France

Le drapeau français, plus méconnu qu'on ne le croit

Lorenzo Calligarot et Christophe-Cécil Garnier, mis à jour le 27.11.2015 à 1 h 29

Retour, en cette journée d'hommage national, sur cinq épisodes ou faits peu connus de l'histoire du drapeau tricolore.

Un drapeau français est accroché à un balcon, le 26 novembre 2015 | REUTERS/Charles Platiau

Un drapeau français est accroché à un balcon, le 26 novembre 2015 | REUTERS/Charles Platiau

Ce vendredi 27 novembre a lieu un hommage national aux 130 morts et aux blessés des attentats de Paris du 13 novembre dernier. Une cérémonie est organisée à l’Hôtel national des Invalides et débutera à 10h30, en présence du chef de l’État. Le gouvernement invite par ailleurs tous les français à «pavoiser» leur habitation avec un drapeau bleu-blanc-rouge. L’occasion de se replonger dans l’histoire du drapeau tricolore à travers plusieurs épisodes souvent méconnus.

1.Les marins et l'importance de l'égalité des couleurs

Si l'on a en image la cocarde tricolore dès les débuts de la Révolution en 1789, la question du drapeau français tricolore est plus complexe. Déjà parce qu'il n'y avait aucun drapeau «à terre» selon Cédric de Fourgerolle, secrétaire général de la Société française de vexillologie (qui est la branche de l'histoire qui étudie les drapeaux, étendards et autres fanions): 

«Tous les drapeaux que l'on voit aujourd'hui sur les bâtiments français n'existaient pas sous l'Ancien Régime. Ce que l'on pouvait considérer comme le drapeau national, c'était le pavillon de marine, le pavillon blanc».

Si ce dernier devient après 1789 un pavillon blanc avec un rectangle en haut à gauche composé du pavillon de Beaupré (aux couleurs rouge-blanc-bleu), le pavillon français change définitivement en 1794. Le 27 pluviôse de l'an 2 (le 15 février du calendrier révolutionnaire), un décret indique qu'il sera formé «des trois couleurs nationales, disposées en bandes verticalement, de manière que le bleu soit attaché à la gaule du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant dans les airs.»

La raison de ce décret? Les marins, notamment ceux de Brest, étaient mécontents que le pavillon soit trop blanc et trop similaire à l'uniforme de leurs officiers, immaculé, par rapport au leur, une tenue bleue à ceinture rouge. «La marine a toujours été cet endroit où il y avait une grosse différence entre les officiers, qui étaient des aristocrates, et les marins», précise Cédric de Fourgerolle. 

Face à la menace de révolte, l'Assemblée Constituante accéda à leurs doléances. Ce pavillon, arboré sur tous les vaisseaux de la marine française, passe ensuite progressivement à terre et est notamment installé aux Tuileries lors de l'installation du premier consul Napoléon Bonaparte, en 1801.

2.Les couleurs n'ont pas toujours eu la même place

Si les couleurs du pavillon maritime ont très vite été trouvées, la structure du drapeau de la nation a longtemps évolué avant d'être fixée par les marins. «Au tout début de la Révolution, c'était des bandes bleu-blanc-rouge mais dans tous les sens, explique Cédric de Fougerolle. Elles étaient principalement horizontales.»

La raison de cette instabilité est qu'on ne réfléchissait pas en termes de drapeau à l'époque mais plutôt en termes de couleurs nationales (comme le montre le décret du fameux 27 pluviôse de l'an 2, qui parle «des trois couleurs nationales»)«Ce n'est pas comme aujourd'hui où un pays remplace un drapeau par un autre et fige les choses. Ces couleurs-là représentaient la Révolution, et les bandes étaient à la mode», indique Cédric de Fougerolle.

En février 1848, l'avènement de la IIe République faillit voir la disparition du drapeau tricolore. Les révolutionnaires parisiens, qui venaient de destituer Louis-Philippe, essayent de faire adopter un drapeau essentiellement rouge. Alphonse de Lamartine, poète et ministre des Affaires étrangères du gouvernement provisoire, dissuada une telle initiative dans un discours resté célèbre:

«Je repousserai jusqu'à la mort ce drapeau de sang, et vous devez le répudier plus que moi, car le drapeau rouge que vous rapportez n’a jamais fait que le tour du Champs-de-Mars, traîné dans le sang du peuple en 91 et en 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde, avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie.»

La décision est prise, par un décret du 26 février 1848, d'établir le drapeau tricolore comme «le drapeau national et les couleurs en seront rétablies dans l'ordre qu'avait adopté la République française». Le délégué de la République au Département de la Police Marc Caussidière, chargé de l'exécution de la décision, signe un arrêté deux jours plus tard. 

Seul problème, celui-ci prescrit qu'un drapeau «bleu-rouge-blanc» (comme ci-contre) soit arboré sans délai. Face aux protestations violentes, un nouveau décret est signé le 5 mars 1848 pour rétablir la situation. Depuis, le drapeau bleu-blanc-rouge n'a plus été changé.

3.Jusqu'en 2003, il était impossible d'«outrager» le drapeau français

L’article 433-5-1 du Code pénal, qui punit le délit d’outrage public à l’hymne national ou au drapeau tricolore, ne date «que» de 2003 et de la loi relative à la «sécurité intérieure». Le 6 octobre 2001, lors d'un houleux match France-Algérie au Stade de France, la Marseillaise est copieusement sifflée par une bonne partie du stade. Des supporters envahissent par ailleurs la pelouse à la fin de la rencontre. Devant le scandale, les autorités décident de réprimander les outrages au drapeau et à l’hymne national, qui deviennent punissables de 7.500 euros d’amende.


Un autre fait divers, datant de mars 2010, conduit à une modification de la loi. Une photographie est alors diffusée dans le quotidien Métro, montrant un homme s’essuyant le postérieur avec le drapeau tricolore. Des associations d’anciens combattants, notamment, montent au créneau pour exprimer leur indignation et Michèle Alliot-Marie, la garde des Sceaux de l’époque, décide de modifier la loi. Le 21 juillet 2010 paraît un décret relatif à l’incrimination de l’outrage au drapeau tricolore: il punit le fait de détruire, détériorer ou d’utiliser de manière dégradante le drapeau dans un lieu public ou ouvert au public, et même dans un lieu privé si des images relatives au fait sont publiées.

4.La couleur blanche du drapeau est rognée lors des allocutions télévisées

Depuis François Mitterrand, les téléspectateurs peuvent remarquer que la bande blanche du drapeau tricolore est considérablement rétrécie lors de cérémonies ou d’allocutions télévisées du chef de l’État (voir ci-dessous). Une volonté de minimiser la couleur «monarchique»? Non, une simple question esthétique. 

Contacté par Slate.fr, un responsable d’Abeille-Drapeaux, qui fabrique l’ensemble des drapeaux de l’Élysée, explique ce phénomène: «Ce genre de drapeaux est fabriqué précisément pour les retransmissions télévisées. La bande blanche est plus petite car, en cas de zoom, il faut éviter, pour des raisons esthétiques, que le visage du président soit complétement entouré de blanc. Il est préférable que les couleurs rouge et bleu soient mises en avant.»

5.Beaucoup de pays se sont inspirés du drapeau français

Le drapeau français et ce qu’il représente (liberté, égalité, fraternité) a inspiré de nombreuses nations au moment de choisir le leur. C’est le cas de la Côte d'Ivoire, du Sénégal et du Mali, par exemple. Le drapeau tchadien a lui en revanche été pensé par le dernier gouverneur français du pays, là aussi en hommage à l’étendard tricolore de la France. 

Après son entrée en Italie, Napoléon Bonaparte instaure la République transpadane qu’il dote, comme la France, d’un drapeau tricolore (vert-blanc-rouge). Le Royaume d'Italie, proclamé en mars 1861, gardera ce drapeau comme emblème officiel du pays. Les Belges, Roumains et Irlandais auraient aussi été influencés par le modèle tricolore vertical.

Lorenzo Calligarot
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Journaliste
Christophe-Cécil Garnier
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Journaliste à Slate.fr
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