Monde

Le réchauffement climatique n'est pas responsable de la guerre en Syrie

Repéré par Christophe-Cécil Garnier, mis à jour le 30.11.2015 à 12 h 06

Repéré sur The Guardian, Le Monde Diplomatique

Une thèse parue dans une étude au mois de mars 2015 estimaient que les tensions dans le pays s'étaient fortement accrues à cause d'une sécheresse.

Deux chars détruits à Azaz, en Syrie | Christiaan Triebert via Flickr CC License by

Deux chars détruits à Azaz, en Syrie | Christiaan Triebert via Flickr CC License by

Le changement climatique est-il le terreau du terrorisme? Au moment où Paris accueille la Conférence des nations unies sur le climat, la COP21, quelques semaines après avoir été touché par des attentats, la réflexion peut paraître quelque peu troublante. Le rapprochement entre les problématiques environnementales et les excès de violence très contemporains a, toutefois, été soutenu par de nombreuses personnalités politiques, comme le prince Charles:

«Il y a de très bonnes preuves qu'une sécheresse qui a duré au moins cinq ou six ans

soit un des responsables majeurs de l'horreur en Syrie», a-t-il déclaré sur Sky News.

Barack Obama ou le candidat à la primaire démocrate Bernie Sanders partagent le même avis. Le Guardian non. Du moins, Jan Selby et Mike Hulme. Le premier est professeur en relations internationales à l'université du Sussex. Le second est professeur de changement climatique et fondateur du Tyndall Centre. Pour ces deux contestataires, «la plupart des discours publics et politiques sur l'implication du changement climatique dans les conflits est motivée par la politique, pas la science».

Les arguments de ceux qui estiment que changement climatique et guerre en Syrie sont liés se basent principalement sur une étude. Celle publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences au début de mars 2015 (et que Slate évoquait ici). Cette dernière explique que la région du Croissant fertile a enduré pendant trois ans (entre 2006 et 2009) la pire sécheresse de son histoire. Les conséquences de celles-ci (effondrement des récoltes, déplacement de population) ont «catalysé» les problèmes du pays et auraient agi, selon le département de la Défense américain dans un rapport publié en 2014, comme un «multiplicateur de menaces».

La situation économique première responsable

Les deux professeurs précisent d'abord que l'étude ne concerne pas spécifiquement la Syrie, la région du Croissant fertile allant du sud de la Russie à l'Arabie Saoudite. Ils indiquent ensuite que les déplacements de population n'ont pas concerné plus d'un million de personne, comme l'étude le montrait, mais plutôt 250.000, selon les estimations de l'ONU (ce qui est tout de même conséquent, nous en conviendrons). De plus, les migrations dont ils parlent se sont surtout effectuées en 2009 après une annulation des subventions sur le diesel et les engrais, ce qui a représenté un fardeau «plus lourd» pour les agriculteurs que la sécheresse. Les deux professeurs concluent ainsi:

«Le soutien en faveur d'une action internationale sur le changement climatique est suffisamment fort pour ne pas compter sur des preuves douteuses de son impact sur les guerres civiles.»

Pour Le Monde Diplomatique cependant, certains conflits ont bien une origine climatique. Que ce soit de mauvaises récoltes en Chine qui déclenchent indirectement les «printemps arabes» ou la dégradation des terres au Nigéria qui fait le lit de Boko Haram, une organisation terroriste.

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