France

En 25 ans, le FN avait gagné quatre points; il en a gagné dix en trois ans

Robin Verner, mis à jour le 07.12.2015 à 9 h 51

Les scores du Front national depuis 1973. (Infographie réalisée avec Chartblocks)

Les scores du Front national depuis 1973. (Infographie réalisée avec Chartblocks)

En tête dans six régions au premier tour des Régionales 2015, dominant largement la course à la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Provence-Alpes-Côtes-d’Azur, avec sur le plan national un score estimé proche de 30% des suffrages exprimés le 6 décembre (avec une participation légèrement supérieure à 50%), le Front national de Marine Le Pen franchit donc un nouveau cap au sein du système politique français. 

En réexaminant les résultats frontistes au premier tour des différents scrutins depuis ses débuts en 1973, on ne peut que constater une accélération de la progression du FN au cours des dernières années. Les premières échéances, pourtant, avaient tout d’une trajectoire laborieuse.

1973-1983: les années groupusculaires

Lorsqu’il est lancé à la fin de l’année 1972 par le petit mouvement d’extrême-droite Ordre nouveau et, déjà, sous l’égide de Jean-Marie Le Pen, le «Front national pour l’unité française» a pour ambition d’inscrire le nationalisme dans le jeu électoral et de rassembler toutes les formations situées à la droite du RPR. 

Pendant quelques temps encore, le parti (qui voit rapidement son nom raccourci en Front national) continue pourtant à trouver le même écho qu'un simple groupuscule dans les urnes. A son premier rendez-vous, les élections législatives de 1973, le FN n’attire que 108.000 voix soit 0,44% des suffrages exprimés et 0,36% des inscrits. On est loin de résultats susceptibles d’amener le parti de Jean-Marie Le Pen à renouveler l’Assemblée nationale sous la présidence Georges Pompidou. 

En toute logique, Le Pen n’arrive pas à tirer son épingle du jeu lors de sa première candidature à l’élection présidentielle en 1974: il recueille un peu plus de 190.000 voix, soit 0,75% des suffrages exprimés et 0,62% des inscrits.

La formation n’aura pas l’occasion de se refaire dans les urnes avant longtemps: elle ne représente des listes qu’aux législatives de 1978. Les résultats sont même encore plus mauvais qu’auparavant, car au soir du 12 mars 1978 le FN ne séduit que 82.000 personnes et 0,29% des votes exprimés. 

Un score presque enviable au vu de la suite cependant. Le Pen n’obtient pas le nombre de signatures nécessaires pour se présenter à la Présidence de la République en 1981 et en 1983 son parti termine sur un piteux 0,11% aux élections municipales. C’est d’ailleurs une constante, que Slate relevait déjà il y a quelques mois: le FN a eu longtemps tendance à patiner dès lors que le scrutin impliquait un grand nombre de candidats. En revanche, il fait une irruption brutale dans le jeu politique en 1984 lors d’élections européennes moins exigeantes en troupes.

1984-2011: entre explosion et stagnation

Aux élections européennes de juin 1984, le Front national arrive en quatrième position avec 10,95% des suffrages exprimés, soit environ 6% des inscrits. Il talonne le Parti communiste de Georges Marchais encore devant (avec 11,20%) mais pour peu de temps. La progression du Front national se confirme aux élections législatives de 1986 avec 9,65% des voix, ce qui lui permet de gagner 35 sièges à l’Assemblée grâce à la proportionnelle alors en vigueur.

La Présidentielle de 1988 marque encore une avancée majeure pour l'extrême-droite. Le Pen réalise un score de 14,38% des votes exprimés et réunit plus de 11% des inscrits avec plus de quatre millions d’électeurs. Cette part taillée dans le nombre total d’inscrits et donc le nombre de votants conquis restera d’ailleurs pendant longtemps un record pour le Front national. 

Il n’y a qu’au premier tour de la Présidentielle de 2002 qu’il fait mieux avec quatre millions et huit-cent mille électeurs et 16,86% des suffrages exprimés mais un score similaire en terme d’inscrits avec 11,66%. Entre 1988 et 2011, on peut donc noter la construction d’un socle électoral mais pas question d’évoquer une irrésistible ascension. Les scrutins suivant le choc de 2002 et les dernières années de Jean-Marie Le Pen à la tête du FN marquent même une érosion de ce mouvement dans les urnes. 

2012-2015: l’emballement

Marine Le Pen établit de nouveaux standards au plan national en 2012. Elle ne se qualifie pas pour le second tour de la Présidentielle mais flirte avec les 18%, et près de 14% des inscrits avec ses plus de six millions quatre cents mille électeurs. Mais c’est à compter des Européennes de 2014 que le FN s’embarque sur la voie rapide. Ses listes remportent alors 24,86% des voix. Aux départementales, il y a quelques mois, le parti fait encore mieux en dépassant le quart des suffrages exprimés: 25,24%.

Cette fois-ci donc, le Front national frappe les esprits plus profondément encore, avec ses 30% au premier tour des Régionales loin devant les candidatures de la droite associée au centre et celles de la majorité.

L’impression d’un emballement électoral s’impose. Le Front national avait mis plus de dix ans pour atteindre les 10% des suffrages validés puis encore cinq ans pour approcher les 15% une première fois. Il reste ensuite peu ou prou dans ces parages jusqu’en 2012. Une sensible augmentation éclate à ce moment là et devient particulièrement sensible. Ensuite, il ne faudra que deux ans pour gagner près de sept points, puis un an pour monter de près de cinq. Le Front national paradait auparavant lorsqu’il pouvait revendiquer 15% des votes exprimés, cette fois-ci il a convaincu près de 15% des inscrits.  

Robin Verner
Robin Verner (79 articles)
Journaliste
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