assurée de faire de ce scrutin le tremplin dont elle rêvait pour 2017, car elle ne part clairement en pole position dans aucune région.

Deux duels droite-FN... ou trois?

Le FN affrontera la droite en duel dans deux régions, voire trois. Dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Marine Le Pen a réalisé un résultat impressionnant même si légèrement inférieur à ce qu'annonçaient les sondages, avec 40,6% des voix, loin devant Xavier Bertrand (LR, 25%) et Pierre de Saintignon (PS, 18,1%). Alors que la question d'une éventuelle fusion avait occupé les esprits pendant la campagne, le candidat socialiste s'est purement et simplement retiré. Pas sûr que cela empêche Marine Le Pen de conquérir la région: les quelques sondages qui avaient testé l'hypothèse d'un duel avant le premier tour lui donnaient une légère avance sur Xavier Bertrand.

En Provence-Alpes-Côte d'Azur, Marion Maréchal-Le Pen semble tout aussi bien placée, avec environ quatorze points d'avance sur Christian Estrosi (40,6% contre 26,5%) selon les dernières estimations. Là aussi, le candidat socialiste Christophe Castaner (16,6% seulement) va se retirer au second tour, privant son parti de toute représentation au conseil régional. Mais cela n'assurera pas forcément un report massif de ses électeurs au profit d'un candidat LR qui a longtemps mené une campagne très à droite, comme l'a tweeté le chef du service Société du Monde: «Estrosi enfoncé par MMLP: le résultat en #PACA lors des #Regionales2015 est la preuve qu'il ne sert à rien de courir derrière le #FN»

Enfin, en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Florian Philippot (FN) réalise un score moins impressionnant, mais est encore en course pour l'emporter. Avec 36% des voix, il devance de plus dix points le président sortant de la région Alsace, Philippe Richert (LR). Le président sortant de Lorraine, Jean-Pierre Masseret (PS), n'a pas encore annoncé son retrait malgré ses 16% et le souhait exprimé à l'Elysée. Une triangulaire assurerait probablement la victoire du FN, mais même en duel, la droite devra compter sur de très bons reports de DLF (5%) et de l'ensemble des listes de gauche pour espérer l'emporter. Tout dépendra du choix final du PS local...

La gauche en tête et favorite dans deux régions...

La gauche devrait normalement conserver la Bretagne, la région où elle se trouve en meilleure position. Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian sort largement en tête avec plus de onze points d'avance sur son adversaire Marc Le Fur (35% contre 23,5%) et devrait profiter de ses réserves de voix chez EELV et les régionalistes et de la triangulaire avec le FN pour conserver une présidence… qu'il n'occupera sans doute pas dans la réalité en raison de son maintien à l'hôtel de Brienne. Vantant une «Bretagne de la confiance», il s'est jugé «conforté» par ce résultat.

Pas sûr que Nicolas Sarkozy pleure une éventuelle défaite de la candidate LR Virginie Calmels, proche d'Alain Juppé, dans la nouvelle région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Après le premier tour, elle accuse environ trois points de retard (27% contre 30%) sur le président sortant de la région Aquitaine Alain Rousset (PS). Le réservoir des voix écologistes et communistes (10% environ) devrait assurer l'élection de ce dernier, sauf surprise du côté d'un transfert de voix FN sur la droite...

Trois affrontements gauche-droite qui s'annoncent serrés

«Pour la première fois, la droite et le centre sont en passe d'emporter l'Ile-de-France», s’est réjouie la candidate des Républicains Valérie Pécresse, qui obtient 30,5% des voix. «Ce soir, la gauche est en tête en Ile-de-France avec un total à 40%, soit une dizaine de points de plus que la liste d'union LR-UDI», a quant à lui déclaré le socialiste Claude Bartolone (25,2%), suivant en cela les indications de son parti, qui recommandaient de mettre en avant le total des voix de gauche plutôt que le seul score du PS. Là est tout l’enjeu de ce second tour. Si les voix de gauche, et notamment celles du Front de gauche (6,6%) et des écologistes d’EELV et de Cap 21 (8%), se reportent parfaitement sur le candidat socialiste, il peut raisonnablement espérer l’emporter, sauf parfait report de DLF (6,6%) et d'une partie des voix du FN (18,4%), qui peut se maintenir, sur la droite.

Les Pays de la Loire font partie des régions qui résistent le mieux au FN, celles majoritairement situées à l’ouest du Pays, comme le relevait le politologue Vincent Pons dans une carte où une tripartition géographique du pays apparaît clairement. Ils ont placé en tête le candidat républicain Bruno Retailleau, qui récolte 33,5% des voix, devant le candidat socialiste Christophe Clergeau (25,8%). Pascal Gannat, du Front national, atteint 21,3% des voix. Avec cette dynamique, la droite partira très légèrement favorite du second tour, avec qui plus est d'éventuels reports de DLF (4%), tandis que ceux de la gauche (7,5% pour EELV, notamment, et plus de 3% pour les communistes), pourraient être plus compliqués que prévu dans une région où le conflit autour de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes a laissé des traces.

En Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez sort en tête avec environ six points d'avance sur le FN (31,7% contre 25,5%) et huit sur la gauche (23,9%). Si la gauche et la droite récoltent chacune un score global sensiblement identique, c'est l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy qui partira légèrement favori du second tour grâce à la dynamique créée par son arrivée en tête.

Trois régions très incertaines

La Bourgogne semple partie pour se jouer quasiment «à pile ou face» en triangulaire. La FN Sophie Montel sort en tête avec 31,5%, mais sans réserve de voix. Derrière elle, non seulement l'UDI François Sauvadet (24%) et la PS Marie-Guite Dufay (23%) réalisent des scores relativement proches, mais leurs réserves de voix sont également assez similaires...

La configuration du Centre ressemble d'assez près à celle de la Bourgogne-Franche Comté, avec un FN en tête à 30,5% et deux adversaires, le candidat UDI Philippe Vigier (26,3%) et le sortant PS François Bonneau (24,3%) relativement proches. Cette fois-ci, les réserves de voix penchent en faveur de la gauche, d'autant que Debout la France (4,6%) ne souhaite pas se rallier à la droite.

En Normandie, les résultats sont meilleurs qu’attendus pour le candidat socialiste Nicolas Mayer-Rossignol (24%), mais insuffisants pour faire mieux qu'une troisième place dans une région où Hervé Morin (27,9%) n'a devancé que de peu le candidat FN Nicolas Bay (27,7%). Le PS peut néanmoins compter sur des réserves de voix importantes, avec plus de 13% pour le Front de gauche et EELV: «Avec le total des voix du rassemblement à gauche, nous sommes en capacité de faire barrage à l'extrême droite et de porter un vrai projet pour tous les territoires de la Normandie. La dynamique est clairement dans notre camp», a déclaré le président de région sortant. La droite pourra-t-elle compter sur les 4% de DLF et sur un basculement d'une partie de l'électorat FN pour l'emporter?

Le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, seule région où la droite fait de la figuration

En Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, on aura une triangulaire, mais avec seulement deux candidats en position de l'emporter. Comme l’annonçaient la plupart des instituts de sondages, le FN est arrivé en tête, avec 31,8%, sept points devant la liste menée par la socialiste Carole Delga (24,4%), et treize points devant le candidat LR et politologue Dominique Reynié (18,8%). C’est la seule région où le PS arrive devant les Républicains mais derrière le Front national. C’est donc la seule région où la droite pouvait se désister en faveur des socialistes. La consigne de Nicolas Sarkozy était claire sur ce sujet: ni retrait, ni fusion. Le candidat LR l’avait lui aussi répété: il n’envisageait pas de se retirer. Et c’est finalement le choix qu’il a fait: «Voter dimanche prochain pour le FN assurerait la réélection des socialistes que les électeurs ont voulu sanctionner. La liste que je conduis est la seule façon de réaliser une alternance constructive», a-t-il déclaré dans un communiqué. Que décideront ses électeurs, dans une région où le PS dispose par ailleurs de réserves de voix substantielles?

L'exception corse

La Corse n'emploie pas tout à fait le même mode de scrutin que les autres régions: pour s'y maintenir au second tour, il suffit d'atteindre 7% des voix. Six listes ont passé le «cut», accouchant d'un paysage encore peu lisible. Le candidat divers gauche Paul Giacobbi (18,4%) est en tête mais deux listes nationalistes ont obtenu un quart des suffrages, de même que les deux listes de droite, qui était arrivée divisée. Le FN sera présent pour la première fois au second tour, avec 10,6% des voix.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte