France

Régionales: «Moi, candidat? Vous me l'apprenez!»

Paul Chaulet, mis à jour le 02.12.2015 à 9 h 40

[LES DERNIERS SERONT LES PREMIERS] Pour l'ultime ligne droite des régionales, nous vous proposons de découvrir, non pas des têtes de liste, mais des derniers de liste. Premier épisode en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, avec un candidat presque malgré lui.

Pour changer des têtes de listes, Slate.fr a décidé de s'intéresser, pour cette ultime ligne droite des élections régionales, aux derniers de liste: ceux qui n'ont aucune chance d'être élus, simples militants venus faire le nombre ou élus d'une autre assemblée chargés de donner une touche de notoriété à la fin de la liste. Premier épisode de cette série «Les derniers seront les premiers» dans la nouvelle région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, avec Denis Parietti, candidat DLF (presque) malgré lui.

 

Metz (Moselle)

«Moi, candidat? Vous me l'apprenez!». Au téléphone, la voix est bourrue, le ton amusé. Quand on appelle Denis Parietti pour évoquer sa candidature aux élections régionales en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine (ACAL), il ne semble pas vraiment y croire. Une erreur, forcément. Mais vérification faite, ce militant de Debout La France (DLF) figure bien en dernière position sur la liste départementale du Bas-Rhin présentée par le parti souverainiste.

Rendez-vous est pris pour le lendemain, dans une brasserie de Metz. Denis Parietti est installé en Lorraine depuis 1984 et sa retraite de l'armée. Sur place, le sourire laisse place à une colère froide. Il s'est renseigné, il est bien candidat. «Je croyais à une farce, là je tombe des nues», lâche l’homme de 66 ans, aux cheveux gris et à la moustache bien taillée.

L'affaire nous plonge dans les méandres de la politique locale. Denis Parietti l'assure: son parti lui a demandé, «pour rendre service», d’être candidat dans la région. «J'ai accepté à contrecœur, persuadé de me retrouver sur la liste de Moselle, mon département.» Après le dépôt des listes début novembre, le militant cherche à en savoir plus sur sa situation. En vain... Il a été enrôlé dans le Bas-Rhin, où il n'a aucune attache. «J'aurais évidemment refusé. Je ne vais pas aller tracter à Strasbourg!Ils devaient avoir du mal à boucler leur liste, donc ils m'ont envoyé là-bas, s'agace-t-il. On ne peut pas se réclamer du gaullisme et avoir de telles pratiques locales. Cela me fait penser à ces partis qui allaient chercher des noms sur les tombes pour les inscrire sur leurs listes.»

Furieux, Denis Parietti ne souhaite plus faire campagne pour Debout la France et envisage de ne pas renouveler son adhésion au parti souverainiste. Il compte même écrire une lettre recommandée à son président Nicolas Dupont-Aignan pour exprimer son amertume et demander des explications.

«Il tenait à être candidat»

Le militant a-t-il été abusé par un parti en mal de prétendants? Pour être validée, chaque liste doit comporter autant de candidats que de sièges à pourvoir. Chef de file DLF dans la région, Laurent Jacobelli nie en bloc. «Je n'avais pas besoin de lui. Une quarantaine de personnes souhaitaient figurer sur nos listes et n'ont pas pu l’être faute de place.» L'ancien directeur des programmes de TV5 Monde est formel: Denis Parietti tenait à être candidat. «Il n'y avait pas de place pour lui en Moselle et je lui ai accordé symboliquement la dernière place dans le Bas-Rhin car c'est un gaulliste sincère. Il était parfaitement au courant.»

Difficile d'extraire la vérité de deux versions aussi irréconciliables. Leur unique dénominateur commun: les convictions gaullistes de Denis Parietti, profondes. «Elles me viennent de l'enfance», sourit-il. Le 31 août 1944, son grand-père est tué dans l'Oise dans un combat avec la Wehrmacht. Son père, qui avait pris le maquis dans l'Aube, est blessé par la milice. La figure du Général irrigue son engagement politique. Le 30 mai 1968, il participe à l’immense manifestation de soutien au régime gaulliste, alors bousculé par la révolte étudiante. Il rencontre le père de la Ve République trois semaines plus tard, à l’occasion d'une cérémonie du 18-Juin au Mont Valérien. La rencontre, ponctuée d’une poignée de main ferme avec le général, le «prend aux tripes».

Un gaullisme empreint de nostalgie

Membre de l'Union des jeunes pour le progrès (UJP), formation rassemblant les jeunes gaullistes, il vote Chaban à l’élection présidentielle de 1974 avant de rejoindre le RPR de Chirac. De cette époque, Denis Parietti garde une aversion pour les centristes, «qui ont combattu De Gaulle, comme Giscard».

Il est alors un militant actif, qui «tracte, colle et fait le coup de poing». Délégué national aux jeunes RPR, il assiste au célèbre appel de Cochin, au cours duquel Jacques Chirac dénonce en 1979 la construction européenne et attaque l'UDF, «parti de l'étranger». Denis Parietti se souvient: «J’ai eu foi en lui, mais il m’a déçu.» En 1984, son installation en Moselle signe la fin de ce militantisme actif. «La vie familiale a pris le dessus.» Il rend sa carte du RPR en 2002, car il refuse la fusion de la droite et du centre au sein de l'UMP. Mais ses convictions gaullistes ne l'ont jamais quitté.

Le gaullisme de Denis Parietti est avant tout une nostalgie. Nostalgie d'une «France respectée, qui n'était pas à la botte de l'Allemagne et des Etats-Unis». Nostalgie d'une France où les «valeurs comme le respect et l'autorité avaient encore un sens». Souvenir, enfin, d'un pays où les «hommes politiques pensaient à servir avant de se servir». «Tout fout le camp», l'expression revient en boucle chez lui, comme un appel à un pays perdu. Cet ADN gaulliste, Denis Parietti le retrouve chez Debout la France, formation politique souverainiste créée en 2008 sous l'appellation initiale Debout la République. «Un petit parti, qui tente de se développer en gardant ses idées et n'est pas pourri», veut-il croire. Il s'encarte en 2014, déçu par le quinquennat Sarkozy.

Une campagne plus «nationale que locale»

La dernière ligne droite des régionales aurait dû être un moment fort pour cet homme à la «fibre militante», engagé dans plusieurs associations. Sur les marchés, il aurait dénoncé la création de la grande région ACAL et défendu la proposition de Laurent Jacobelli d’instaurer une vice-présidence par entité, dotée chacune d’un budget indépendant. Au cours de réunions publiques, il aurait attaqué la politique migratoire du gouvernement et la porosité de la frontière franco-allemande, «point de passage obligé des migrants». La nécessaire «refondation de Schengen» aurait rythmé ses discussions. Une campagne axée sur «des thématiques plus nationales que locales», concède-t-il.

Denis Parietti aurait aussi marqué sa différence avec la liste FN conduite par l'ancien chevènementiste Florian Philippot. «Le FN reste un parti raciste, il a juste l'intelligence de le cacher.» Mais tout cela n’aura pas lieu. La campagne se terminera sans lui, il n’y prendra plus part. Le 6 décembre, il déposera néanmoins un bulletin Debout la France dans l’urne. Par fidélité gaulliste, forcément.

Paul Chaulet
Paul Chaulet (2 articles)
Journaliste indépendant
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte