Si Roman Polanski s'est fait arrêter, c'est de sa faute
Son statut de célébrité lui a fait commettre l'erreur de trop.
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Nos sociétés ne traitent pas les personnes célèbres comme le tout venant. Pendant longtemps, cela a permis à Polanski d'échapper à la justice sans pour autant mener une vie de fugitif. Selon Kate Harding, qui écrit dans Salon, Polanski a pu continuer à faire des films à gros budget et à se reposer tranquillement dans son chalet parce que la loi ne s'applique pas de la même façon à tout le monde. Mais il ne devrait pas en être ainsi, explique-t-elle: «Droguer et violer une enfant, puis fuir le pays avant d'avoir été jugé, sont des comportements que notre société ne devrait pas tolérer, même si l'auteur des faits est célèbre, riche ou l'ami des puissants.»
D'autres célébrités ont bénéficié d'une indulgence similaire. Selon le O.C. Register, en 1988, pendant la Convention nationale démocrate à Atlanta, Rob Lowe a organisé, et filmé, ses ébats avec deux femmes, dont une n'avait que 16 ans. La mère de la jeune fille a engagé une procédure, mais l'acteur n'a jamais été poursuivi.
Selon Entertainment Weekly, le célébrissime producteur Dino DeLaurentis, ainsi que plusieurs autres «magnats d'Hollywood» auraient alors assuré Lowe qu'il se remettrait de «cette épreuve qui meurtrit l'âme.» Pour le rassurer, ils n'avaient qu'à lui rappeler les frasques d'Errol Flynn, qui, en 1942, fut accusé, puis acquitté, de détournement de mineur, malgré le fait que «personne ne doutait sérieusement qu'il avait bien couché avec Betty Hansen et Peggy Satterlee, toutes deux mineures au moment des faits», rappelle Entertainment Weekly. Leo Braudy, qui enseigne à la prestigieuse University of Southern California, explique dans son livre The Frenzy of Renown: Fame and its History qu'à l'époque, le détournement de mineur «n'était pas considéré comme un crime grave» et que la réputation de Flynn sortie même «grandie» du procès.
Le crime de Polanski échauffe davantage les esprits que ceux de Flynn ou Lowe pour plusieurs raisons. Tout d'abord, alors que le réalisateur a affirmé qu'il s'agissait d'une relation sexuelle librement consentie (ce qui atténue la gravité de l'acte, puisque l'on passe du viol au détournement de mineur), Gailey affirme au contraire avoir été violée. En lisant son témoignage recueilli par le procureur, où elle raconte comment Polanski l'a pénétrée par les voies vaginale et anale, on a tendance à la croire, et on comprend en tout cas qu'elle n'était alors qu'une enfant, qui ne savait même pas prononcer «cunnilingus».
Autre point qui joue en défaveur de Polanski, son image et sa réputation sont bien loin de l'aura de séducteur goujat mais irrésistible d'Errol Flynn ou Rob Lowe. Dans la catégorie prédateur sexuel, on penserait plutôt à Fatty Arbuckle, un personnage plus sombre et nettement moins sexy. Selon le New York Times Arbuckle projetait l'image «d'un plouc vaguement lubrique, dont les manières étaient aussi dévoyées que la libido.» Lorsqu'il se trouva accusé d'avoir violé et provoqué la mort d'une jeune actrice de 26 ans, Virginia Rappe, sa personnalité publique joua à fond contre lui et, même s'il fut innocenté, il resta banni des studios pendant de longues années. De façon assez semblable, comme l'explique Braudy, la fascination exercée par Polanski vient notamment du lien étroit qui semble exister entre son travail d'artiste, avec des films comme Rosemary's Baby ou Repulsion, et une vie personnelle marquée par le malheur. On se souvient que sa mère mourut à Auschwitz-Birkenau et que son épouse, Sharon Tate, fut assassinée en 1969 par des disciples de Charles Manson alors qu'elle était enceinte de huit mois.
Mais la plus grave erreur du réalisateur est d'avoir trahi la confiance du système judiciaire américain. En 1978, juste avant la tenue du procès, Polanski prend la fuite car il est persuadé que le juge n'acceptera pas l'accord de reconnaissance de culpabilité (plea bargain) proposé par la défense, qui devait se traduire par un séjour de 90 jours en prison pour «évaluation de l'état mental de l'accusé.» En 2008, Marina Zenovich, qui ne connaissait pas Polanski, réalise un documentaire, Roman Polanski: Wanted and Desired, qui vient corroborer les craintes de ce dernier selon lesquelles son plea bargain n'aurait pas été accepté par le juge. Polanski essaiera d'utiliser les éléments mis en avant par ce film pour faire ordonner un non-lieu, notamment parce que le procureur y estime que le juge en question, qui est aujourd'hui décédé, ne semblait pas avoir l'intention de traiter Polanski de manière équitable.
Pendant un temps, on a pu croire que la stratégie de Polanski allait porter ses fruits. Au début 2009, un nouveau juge se dit prêt à déclarer le non-lieu, à la condition que l'accusé se présente devant la justice américaine. Mais ce dernier refuse. Et c'est bien là son erreur, car les exigences du juge étaient plutôt raisonnables. Il avait donné trois mois à Polanski pour se présenter devant une cour à Los Angeles, tout en sous-entendant que le réalisateur n'aurait même pas à aller en prison.
Du point de vue de la justice américaine, le refus de Polanski est une provocation. D'autant que Gailey a elle aussi déclaré qu'elle souhaiterait qu'il revienne aux Etats-Unis afin de clore définitivement l'affaire, même si elle lui a pardonné depuis longtemps. «J'espère que son retour me permettra de ne plus jamais parler de cette histoire», déclarait-elle en 2003. «Parfois, j'ai le sentiment que nous avons tous les deux écopé de la perpétuité.»
Les amis de Polanski, dont Harvey Weinstein, estiment que le rapport sexuel que le réalisateur a eu avec Samantha Gailey «n'est pas un véritable crime» et demandent à «tous les cinéastes américains de faire pression pour qu'il ne soit pas extradé vers les Etats-Unis.» Mais plus Polanski nous obligera à revenir sur ce qu'il a fait, plus nous le verrons comme le sinistre individu qui a, un jour, violé un enfant.
Traduit par Sylvestre Meininger
Image de Une: Roman Polanski Ina Fassbender / Reuters
Mis à jour le 19/10/2009 à 12h56













































Pas d'intérêt majeur. Il s'agit d'un événement du ressort essentiel de l'intéressé et de ses conseillers juridiques. Et cette affaire, qui serait banalisée pour tout citoyen basique, ne peut en état que concerner, légalement, moralement, intellectuellement, que Roman Polanski et la justice américaine. Un comité d'amis et supporters, pourquoi pas, puisqu'il ne se manifeste qu'à tître privé. Un simple fait divers, aucune incidence publique. Quelques lignes auraient suffi à relater l'évenement.
Pas du tout d'accord avec le conquérant. La célébrité doit s'assumer. Et n'oublions pas que la pire des injustice est de traiter également des êtres inégaux.
Vous dites: "la pire des injustices est de traiter également des êtres inégaux." Philosophiquement, c'est peut-être une thèse défendable mais dans le cadre politique, c'est absolument inacceptable. En effet, la justice que vous préconisez revient à pénaliser les coupables selon leur qualité et non selon leur délit. Depuis la révolution de 1789, ce ne devrait plus être le cas. Si l'on suit votre raisonnement, les êtres humains étant tous inégaux, la justice devrait les juger tous différemment: belle utopie qui renforce la loi du plus fort ou du plus malin!
Au contraire, la justice a pour mission de juger chacun selon ses délits ou crimes en tenant compte à la marge de circonstances atténuantes qui ne modifient pas fondamentalement la condamnation. L'égalité devant la justice de chacun des justiciables est un des principaux ressorts structurant notre démocratie et la clef de voûte de la légitimité de la justice et donc de notre société.
La phrase que vous citez me semble mal interprétée. En effet, elle s'applique davantage à des situations de la vie quotidienne qu'au fonctionnement général des systèmes judiciaires. La justice ne traite pas des êtres inégaux, elle juge des gens soupçonnés de délits et de crimes en ne tenant compte que de leur humanité.
oui, je peux être d'accord. Mais si l'acte est affreux, la victime a pardonné. Pourquoi s'acharner sur un homme de 76 ans fut-il célèbre ? n'est-ce pas pour la gloire d'un juge américain qui veut se "payer" une célébrité ? N'oublions pas qu'aux USA, les juges sont élus... En France, nous avons eu plusieurs cas de juges qui se sont rendus célèbres en violant le secret de l'instruction et en allant raconter les tenants et les aboutissants des affaires devant les caméras de télévision. Pour une affaire vieille de 32 ans, pourquoi tout ce battage ? Il y a des choses cachées dans cette affaire... Pour reprendre Anne Roumanoff, "on ne nous dit pas tout " !!! et la personnalité de M. POLANSKI n'explique pas tout...
Bravo, c'est un des points de vue les plus acceptables dans la déferlante de truismes qui accompagne cette triste affaire (sans parler des sites américains).
@JHenry44:
Vous faites bon marché des principes élémentaires du droit pénal. Certes, vous avez pour excuse qu'il règne une confusion sur l'usage des termes relatifs à l'égalité, mais votre référence à la révolution de 1789 est caractéristique: le droit pénal révolutionnaire prévoyait des peines fixes. On sait quel fut le résultat.
En fait, les citoyens sont égaux devant la loi mais, en cas de violation, le juge doit individualiser la sanction en fonction de divers critères. Parmi ceux-ci, la personnalité de l'accusé ou du prévenu, son potentiel criminogène et son degré d'insertion dans la société. Ce dernier critère établit en fait une corrélation entre degré d'insertion et niveau social. Cela peut sembler cynique mais ce n'est pas surprenant: malgré le préjugé tenace qui veut qu'un succès social soit toujours suspect, un notable a toujours plus à perdre, à commencer par sa réputation.
Je n'ai jamais demandé que l'on revienne à la justice de 1789 et des quelques sombres années qui suivirent, je voulais simplement dire que depuis 1789, il ne devrait plus y avoir de privilèges de naissance ou de notoriété entre les justiciables.
Tout ce que vous nous dites sur la latitude du juge de moduler la peine en fonction de l'accusé est relativement vrai; encore faut-il que le prévenu ne soit pas en fuite et cela n'a rien à voir avec le succès social, la notoriété ou la réputation. Un accusé fuyant la justice de son pays l'estime partiale ou s'estime au-dessus des lois ou, se reconnaissant coupable, cherche à garder à tout prix sa liberté. C'est aussi vrai pour Mr Polanski que pour Mr Papon.
Il me semble que l'on juge d'abord selon la faute commise puis on module la sanction selon le coupable, mais la condamnation (la réprobation) de la société reste la même.