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Pourquoi on voit la photo de l'ayatollah Khamenei quand on cherche #Bataclan sur Instagram

Repéré par Christophe-Cécil Garnier, mis à jour le 03.12.2015 à 17 h 26

Repéré sur Instagram, Al-Monitor, The Guardian, Rue89

Le guide suprême de l’Iran, Ali Khamenei, a développé une stratégie numérique assez complète.

Capture d'écran le 1er décembre 2015 sur Instagram lors d'une recherche «#Bataclan»

Capture d'écran le 1er décembre 2015 sur Instagram lors d'une recherche «#Bataclan»

Dans un email adressé à la rédaction de Slate, un de nos lecteurs a souligné un événement étonnant sur Instagram, l’application de partage de photos et de vidéos, parfois agrémentées de hashtags. Le 1er décembre 2015, si l’on recherchait #Bataclan dans le service, de nombreuses images d’Ali Khamenei, le guide suprême de l’Iran, apparaissaient, et non, comme on aurait pu s’y attendre, des hommages aux victimes des attentats du 13 novembre.

Capture d’écran le 1er décembre 2015 sur Instagram lors d’une recherche «#Bataclan». 

La raison de cette présence? La publication d’une lettre de la part de l’ayatollah le 29 novembre à destination «des jeunes d’Europe et d’Amérique du Nord» (dans laquelle il fait part de son empathie envers les victimes du terrorisme et de nombreux conflits, tout en critiquant la «logique contradictoire de l’Occident» et en dénonçant «le terrorisme gouvernemental d’Israël»). 

Elle a été relayée en masse par ses comptes Twitter, Facebook et Instagram, accompagnée du hasthag #PréoccupationCommune (#CommonWorry en version originale), comme le raconte Al-Monitor. Une autre lettre avait déjà été écrite après les attentats de janvier (notez son aspect très fleuri) et partagée de la même façon sur les réseaux sociaux: Instagram, Facebook et Twitter.

Paradoxe vis-à-vis de la politique numérique de l’Iran

Ali Khamenei et sa stratégie numérique représentent un sacré paradoxe avec la politique de l’Iran vis-à-vis des réseaux sociaux. Si le pays compte 40 millions d’internautes sur une populations d’environ 78 millions de personnes, la République islamique censure de nombreux sites et la plupart des réseaux sociaux. Twitter et Facebook sont par exemple bloqués depuis les manifestations de juin 2009 contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, pour le rôle qu’ils ont joué dans le soulèvement. Selon Rue89, Instagram fait l’objet d’un filtrage intelligent en Iran. De plus, la loi y punit la publication de photos privées sur une plateforme publique.

Ces restrictions n’empêchent pas le guide iranien d’avoir plus de 530.000 abonnés sur Instagram,168.000 sur Twitter ou 126.000 sur le réseau de Mark Zuckerberg (cette disproportion dans les chiffres s’explique par le fait qu’Instagram n’est pas interdit et possède donc plus d’utilisateurs). Sans compter qu’il a aussi des comptes Google+ ou YouTube

La profusion de tweets, d’images ou de commentaires semble indiquer que c’est une équipe qui s’occupe de sa communication, ce que confirme en partie le Guardian. En 2012, à l’occasion de l’ouverture de son compte sur Facebook, le site conservateur Baztab, cité par le journal anglais, avait indiqué que la page serait gérée par son cabinet. La publication parfaitement coordonnée de ses deux «lettres aux jeunes d’Europe et d’Amérique du Nord» laisse penser que c’est également le cas pour les autres comptes.

70% de la jeunesse iranienne contourne les filtres

Parfois, ce sont des messages personnels qui sont publiés. Comme lorsque Khamenei emploie la première personne du singulier dans un tweet pour enjoindre les jeunes Iraniens à faire plus de sport, comme le rapporte The Independent. Pourquoi cette communication de la part du guide suprême alors que de nombreux sites sont censurés? Parce que, comme l’a révélé un rapport commandé par le ministère de la Jeunesse et des Sports iranien, mentionné par l’article de Rue89, environ 70% de la jeunesse du pays contourne ces filtres. Ce qui explique que de nombreux officiels soient aussi présents sur les réseaux sociaux. L’ancien président et ayatollah Rafsanjani est présent sur Instagram et l’actuel président Hassan Rohani a plus de 410.000 followers sur son compte Twitter.

Dans un article du Time qui s’intéressait à la stratégie numérique de Rohani (qui avouait que ce n’était pas lui qui rédigeait ses statuts), l’hebdomadaire américain notait qu’une telle utilisation «le faisait paraître en contact avec le monde réel», le rendant plus sympathique. Une telle stratégie qui peut aussi être celle de l’ayatollah Khamenei (et d’autres leaders politiques en général, comme François Hollande).. mais qui se relève à double tranchant. En effet, le Guardian narre que quelques utilisateurs n’ont pas hésité à demander au guide suprême lors de l’ouverture de son compte Facebook comment il arrivait à contourner la censure exercée par le pays, et s’il ne pouvait pas la lever.

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