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Kobe Bryant est le Michael Jordan de ceux qui n'ont pas connu Jordan

Grégor Brandy, mis à jour le 01.12.2015 à 11 h 33

La légende des Lakers a annoncé qu'il mettrait un terme à sa carrière à la fin de la saison. Hommage.

Michael Jordan et Kobe Bryant, lors du All-Star Game 2003, à Atlanta. REUTERS/Alan Mothner

Michael Jordan et Kobe Bryant, lors du All-Star Game 2003, à Atlanta. REUTERS/Alan Mothner

Kobe Bryant mettra un terme à sa carrière à la fin de cette saison. Le légendaire numéro 8 puis 24 des Lakers, qui a connu cette seule franchise au cours de sa carrière, a annoncé ce 29 novembre qu’il allait quitter les parquets en 2016, dans un poème assez touchant, publié sur The Player’s Tribune, et traduit en partie par Eurosport:

«Cher basketball [...]

Tu as donné à un petit garçon de 6 ans son rêve de Laker.

Et pour ça, je t'aimerai toujours.

Je ne peux t'aimer avec cette même passion plus longtemps.

Cette saison est tout ce qu'il me reste.

Mon coeur peut encaisser les battements,

Mon esprit peut gérer la pression,

Mais mon corps sait qu'il est temps de dire au revoir.

Et c'est bien comme ça.

Je suis prêt à te laisser partir.

Je veux que tu le saches désormais,

Afin que nous puissions savourer chaque moment,

Les bons comme les mauvais.

On sait tous les deux que quoi que je fasse ensuite

Je serai toujours cet enfant

Avec les chaussettes enroulées,

Face à la poubelle du coin,

Avec 5 secondes à jouer

Et la balle dans les mains.

5, 4, 3, 2, 1...

Je t'aimerai toujours.

Kobe.»

Cela faisait un petit moment que le monde du basket se demandait si ce n’était pas la fin de Kobe Bryant. En mai dernier, le directeur général des Lakers avait annoncé que la légende californienne mettrait un terme à sa carrière à la fin de la saison 2015-2016. Bryant avait alors répondu en disant qu’il n’en savait rien:

Ce n'est pas Jordan qui nous a fait rêver

On aurait aimé le voir finir sur une sixième bague et rejoindre Michael Jordan, mais le joueur des Lakers risque de ne même pas atteindre les play-offs, pour la troisième saison consécutive.

Pour les fans de Jordan, ce sera probablement la preuve ultime que leur chouchou est le meilleur joueur de l’histoire de la NBA: un débat constamment remis sur la table. Les deux basketteurs sont d’ailleurs relativement proches dans leur façon d’évoluer. De nombreuses vidéos mettent d’ailleurs en avant ces similarités:

 

Mais pour toute une génération qui vient d’arriver sur les parquets (et dans les rédactions), ce n’est pas Jordan qui nous a fait rêver semaine après semaine, mais bien Bryant. C’est d’ailleurs ce qu’a très bien expliqué Paul George, le joueur d’Indiana, lorsqu’il a appris la retraite du génial arrière des Lakers:

«Kobe était mon [Michael] Jordan. Je n’ai pas vraiment de souvenirs de Jordan en train de jouer, mais Kobe était mon Jordan, celui que je regardais gagner des titres NBA. Je me rappelle être chez moi à regarder des matchs avec ma mère, ma grand-mère, mon père et l’idolâtrer. Quand la match était fini, j’allais dans la cour, et j’essayais d’imiter ce que j’avais vu. Donc pour moi –je ne dis pas qu’il était meilleur que Jordan–, mais, en grandissant, c’est lui que j’admirais. Il était l’objectif à atteindre. Il était le meilleur joueur et de loin.»

Cette génération n’a jamais vu jouer Jordan en direct. Ou en tout cas pas le vrai Michael Jordan. Pas celui des Chicago Bulls, mais celui des Washington Wizards (ou de Space Jam). De la même façon, la prochaine aura pour héros LeBron James ou Steph Curry.

Un match à 81 points

Kobe a servi de modèle. Arrivé en NBA à 17 ans, Charlotte, qui le drafte, décide de l’échanger contre le pivot Vlade Divac. Bien vu. Depuis la formation de Caroline du Nord n’a pas fait mieux qu’une demi-finale de conférence. Bryant et les Lakers ont gagné cinq titres (2000, 2001, 2002, 2009 et 2010).

En Californie, le jeune surdoué s’impose petit à petit et finit par former un duo de choc avec Shaquille O’Neal dans la raquette (trois bagues NBA), avant de trouver en Pau Gasol quelques années plus tard un équipier décisif, avec qui il en gagne deux autres.

Bryant a une réputation de joueur génial, présent dans les moments les plus chauds, capable d’attaquer et de défendre sur tous les joueurs, tout en accumulant les records. Et comme Jordan, il y avait des jours où il semblait purement et simplement inarrêtable, comme lors de ce match où le Black Mamba avait marqué 81 des 122 points de son équipe face aux Toronto Raptors. Le genre de choses que l’on voit au réveil, avant d'aller au collège, et dont on se demande si l'on est encore en train de rêver.

 

Un bourreau de travail

Mais Bryant n’avait pas qu’un talent hors du commun. C’est aussi un bourreau de travail, que Stack décrivait dans un article publié en juin dernier, et qui reprenait plusieurs anecdotes. On pourrait citer les 400 shoots qu’il s’oblige à rentrer à chaque entraînement, ou ses sessions de travail obsessionnelles, décrites par Gilbert Arenas.

 

Mais l’exemple le plus frappant c’est un post publié par un préparateur physique de la sélection américaine, et partagé sur Reddit, il y a deux ans. La scène se déroule peu de temps avant les JO 2012 et Bryant l’appelle à 4 heures et quart du matin pour savoir s’il veut bien l’aider à faire un peu de physique. Le préparateur le rejoint à 5 heures à la salle, et trouve un Kobe en sueur. Ensemble ils travaillent pendant deux heures, et passent du physique à la muscu. Finalement Kobe lui explique qu’il va finir et faire quelques séances de shoots tout seul.

Quatre heures plus tard, ce préparateur retrouve la sélection américaine à l’entraînement et va féliciter le joueur pour son travail du matin:

«”Tu as fini quand?

– Fini quoi?

– Tes shoots. Tu es parti à quelle heure de la salle?

– Oh, je viens de finir. Je voulais en mettre 800. Donc ouais, je viens de finir.”

J’étais bouché bée. Mon dieu. C’est là que j’ai compris que ce n’était pas une surprise qu’il ait réussi à être si efficace la saison dernière.»

 

 

Arrogant, égoïste?

Malgré tout cela, Bryant n’occupe pas la place de Jordan dans le cœur des gens. On peut l’expliquer par plusieurs choses. Même si on peut toujours évoquer les West, Abdul-Jabbar, Chamberlain, Bird, Johnson, Russell… Jordan est la première véritable star du basket américain, celle qui a dépassé sa propre discipline pour devenir un des visages du sport mondial. Le joueur des Lakers n’a pas réussi à prendre la même dimension.

Bryant divise plus les gens. Sa confiance en lui passe pour de l’arrogance, il est trop égoïste, et contrairement à ce qui a pu se passer avec Jordan, certains choisissaient de ne pas voir plus loin.

 

Et là où Jordan ne pouvait que repousser les limites, Bryant semblait sans cesse courir après Jordan. La régulière réapparition du débat Jordan/Bryant semble en être la meilleure preuve.

Dans une déclaration typiquement jordanesque de 2014, MJ expliquait qu'il aurait été capable de battre tous les joueurs de la Ligue (Carmelo Anthony, LeBron James, Dwyane Wade), à part Bryant «qui lui a tout volé», lâchait-il dans un sourire.

 

Kobe étant Kobe, il avait décidé de répondre en expliquant qu'il avait piqué les gestes de Jordan, tout comme la nouvelle génération lui a piqué les siens:

Le Monde rappelle également que «Bryant a eu affaire à la justice pour des accusations de viol en 2003 par une employée d’un hôtel dans le Colorado. L’affaire, réglée par un accord financier loin des tribunaux, a terni durablement son image.»

Une fin en dents de scie

Le Black Mamba a par ailleurs connu des dernières années difficiles. Comme le souligne le quotidien du soir, «l’enchaînement rupture du tendon d’Achille en avril 2013, fracture du plateau tibial du genou gauche en 2014 et déchirure de la coiffe des rotateurs de l’épaule droite en 2015 a laissé des traces», et l’a probablement poussé à mettre un terme plus rapide que prévu à sa carrière.

Si elle s’annonce compliquée avec sa franchise, le Black Mamba pourrait malgré tout la finir sur un nouveau titre: celui de champion olympique. Le président de la Fédération américaine a rappelé que le futur retraité serait bien sélectionnable pour les Jeux de Rio. Un dernier tour d’honneur, le temps de nous souvenir de la légende qui va bientôt nous manquer.

Une première version de cet article présentait Gilbert Arenas comme un ancien coéquipier de Kobe Bryant. Les deux joueurs n'ont jamais évolué avec la même franchise. L'article a été corrigé.

 

Grégor Brandy
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