Allemagne

L'impôt cultuel devrait-il aussi être reversé aux mosquées allemandes?

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 28.11.2015 à 9 h 06

Repéré sur Die Welt, RBB, La Croix

Mosque of Schwetzingen Castle | Wolfgang Staudt via Flickr CC License by

Mosque of Schwetzingen Castle | Wolfgang Staudt via Flickr CC License by

L'impôt cultuel devrait-il aussi être reversé aux mosquées allemandes? C'est la question que pose le quotidien allemand Die Welt au juriste en droit public Christian Waldhoff, professeur à l'Université Humbold, à Berlin, qui est partisan d'une répartition égalitaire entre les différentes grandes religions représentées sur le territoire allemand:

«Les subventions publiques doivent être définies et justifiées de manière à ce que toutes les religions puissent en profiter, y compris l'islam et le judaïsme.»

En Allemagne, où il n'y a pas de séparation entre l'Église et l'État, l'Église protestante et l'Église catholique sont financées par ce dernier, qui taxe les citoyens qui sont membres de ces deux communautés religieuses par le biais de l'impôt sur le revenu. Selon les Länder, cet impôt culturel («Kirchensteuer» en allemand) représente 8 à 9% de l'impôt sur le revenu. 500 millions d'euros sont versés en moyenne chaque année aux deux Églises chrétiennes.

L'Allemagne fait ainsi partie des pays européens, au même titre que l'Autriche, la Suède et la Finlande, où les Églises sont financées par le biais de subventions publiques, comme l'expliquait en 2012 le quotidien catholique français La Croix, qui consacrait un article et une infographie aux différents modes de financement des Églises au sein de l'UE.

Pour Christian Waldhoff, cet impôt cultuel est garant du lien social en Allemagne, et devrait donc être à ce titre élargi aux autres communautés religieuses, explique Die Welt :

«Waldhoff fait référence au contre-exemple des États-Unis, où les Églises sont repliées sur elles-mêmes et ont tendance à se radicaliser en raison de leur dépendance aux dons. Ce "risque de radicalisation est malheureusement toujours présent" y compris au sein de l'islam allemand, qui est majoritairement financé par des capitaux étrangers, écrit Waldhoff [dans un texte publié par la Fondation Conrad Adenauer, proche de la CDU, NDRL]. C'est pour cette raison qu'une subvention publique de la religion pourrait avoir un effet bénéfique.»

En mars 2015, le chef du groupe du SPD [le parti socio-démocrate allemand, NDLR] au Sénat de Berlin, Raed Saleh, a appelé de ses vœux la création d'un tel impôt cultuel pour financer l'islam allemand, comme le rapportait le site de la chaîne de télévision berlinoise RBB, de manière à réduire l'influence des pays étrangers sur les mosquées allemandes, qui sont majoritairement financées par la Turquie. Comme le responsable politique l'expliquait alors:

«Si de l'argent arrive de l'étranger, cela s'accompagne toujours d'une prise d'influence de l'étranger. On ne pas le vouloir.»

Mais ce qui empêche aujourd'hui d'élargir cet impôt à la communauté religieuse musulmane allemande est qu'elle ne dispose pas aujourd'hui d'un «interlocuteur unique» aux yeux de l'État, ce qui l'empêcherait de savoir combien à qui donner, faisait remarquer RBB. Le quotidien Die Welt évoque lui aussi cet aspect, et cite l'avis d'un autre juriste en droit public, Hans-Michael Heinig, qui dirige l'Institut de l'Église protestante en Allemagne. Selon lui, il faudrait que les différents groupes islamiques puissent «prouver qu'ils sont des organisations suffisamment représentatives dotées de règles d'adhésion.»

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