Sports

Andy Murray, champion singulier et multiple

Yannick Cochennec, mis à jour le 29.11.2015 à 18 h 49

En portant la Grande-Bretagne à bout de bras pour remporter la Coupe Davis pour la première fois depuis 1936, Andy Murray a démontré qu’il n’était pas seulement un grand champion, mais qu’il continuait de tracer sa route singulière en se souciant des autres.

Andy Murray le 29 novembre, en Coupe Davis. Crédit: Reuters Staff

Andy Murray le 29 novembre, en Coupe Davis. Crédit: Reuters Staff

Au service de Sa Gracieuse Majesté, Andy Murray ne pourra désormais pas faire mieux. Trois ans après avoir été sacré champion olympique en simple aux Jeux de Londres, deux ans après être devenu le premier Britannique à triompher dans le saint des saints du royaume du tennis, à Wimbledon, depuis Fred Perry en 1936, l’Ecossais, âgé de 28 ans, a offert à son pays, dimanche 29 novembre, la première Coupe Davis de son histoire depuis, encore, 1936.

Sur la terre battue de Gand, où était organisée la finale de l’édition 2015, le n°2 mondial a presque battu la Belgique à lui tout seul en remportant ses deux simples face à Ruben Bemelmans (6-3, 6-2, 7-5) et David Goffin (6-3, 7-5, 6-3) et en participant activement, aux côtés de son frères Jamie, au succès de son équipe en double face à la paire Steve Darcis-David Goffin (6-4, 4-6, 6-3, 6-2). Mais il est vrai que lors des trois tours précédents, face aux trois autre nations du Grand Chelem avec la Grande-Bretagne, il avait également presque dominé en solitaire les Etats-Unis (deux succès en simple), la France (deux succès en simple, un en double) et l’Australie (deux succès en simple, un en double).

Le cœur britannique bien accroché

C’est la magie de la Coupe Davis, épreuve qui parfois doute d’elle-même, en raison des absences plus ou mois répétées des meilleurs mondiaux, et a l'occasion de se réinventer à chaque édition et de fournir toujours une bonne histoire à raconter. La finale qui opposait un pays -la Grande-Bretagne- porté par un seul joueur sans qui rien n’était possible face à un autre -la Belgique- qui n’avait éliminé presque «personne» pour parvenir jusqu’à ce stade de la compétition n’était pas, sur le papier, l’affiche rêvée. Elle était, en quelque sorte, le symptôme des difficultés que traverse la Coupe Davis, mais Andy Murray, en mettant la main dessus, a su la remettre au centre de l’attention générale et notamment médiatique. Il lui a même rendu un très beau service en donnant tout pour elle.

Pour Murray, qui s’était clairement prononcé en faveur de l’indépendance de l’Ecosse lors du référendum de septembre 2014, ce nouveau triomphe venait souligner, s’il en était besoin, sa loyauté à l’égard de la Grande-Bretagne qui l’a toujours regardé avec un brin de circonspection si ce n’est de condescendance et sans franchement mourir d’amour pour lui. Force est de constater, en effet, que l’enfant de Dunblane a décidément le cœur britannique bien accroché car dans une discipline aussi individualiste que le tennis, il aurait été si facile pour lui de mettre la Coupe Davis de côté sous le prétexte qu’il ne pouvait pas la gagner tout seul en raison de la faiblesse relative de ses coéquipiers.

Poids émotionnel

Pour ce faire, avec un sens du devoir remarquable, il n’a d’ailleurs pas hésité à probablement diminuer ses chances lors du Masters de Londres, disputé la semaine précédant la finale de la Coupe Davis, en entamant précocement sa préparation sur terre battue au lieu de continuer à jouer sur surface synthétique. Et il est probable que si le Masters ne s’était pas déroulé à Londres, il aurait certainement déclaré forfait, mais là encore, il a choisi l’intérêt général et national. Le Masters, à Londres, sans lui, cela aurait été forcément un coup dur pour l’épreuve.

Dans un pays comme la Grande-Bretagne, où la presse sportive a le pouvoir qui est le sien à l’image des épais cahiers des grands quotidiens qui étanchent chaque jour et surtout chaque week-end la soif des amateurs, Andy Murray subit une pression particulière. Une pression que ne connaissent pas Novak Djokovic, Roger Federer et Rafael Nadal avec qui il constitue ce qui est appelé d’une formule réductrice l’actuel «big four» du tennis. Gagner le titre olympique et Wimbledon devant le public de Londres est, dans ces circonstances, un exploit qui pèse très, très lourd et dont il est difficile d’imaginer le prix sur le plan humain en raison du poids émotionnel généré par une telle attente outre-Manche. Murray a réussi ce tour de force qui l’installe, de fait, parmi les plus grands sportifs britanniques d’hier et d’aujourd’hui, statut encore rehaussé par ce triomphe en Coupe Davis.

Murray, toujours là où on ne l’attend pas vraiment

Eternellement épié, parfois traqué, notamment par une puissante presse populaire prête à ne rien lui pardonner en dépit de ses galons de champion, Andy Murray évolue constamment sur un fil tendu sur lequel il aime paradoxalement prendre parfois des risques au nom d’idées personnelles, mais qu’il veut défendre au nom d’un idéal collectif quitte à parfois surprendre ou à semer le trouble. Quand il dit son choix pour l’Ecosse, il est forcément très audacieux en s’exposant à la critique alors que les sportifs évitent généralement des sujets d’actualité aussi brûlants. Lorsqu’il salue publiquement le discours d’adieu de l’Ecossais Gordon Brown, Premier ministre qui vient d’être battu électoralement par David Cameron, il affirme clairement de quel côté il penche politiquement. En s’indignant de l’insuffisance des contrôles antidopage dans le tennis et en pourfendant par le biais d’un tweet vengeur Wayne Odesnik, un joueur pris par la patrouille et suspendu 15 ans, il fait des vagues. Au moment d’opter pour une femme comme entraîneur avec Amélie Mauresmo en affichant son féminisme sincère, il est forcément révolutionnaire et iconoclaste dans un univers sportif extrêmement masculin et sexiste. Murray, toujours là où on ne l’attend pas vraiment.

Personnage ombrageux, souvent emporté sur le court contre son entourage ou contre lui-même, Murray peut offrir le visage d’un être torturé qui est pourtant au clair avec lui-même et avec les autres. Lorsqu’il s’est effondré sur la terre battue de Gand après le lob vertigineux qu’il venait de réussir pour offrir la dixième Coupe Davis de son histoire à la Grande-Bretagne, il s’est pris la tête à deux mains avant de dire, la voix étranglée, à la télévision britannique: «Sans mes coéquipiers, rien n’aurait été possible.» 

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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