France

Le premier tour des élections non-régionales s'est déroulé comme prévu

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 07.12.2015 à 2 h 46

A l'issue du premier tour, les élections régionales 2015 confirment leur nomination au titre d'élections les moins surprenantes de ces dernières années.

REUTERS/Pascal Rossignol

REUTERS/Pascal Rossignol

Les affirmations selon lesquelles le FN est le «premier parti de France» (Marine Le Pen). Les Républicains qui pensent qu'«il faut qu’on entende ce que disent les Français» mais que «la fusion crée la confusion» (Nathalie Koskiusko-Morizet). La gauche qui appelle à défendre les «valeurs» de la République contre «la haine, le refus des autres» (Pierre de Saintignon, tête de liste PS en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, arrivé en troisième position).

Si tout cela sonne comme un vieux disque usé, c'est un peu normal: les élections municipales en 2014 puis départementales cette année sont passées par là, avec à chaque fois cet étrange jeu à trois qui semble désormais définir la politique française. C'est aussi parce que le résultat du premier tour avec un FN en tête au niveau national, en première position dans six régions, une droite qui le talonne et un PS en reflux, était relativement attendu, même si l'ampleur de la percée du FN a pu surprendre certains.

Les régions, quelles régions?

Pour comprendre ce qui s’est passé lors du premier tour des élections régionales, on peut rappeler ces deux éléments: d’abord, les électeurs étaient majoritairement opposés à la réforme qui a abouti au redécoupage des anciennes régions, pour ramener leur nombre de 22 à 13. Un redécoupage entériné lors de ces élections, puisqu’on y votait pour la première fois pour élire les conseillers régionaux de ces nouvelles super-régions. La logique de la simplification avait pourtant été bien perçue dans l'opinion, mais une majorité de Français estimaient que cette réforme ne renforcerait pas le poids politique des vastes ensembles ainsi mariés –parfois contre leur gré– et étaient encore moins nombreux à croire que la réforme se traduirait par une réduction des dépenses de fonctionnement.

Les électeurs pouvaient donc toujours voter pour un projet, mais dans un contexte de faible adhésion au cadre dans lequel ses promoteurs assuraient qu'il serait mis en oeuvre. De toute manière, un bon tiers des électeurs est incapable de dire si le bilan du conseil régional sortant est bon, faute d’en savoir assez sur son action lors de la mandature qui s’achève.

Le scrutin ne pouvait donc remporter un vaste enthousiasme populaire, comme en témoigne l’abstention, d’environ 49%, ce qui est énorme en dépit d’une baisse de 4 points par rapport aux précédentes élections régionales (53,6% au premier tour en 2010).

Une lecture exclusivement nationale...

Entre rejet et indifférence, comme l’a écrit Eric Dupin sur Slate, les électeurs s’apprêtaient donc à voter pour sanctionner le gouvernement, pour exprimer leur colère, pour ce qu’on veut mais certainement pas en priorité en fonction d’enjeux locaux. Les grands médias ont comme souvent, en telle circonstance, donné un prisme excessivement national au scrutin, évoquant les messages dirigés contre François Hollande, l’ascension vers le pouvoir de Marine Le Pen, le come back tragi-comique de Nicolas Sarkozy… mais prenant rarement le temps de parler des réalités hétérogènes de nos belles «régions». Des quotidiens de presse régionale comme La Voix du Nord et Le Courrier Picard, là où Marine Le Pen se présente, ont bien mis en garde leurs lecteurs contre le risque d’une victoire du FN, mais leur impact a manifestement été limité (Marine Le Pen, avec 42% des voix selon les estimations, arrive largement en tête).

Certes, les régionales étaient traversées d'enjeux... régionaux, mais ces préoccupations territoriales se sont en partie effacées derrière l'effroi provoqué par les attentats du 13 novembre. Jusqu'à quel point?

... pour des élections peu perturbées par un drame national

Les attentats se sont invités dans la campagne, bouleversant en apparence l’équilibre des forces: il a beaucoup été reproché au président et au gouvernement d’avoir, dans l’urgence, manqué de sang-froid et donné raison aux tenants des solutions «sécuritaires» pour protéger les citoyens et sinon vaincre, du moins entraver le terrorisme. La critique portait sur les conséquences à moyen et à long terme des mesures annoncées et votées: légitimer encore plus le FN qui, seul, aurait vu avant les autres le danger qui nous menaçait.

En réalité, on observait déjà après les attentats de janvier que le FN confortait chez ses sympathisants une vision globale de la société s'articulant autour de la méfiance face à l'islam, se déclinant sur une vaste palette d'angoisses allant des modes de vie au terrorisme, sans enregistrer un bond spectaculaire après ces événements tragiques. Selon la même logique, Daech n’aura pas tant fait le jeu du FN qu’il n’aura confirmé une dynamique, comme en témoignent les sondages réalisés sur le sujet après les attentats: le FN n’y voyait pas ses intentions de vote décuplées. Un sondage effectué début novembre, avant les attentats, montrait par ailleurs qu’une majorité des Français n’étaient pas gênés par l’éventualité d’une victoire du parti dans une ou plusieurs régions à l’issue des régionales.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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