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Faites votre COP21 au bureau

Vanina Delmas, mis à jour le 03.12.2015 à 12 h 05

La réduction des gaz à effet de serre ne se joue pas seulement au Bourget lors de la COP21. Une part de notre empreinte carbonne se joue au travail. Voici cinq exemples.

Bureau vert | Travis Wise via Flickr License by CC

Bureau vert | Travis Wise via Flickr License by CC

Prendre la voiture pour aller au travail, tous les jours. Bombarder la planète entière d'e-mails le matin. Amener le client à déjeuner dans un établissement à burgers. Importer des produits du bout du monde. Envoyez plein d'e-mails pour en informer le siège. Rentrer en voiture. Si vous vous reconnaissez dans ce train-train, vous pouvez faire autant pour la COP21 que François Hollande, et ce n’est pas le tri sélectif de votre immeuble qui fera de vous un ami de la planète. Selon le service des observations et des statistiques, l’empreinte carbone des Français atteignait 10,6 tonnes de CO2 par personne en 2012 tandis que la moyenne mondiale est estimée à 7 tonnes par habitant. 

La vie au travail est pour beaucoup dans cette surpollution. Même si l’Assemblée nationale s’est engagée à diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050, elle n’a pas de prise directe sur les choix quotidiens des acteurs économiques. En conscience ou pas, tous les secteurs rejettent du CO2, même le fleuriste du coin. Mais certains métiers sont plus concernés que d’autres: les transports (28%), le bâtiment (20%) ou l’agriculture (19%) sont en tête. Mais il n’y a pas de fatalité. Démonstration.
 

1.La vie au bureauNe pas imprimer, ne pas trop utiliser internet non plus

A) La vraie vie
Réserver un vol pour le patron, envoyer le dernier rapport annuel à tous les employés, vérifier ses e-mails toutes les heures… Aujourd’hui, avoir un travail au «desk», c’est être connecté à internet toute la journée. Même si l’impact écologique n’est pas aussi dévastateur que d’arracher les arbres d’une forêt en signe de surconsommation de papier, chaque clic ou courriel envoyés émet des gaz à effet de serre. Selon l’Ademe, la transmission de 33 courriels d’un Mo à deux destinataires par jour et par personne génère annuellement des émissions équivalentes à 180 kilos de CO2, soit l’équivalent de 1.000 kilomètres parcourus en voiture. À l’échelle individuelle, cela paraît négligeable mais près de 250 milliards de courriers électroniques s’échangent par jour dans le monde!

B) Le virage éco-responsable
Plusieurs réflexes faciles à acquérir permettraient de limiter cette pollution dématérialisée mais bien réelle. Tout d’abord, cibler à qui le mail doit parvenir: multiplier par dix le nombre des destinataires multiplie par quatre son impact climatique. Le stockage des courriels inutiles consomme également beaucoup d’énergie. Astuce: utiliser un service comme unroll.me pour faire le ménage dans votre boîte mail et se débarrasser des spams.
 

2.La vie dans les champsDésintoxiquer l’agriculture de ses engrais

A) La vraie vie
En contact direct avec la nature, les agriculteurs l’aiment mais ne la respectent pas toujours. Engrais, pesticides, tracteurs, vaches… Les sources de discordes entre écologistes et agriculteurs sont nombreuses et la vague des «fermes-usines» née de l’industrialisation du secteur n’a pas arrangé les choses. Pollution de l’air ou de l’eau, le secteur agricole est régulièrement pointé du doigt même si ses émissions de GES sont en baisse: 86,4 millions de tonnes par an en 1990 contre 79,5 en 2013. À l’intérieur même de la filière, l’élevage laitier subit les foudres des plus militants, notamment à cause des flatulences et déjections des vaches, émettrices de méthane.  

B) Le virage éco-responsable
Outre l’agriculture biologique, d’autres solutions sont expérimentées par les producteurs de lait. Depuis 2013, 4.000 fermes bas carbone ont éclos dans les six régions qui produisent 65% des volumes de lait en France. Le but? Réduire les émissions de GES de 20% à l’horizon 2020. Première étape: établir son bilan carbone. Deuxième étape: changer ses outils de travail. Il est ainsi recommandé aux agriculteurs de privilégier les engrais à base de déjections animales, planter des haies pour capter le CO2 excédentaires et changer le régime alimentaire des vaches pour une meilleure digestion. L’obstacle financier existe cependant pour de nombreuses exploitations.
 

3.La vie en cuisineMoins de viande, plus de sources végétales

A) La vraie vie
Chaque midi, vous mangez une salade de tomates en entrée, une belle entrecôte saignante et pour finir, une salade de fraises. Même en décembre. Rien ne vous choque? Entre les produits hors saison et la quantité de viande ingurgitée, vous faites monter en flèche votre empreinte carbone. Le rapport de la FAO, publié en 2013, estime que l’élevage de bétail dans le monde est responsable de 14,5% des émissions de GES. Sans devenir un végétarien radical, réduire sa consommation de viande est un levier décisif de protection de l’environnement. Il relève en partie de la responsabilité du restaurateur.

B) Le virage éco-responsable
Après le fait-maison, le «bon pour le climat» pourrait devenir le nouveau label proposé par les chefs. D’ailleurs un collectif de cuisiniers et hôteliers soucieux de l’environnement s’est formé sous cette étiquette afin de trouver les bonne pratiques alliant goût et développement durable. Il ne veulent pas supprimer la viande de leur menu mais privilégier les protéines végétales. Sur leurs cartes, c’est priorité aux légumes, de saison et de proximité.
 

4.La vie sur la routeRecyler les gaz d’échappement

A) La vraie vie
Sur l’autoroute des vacances, ils sont toujours là, en file indienne sur la voie de droite, à rejeter de la fumée noire en plein pare-brise. Les poids lourds sont de moins en moins nombreux sur les routes mais participent pleinement à la pollution atmosphérique. Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), le secteur des transports représente en France «32% de la consommation d’énergie finale en 2013, près de 70% de la consommation de produits pétroliers et 36% des émissions de CO2

B) Le virage éco-responsable
Une start-up bordelaise a relevé le défi de transformer les gaz des pots d’échappement des camions en électricité grâce à un moteur placé à l’intérieur. Grâce à ce récupérateur de chaleur, Exoes affirme économiser 2.700 euros par an et par camion, réduire la consommation de carburant de 5% et empêcher l’émission de 6 tonnes de CO2.
 

5.La vie en roseLes fleuristes n’ont pas (assez) la main verte

A) La vraie vie
L’achat de fleurs coupées diminue chaque année en France mais on tient encore beaucoup au bouquet de fleurs pour la Saint-Valentin ou la fête des mères. Mais à l’ère du «tout écolo», l’exigence du consommateur augmente. Et paradoxalement, les fleuristes écolo sont rares! La plupart des fleurs arrivent du Kenya, d’Éthiopie ou d’Amérique latine par avion, atterrissent d’abord aux Pays-Bas, puis sont redistribuées dans toute l’Europe. Et pour que l’apparence du bouquet soit irréprochable malgré tout ces kilomètres, les producteurs utilisent beaucoup d’engrais chimiques et de pesticides. Mais les fleuristes peinent à trouver des alternatives car s’ils vendent des fleurs made in France, elle seraient cultivées sous serre surchauffées. Aussi polluant que si elles venaient du bout-du-monde!

B) Le virage écoresponsable
Comme pour l’alimentation, les labels en tout genre fleurissent: AB pour agriculture biologique, Max Havelaar pour le commerce équitable, Charte qualité fleur pour la production locale… Pour le moment, étiqueter les fleurs pour prouver leur engagement éco-responsable est la seule solution offert aux fleuristes. Ils subissent la concurrence croissante des Amap et des associations qui proposent la cueillette directe dans les champs.

Vanina Delmas
Vanina Delmas (4 articles)
Journaliste environnement
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