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Une femme a eu mal pour la première fois (et c’est une bonne nouvelle)

Repéré par Daphnée Leportois, mis à jour le 05.12.2015 à 16 h 00

Repéré sur New Scientist, Nature

Une patiente insensible à la douleur a pour la première fois de sa vie réussi à avoir mal. Et il faut s’en réjouir.

«No pain no gain»: vivre sans douleur est une maladie | KylaBorg via Flickr CC License by

«No pain no gain»: vivre sans douleur est une maladie | KylaBorg via Flickr CC License by

Une femme a eu mal pour la première fois de sa vie et non seulement elle a apprécié la sensation mais c’est en plus une excellente nouvelle pour beaucoup. C’est ce que souligne un article de New Scientist qui synthétise une étude parue dans la revue Nature.

L’insensibilité congénitale à la douleur de cette patiente est une maladie rare. Et dangereuse. Les bébés qui naissent avec cette maladie ont tendance à mâcher leurs doigts et leurs lèvres jusqu’au sang, rappelle New Scientist, puisqu’ils n’ont pas conscience qu’ils portent atteinte à leur intégrité physique. Idem quand ils grandissent: les enfants atteints ont tendance à se cogner, tomber, et donc à se faire mal sans s’en rendre compte. Donner la possibilité à ces individus de faire passer le message nerveux leur permettra de réagir en conséquence, par exemple de se couvrir s’il fait froid ou de retirer leur main s’ils se brûlent.

Mais ce n’est pas tout. Avoir réussi à ce que cette femme, qui souhaite rester anonyme, ait mal en étant brûlée par un laser a aussi pour vocation d’aider ceux qui souffrent trop et de manière chronique.

Analgésiques efficaces

Jusqu’à présent, les chercheurs avaient tenté de reproduire l’insensibilité à la douleur «naturelle» de ces malades afin de produire des analgésiques efficaces mais n’étaient jamais parvenus à soulager la douleur aussi radicalement. L’insensibilité congénitale à la douleur résulte en une absence du canal ionique Nav1.7 et les scientifiques pensaient que c’était cette absence qui empêchait à elle seule les cellules nerveuses de communiquer la douleur au cerveau. Sauf que bloquer le canal ionique ne suffisait pas à supprimer toute trace de douleur. Un paradoxe que les chercheurs ne s’expliquaient pas…

C’est là que l’étude parue dans la revue Nature intervient: ses auteurs ont étudié des souris génétiquement modifiées sans Nav1.7 et ont remarqué que cette absence de Nav1.7 s’accompagnait aussi d’une augmentation des récepteurs aux peptides opioïdes, qui sont les anti-douleurs naturels. Les chercheurs leur ont donc administré un médicament qui bloque l’action des peptides opioïdes du nom de naloxone, qui est habituellement administré en cas de surdose de drogue. Et les souris ont de nouveau été capables de ressentir la douleur. Un effet qui a été reproduit chez cette femme de 39 ans. Ce qui signifie que l’on peut utiliser l’approche inverse pour soulager la douleur. L’équipe de chercheurs a ainsi donné des opioïdes et des médicaments bloquant le canal ionique à des souris et ont réussi à les empêcher d’avoir mal.

Mais ses méthodes ont leurs inconvénients: le naloxone ne peut être prescrit sur le long terme aux patients insensibles à la douleur en raison de ses effets indésirables, tout comme la prescription à vie d’opioïdes aux patients qui souffrent de douleurs chroniques n’est pas souhaitable, en raison notamment de la dépendance qu’ils peuvent susciter. Reste que cette découverte permet de mieux comprendre le mécanisme de la douleur et de mettre au point des analgésiques plus puissants.

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