Tech & internet

Attention les amateurs d'avis sur internet, ça va tailler

Hugo Lindenberg et Stylist, mis à jour le 17.12.2015 à 17 h 13

Les gens qui donnent leur avis sur les Yelp, Amazon et TripAdvisor sont des humains comme les autres (enfin, presque tous).

Yelp | Ewen Roberts via Flickr CC License by

Yelp | Ewen Roberts via Flickr CC License by

«Un pur joyau du septième art! Le cinéma comique est ici réhabilité avec un scénario tout droit sorti de la bibliothèque de William Faulkner.» «Les Nouvelles Aventures d’Aladin est un film visionnaire et avant-gardiste qui redonne une bouffée d’air frais à un cinéma français en perte de vitesse.» Non, le dernier film de Kev Adams, sorti le 14 octobre, n’a pas révolutionné le genre de la comédie lourdingue à la française. Mais des utilisateurs facétieux d’Allociné ont trollé le site avec des dizaines de commentaires démesurément élogieux, suite à des soupçons de fausses critiques émanant de profils factices pour booster la note du film.

Une manière de se moquer des faux avis qui gangrènent le Web. 45 % d’entre eux présentaient des «anomalies» en 2013, selon la répression des fraudes. Pas étonnant quand on sait que 91% des consommateurs se renseignent en ligne avant de dégainer leur Visa Électron. Qu’il s’agisse de choisir un resto ou un sèche-linge, on vérifie consciencieusement ce qu’en a pensé Guigui du 92 ou El_Matador. Des gens qu’on aurait certainement swipé à gauche sur Tinder mais qu’on croit sur parole quand ils disent que la viande était trop riche en protéines ou que la fibre de leurs survet ne s’est jamais remise de ce passage en tambour. 

Et leur avis vaut de l’or: une étude a montré qu’aux États-Unis, une nouvelle étoile sur Yelp correspondait à une hausse de 5 à 9% des revenus pour le commerce concerné*. C’est dire si les yelpeurs (et autres tripadvisoriens, airbnbistes, allociniens…) sont devenus des gens puissants. Un épisode récent de South Park intitulé «You’re Not Yelping», montrait les commerçants aux prises avec des yelpeurs de plus en plus gourmands et corrompus, réclamant les meilleures tables et refusant de payer. Vous trouvez ça abusé? On vous a bien regardée, ce n’est pas le moindre de vos défauts.

1.Parler de ce qu’on ne connaît pas

«Restaurant très surfait, tout en apparat, très peu de chose dans l’assiette, l’assiette la mieux garnie est celle de l’addition.» Ce commentaire, posté en 2013 sur TripAdvisor a coûté 7.500 euros à son auteur. Le verdict, tombé il y a un mois, est une première en France. Ce qui a motivé la condamnation du tribunal? Pas la répétition inutile du mot «assiette», mais le fait que le restaurant en question, Loiseau des Ducs à Dijon, n’a ouvert que cinq jours après cette critique négative. Du coup, notent les juges, elle «ne peut pas correspondre à l’expression d’un avis objectif se fondant sur une expérience réelle». Bien vu.

Ça ne vous rappelle personne? Vous, le visage transfiguré par la mauvaise foi (c’est-à-dire rayonnante), en train de détruire le dernier roman de Christine Angot ou de Marc Levy (selon que vous habitez à Paris ou en province) que vous n’avez évidemment jamais lu. Pas besoin de rouler vos yeux sur «les métaphores paresseuses» de «cet auteur surévalué» pour savoir que vous avez mieux à faire et que «la vraie littérature» vous «attend ailleurs» (visiblement dans The Walking Dead).

2.Être trop tatillon

À propos d’un pressing du IXe arrondissement de Paris, Nicolas D., Yelpeur aux 292 avis (et probable faussaire), note: «Rien d’exceptionnel, juste l’efficacité et le sourire de cette famille de travailleurs.» Famille qui, va savoir pourquoi, devra, malgré son sourire, se contenter de trois étoiles sur cinq. Comme cet hôtel de Lille dont Sophie C, «auteur de niveau 2» chez TripAdvisor déplore l’absence de patère dans la salle d’eau. Qu’importe si par ailleurs du champagne millésimé coule des robinets et si les femmes de chambre vous parfument au Chanel N°5 à chaque passage, la patère n’était pas là.

Ça ne vous rappelle personne? Vous, qui après trois semaines de relation avec J., êtes passée de «ce mec est un volcan, quand il me touche, c’est la faille sismique» à «je suis pas sûre de pouvoir faire ma vie avec un mec qui dit chocolatine». Et vous encore qui, faute d’avoir trouvé un sac «qui vous procure une émotion», vous baladez avec un tote bag élimé aux couleurs d’une marque de tampon depuis six mois.

3.Donner son avis sur tout

En moyenne, seuls 1,5% des clients laissent une critique sur les sites d’avis*. Parce que finalement, who cares de votre avis sur le nouveau burger de la rue Marion Cotillard (spoiler: personne). Mais certaines occasions, comme l’ouverture de la Brasserie Barbès à Paris, temple bobo en pleine no go zone d’après la géographie de Fox News, décident les plus discrets à pousser leur première note. «Ça y est, on l’a fait, s’autocongratule Sébastien, pensant que les riverains attendaient fiévreusement sa chronique du lieu sur Yelp. Je ne repasserai pas sur ce qui a été dit et redit (voir décrié), je m’attarde uniquement sur ce que j’ai testé, à savoir aller y boire un verre un samedi après-midi.» Ne t’attarde pas trop quand même.

Ça ne vous rappelle personne? Vous, quand, ivre de vin rouge et de vous-même, la bouche pleine de houmous, vous interrompez la conversation pour donner votre avis sur le dernier single d’Adele. Alors que vous êtes restée parfaitement muette quand vos amis tentaient de résoudre le conflit israélo-palestinien en s’enfilant de la burrata. #lesvraisproblèmes

4.En faire des caisses

Le 15 octobre dernier, s’éteignait, à 63 ans, l’idole de tous les commentateurs en ligne. Harriet Klausner, ancienne bibliothécaire de Pennsylvanie, avait rédigé trois jours avant, sa 31.014e critique de livre sur Amazon. L’auteur John Scalzi lui a rendu hommage sur Twitter. 


«Harriet Klausner nous a quittés. Elle a critiqué beaucoup de mes livres, et elle en a peut-être même lu certains. RIP, Harriet.»

La pasionaria faisait évidemment partie du Hall of Fame d’Amazon, club des critiques les plus actifs du site, dont l’équivalent sur Yelp est La brigade d’élite Yelp, des gens qui ont trouvé un sens à leur vie en donnant leur avis en ligne.

Ça ne vous rappelle personne? Votre copine qui ne savait même pas saler un plat, il y a trois mois, et qui règne désormais sur une cuisine mieux équipée que le PC sécurité de l’Élysée. Tout ça parce que son mec lui a offert un livre de cuisine et qu’elle est trop vaniteuse pour faire un simple poulet au curry. Résultat: elle se fait livrer du chou en lanière du Penjab et ses amis craignent qu’elle se radicalise et rejoigne «Top Chef».

 

Hugo Lindenberg
Hugo Lindenberg (21 articles)
Rédacteur en chef adjoint chez Stylist
Stylist
Stylist (173 articles)
Mode, culture, beauté, société.
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