France

Régionales: «Censuré par les médias», l’UPR fait parler ses candidats au compte-gouttes

Étienne Girard, mis à jour le 03.12.2015 à 17 h 36

[LES DERNIERS SERONT LES PREMIERS] Pour l'ultime ligne droite des régionales, nous vous proposons de découvrir, non pas des têtes de liste, mais des derniers de liste. Troisième épisode en Bourgogne-Franche-Comté, où l’UPR recrute potes et épouses pour boucler les listes. Sans les laisser parler.

Pour changer des têtes de listes, Slate.fr a décidé de s'intéresser, pour cette ultime ligne droite des élections régionales, aux derniers de liste: ceux qui n'ont aucune chance d'être élus, simples militants venus faire le nombre ou élus d'une autre assemblée chargés de donner une touche de notoriété à la fin de la liste.

«Cédric Moyemont ne souhaite pas s’exprimer sur les élections régionales car il n’est pas adhérent à l’UPR.» Édouard Clair, tête de liste de l’Union populaire républicaine (UPR) en Côte-d’Or, semble un peu penaud. Il ne nous donnera pas le numéro de son dernier de liste départementale en Bourgogne-Franche-Comté. C’est «un ancien coéquipier de rugby qui a accepté de figurer sur la liste uniquement par amitié». Candidat, oui, mais pas trop.

Visiblement, ce jeune vigneron de 27 ans a dû user de la plus grande persuasion pour dégoter 21 personnes, 11 hommes et 10 femmes, nécessaires au dépôt de la liste en préfecture. Comme lui ou Cédric Moyemont, près de 2.000 candidats dans les treize régions de France métropolitaine se présentent aux élections du 6 décembre sous la bannière de l’UPR. Une performance étonnante pour cette formation politique sans élu, ni financement public.

Une forte hausse des adhérents

Avec plus de 9.000 adhérents revendiqués par son président et grand manitou, l’inspecteur général des finances François Asselineau, ce parti qui réclame le retrait de la France de l’Union européenne, de l’euro et de l’Otan semble pourtant en pleine expansion. En juin 2014, l’UPR comptait 5.500 militants, soit une augmentation de plus de 60% en dix-huit mois, selon un chiffre donné par Marianne.net. De quoi faire rêver n’importe quel mouvement. Ses militants, omniprésents sur les réseaux sociaux, n’hésitent pas à s’incruster dans les joutes politiques en ligne ou à interpeller les médias qui n’invitent pas assez leur mentor sur leurs plateaux.

Rendez-vous arrangé avec François Asselineau

À en croire le chef, le rythme d’adhésion se serait même accéléré ces derniers jours: «Depuis les attentats du 13 novembre, nous enregistrons plus de 30 nouveaux membres tous les jours», se félicite François Asselineau. À défaut de nous donner accès aux personnes qui le représentent devant le corps électoral, il a accepté de nous rencontrer dans un bar chic de République (Paris XIe). Accepter est un bien grand mot puisque que ce rendez-vous a été fortement suggéré par son attaché de presse, Joël Troude. Sollicité pour les coordonnées de Cédric Moyemont, il fut plutôt question de «rencontrer d’abord le président, afin que cette démarche puisse ensuite aboutir». Explication: «Nous vivons mal le fait d’être censurés par les grands médias. François Asselineau mérite d’avoir la parole dans la presse, comme les autres responsables politiques.»

Quand nous le rencontrons, François Asselineau fait lui aussi savoir toute la perplexité que lui inspire cette demande: «C’est comme si vous écriviez sur les résultats financiers de Renault en interrogeant un ouvrier. Il faut commencer par le PDG.» Prolixe et adepte des digressions, le PDG de l’UPR aime surtout deviser sur l’histoire de France ou l’influence des États-Unis dans le monde. «Notre pays est aujourd’hui gouverné depuis Bruxelles, selon des intérêts américains, clame le haut-fonctionnaire. Il faut rendre à la France son indépendance et avoir confiance en notre génie national. Sinon, nous nous diluerons définitivement dans un empire euro-atlantique.»

Les sujets locaux sont visiblement à la grande politique ce que l’ouvrier est au PDG de Renault. Le haut-fonctionnaire a quand même sa petite idée sur le récent redécoupage des régions: «Elles ont été calquées sur les États américains. Bourgogne-Franche-Comté, c’est la Virginie occidentale! À travers ces grandes régions, nos gouvernants cherchent en réalité à disloquer la France.»

Pour un référendum sur l’organisation des JO

Bon gré, mal gré, l’UPR a tout de même rédigé un programme avec des propositions régionales. «Nous sommes pour l’organisation de référendums sur les grands sujets régionaux, comme les Jeux olympiques en Ile-de-France ou Notre-Dame-des-Landes dans les Pays-de-la-Loire, explique François Asselineau, qui se présente lui-même en Ile-de-France. Nous voulons également rendre possibles des référendums d’initiative populaire au niveau régional. Pour le reste, les attributions de la région sont très peu politiques. Nous souhaitons rénover des lycées et améliorer les transports en commun, oui, mais comme tout le monde.»

Son dernier de liste en Côte-d’Or, le président de l’UPR ne le connaît pas mais nous invite à nous rapprocher de son attaché de presse. Joël Troude propose contre toute attente les coordonnées de Michel Lecocq, un médecin généraliste adhérent à Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val-de-Marne, qui a le mérite d’être «bon client» pour les médias. Peu importe si ce n’est pas le sujet. En Bourgogne-Franche-Comté, il n'a pas les numéros mais va se renseigner.

«Réservistes» électoraux

Le lendemain, coup de chance: Édouard Clair, tête de liste en Côte-d’Or, rappelle. Il ne sait pas qui est Joël Troude mais a bien lu notre e-mail, envoyé plus tôt dans la semaine. Il ne pense pas que Cédric Moyemont sera partant pour s’exprimer mais veut bien nous expliquer comment il a construit sa liste: «Le tout, c’est d’avoir des réservistes, au cas où le dossier d’un colistier est rejeté en préfecture, car il manque des documents par exemple. C’est ce qui m’est arrivé. Cédric Moyemont, un ami lui aussi vigneron, a accepté de dépanner.»

Celui qui est aussi délégué départemental de la Côte-d’Or connaît certaines astuces: «La loi permet à un citoyen d’être candidat dans n’importe quel département de sa région. Cela peut être utile dans certaines zones moins bien pourvues. Une autre pratique efficace consiste à convaincre ses proches de se présenter pour rendre service.»

Motivés, motivés

Un rapide coup d’œil à la liste de l’UPR dans le département voisin de la Nièvre permet bien de constater que sur dix candidats, deux portent le nom de Celle et trois le nom de Gallois, dont la tête de liste régionale, Charles-Henri Gallois.

Michel Lecocq, 59 ans, tête de liste dans le Val-de-Marne, sera finalement d’un secours pour proposer un lecture plus fine de ces liens familiaux: «Les militants de l’UPR sont extrêmement motivés, ils font tout pour convaincre leurs proches de rejoindre le parti. Moi-même, j’ai réussi avec ma femme.» En Côte d'Or, on réussit même avec ses potes.

Étienne Girard
Étienne Girard (3 articles)
Journaliste en incubation au CFJ
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