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La déclaration universelle des droits de l’humanité n’est pas qu’une utopie

Gilles Bridier, mis à jour le 10.12.2015 à 18 h 06

François Hollande a soumis à toutes les délégations un texte en amont de la COP21 en vue d'une ratification par l'ONU. Mais, contrairement aux nombreuses autres déclarations solennelles précédentes, celle-ci a-t-elle une chance de changer vraiment les mentalités et les pratiques?

Paris, le 9 décembre 2015 I REUTERS/Jacky Naegelen

Paris, le 9 décembre 2015 I REUTERS/Jacky Naegelen

Une déclaration universelle des droits de l’humanité, englobant l’ensemble des espèces vivantes pour la sauvegarde des équilibres et la biodiversité, doit être présentée à la COP21 à toutes les délégations présentes. Pour l’avenir de la planète et les générations à venir.

Une déclaration universelle des droits de l’humanité? Quel bel angélisme, passablement décalé alors que sur terre comme au fond des mers, la course à l’exploitation des ressources naturelles ne cesse de détruire l’équilibre d’écosystèmes nécessaires à la vie, alors que des hommes s’entretuent au nom d’idéologies de pouvoir dans des conflits parfois génocidaires, alors que les fanatismes les plus irréductibles n’ont d’autre dessein que de détruire tout ce qui refuse de se soumettre ou témoigne d’une culture différente?

C’est pourtant dans ce contexte planétaire, et peut-être à cause de lui, que François Hollande a souhaité que, dans le cadre de la COP21, soit lancée une déclaration universelle des droits de l’humanité qui doit être soumises à toutes les délégations présentes au Bourget. Avant d’être soumise aux Nations Unies.

La suite de la déclaration des droits de l’homme

Après tout, lorsque les représentants du peuple français exposèrent en 1789 leur déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la situation n’était pas plus encourageante puisqu’il s’agissait alors d’établir un rempart contre «l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'homme (qui) sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements».

La COP21 qui se penche sur les effets de l’accélération du réchauffement climatique offre donc un cadre pour aller plus loin

Et pourtant, cette profession de foi qui aurait pu finir aux oubliettes, fut reprise en 1948 par les Nations Unies à Paris dans la déclaration universelle des droits de l’homme, au sortir d’une guerre qui avait pourtant fait bien peu de cas de la vie humaine lorsqu’on considère les millions de victimes du nazisme. Il aura donc fallu cent soixante ans pour que la France, patrie de la déclaration des droits de l’homme et toujours reconnue comme telle à ce jour –à défaut peut-être d’être le pays des droits de l’homme– transmette au monde entier cet engagement en faveur des droits fondamentaux que sont la dignité, la liberté et l’égalité devant la loi.

Quelques décennies plus tard, les enjeux ont changé de nature. Au-delà des droits de l’homme, la question porte maintenant sur l’avenir de la planète. La COP21 qui se penche sur les effets de l’accélération du réchauffement climatique offre donc un cadre pour aller plus loin, en élargissant le problème à l’humanité comme à l’ensemble des espèces vivantes et aux équilibres écologiques et climatiques.  

Une mobilisation inédite pour la planète

Certes, ce n’est pas la première fois que sont établies des chartes de la nature ou autres déclarations sur le développement, comme à Stockholm en 1972, à New-York en 1982, à Rio en 1992 et même aux Nations Unies avec la déclaration du millénaire de 2000. Autant de textes quasiment inopérants au regard de leur objectif, face à la course à la croissance et à la compétition pour l’exploitation des richesses naturelles.

Mais cette fois, la mobilisation change d’échelle. L’encyclique «Laudato si» du Pape François sur la question écologique pour sauver la planète, en juin dernier, illustre cette nouvelle prise de conscience.

À Paris avec quelque 150 chefs d’État ou de gouvernement, la COP21 est devenue la manifestation internationale qui aura réuni le plus grand nombre de hauts responsables nationaux jamais rassemblés malgré leurs antagonismes, démontrant par là une réelle prise de conscience collective.

Et le millier de maires des plus grandes villes du monde, invités par l’édile de Paris Anne Hidalgo avec son ancien homologue de New-York Michael Bloomberg pour plancher sur les meilleures façons de réduire les pollutions des mégapoles, matérialise aussi une mobilisation de la société civile qui n’avait jamais existé auparavant.

Dans ce contexte, la déclaration universelle des droits de l’humanité pourrait connaître un sort meilleur que celui d’autres textes demeurés lettres mortes. Son projet? Rappeler que «l’humanité et la nature sont en péril et qu’en particulier les effets néfastes des changements climatiques, l’accélération de la perte de la biodiversité, la dégradation des terres et des océans, constituent autant de violations des droits fondamentaux des êtres humains et une menace vitale pour les générations présentes et futures».

Une utopie accessible

Pour ce faire, l’ancienne ministre et militante écologiste Corinne Lepage a organisé les travaux de nombreuses personnalités et ONG pour rédiger un texte relativement court comprenant quatre principes de base, six droits et six devoirs, articulés autour du droit de vivre dans un environnement sain, dans le cadre d’un développement responsable, équitable, solidaire et durable, pour préserver les biens communs à transmettre aux générations futures.

Le chemin sera très long avant que les droits et devoirs puissent un jour être opposés à tout exploitation abusive du patrimoine naturel et culturel mondial

Parce que l’avenir de l’homme ne peut se construire hors de son interaction avec toutes les composantes de son environnement, cette déclaration à l’intention des générations présentes insiste sur la sauvegarde des équilibres écologiques et le maintien de la biodiversité à léguer aux générations à venir –une biodiversité qui, selon Pierre-Henri Gouyon, biologiste et membre du comité de veille de la Fondation Nicolas Hulot, ne peut se concevoir que dans une perspective dynamique et hors de toute hiérarchie.  

Suite à la remise du texte à François Hollande peu de temps avant l’ouverture de la COP21, cette déclaration des droits de l’humanité ne vaudra que par la reconnaissance que voudront lui accorder les chefs d’État du monde entier –et notamment les plus influents.

Les bonnes volontés des signataires n’ayant pas force de loi, inutile de préciser que les engagements d’un jour devront être confirmés au-delà même de la présentation ultérieure de cette déclaration aux Nations Unies. Et que le chemin sera de toute évidence très long avant que les droits et devoirs puissent un jour être opposés à tout exploitation abusive du patrimoine naturel et culturel mondial.

Le rôle des opinions publiques

Mais après tout, n’en fut-il pas de même pour la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), concept apparu dans les années 1960 et qui mit près de trente ans pour s’installer? Dans les pays à bas coûts de main d’œuvre sans réglementation sociale sur les conditions de travail, on n’aurait jamais pensé qu’il pût un jour s’appliquer. Mais après maints scandales industriels et sous la pression internationale, il existe aujourd’hui une forme de vigilance sur les conditions de travail qu’on n’aurait jamais anticipé voilà quelques décennies.

L’avenir des droits de l’humanité dépendra des mêmes pressions, et donc de la sensibilité des opinions publiques aux différents défis qui se posent à la planète. Le regard peut changer sur ce qui n’est encore, jusqu’à présent, qu’une utopie pour préserver l’humanité et ses équilibres.

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
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