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La guerre en Syrie détruit plus de monuments archéologiques que Daech

Temps de lecture : 2 min

Les trois quarts des sites archéologiques syriens endommagés se trouvent dans les zones contrôlés par les forces rebelles et kurdes et dans la région gouvernée par Bachar el-Assad.

Camion militaire appartenant aux forces de Bachar el-Assad près du site archéologique de Palmyre le 19 mai 2015 | REUTERS/Stringer
Camion militaire appartenant aux forces de Bachar el-Assad près du site archéologique de Palmyre le 19 mai 2015 | REUTERS/Stringer

En mai dernier, la communauté internationale s’inquiétait du pillage du site archéologique de Palmyre organisé par Daech. Mais d’après des images satellites obtenues par des archéologues américains, le conflit syrien a détruit bien plus de monuments que l’organisation terroriste, selon National Geographic.

Sur 1.450 images de sites archéologiques analysées, un quart ont été endommagés ou détruits: plus de la moitié d’entre eux se trouvent dans les zones contrôlés par les forces rebelles et kurdes; Daech est responsable des pillages d’un quart de ces monuments; le reste se situe dans la région gouvernée par Bachar el-Assad.

Une découverte tout sauf surprenante, selon Jesse Casana, un archéologue de l’Université de Dartmouth. Les territoires disputés par les deux camps du conflit syrien ont été largement plus exposés à la destruction que les zones contrôlées par Daech. D’autant plus qu’«un manque d’autorité civile encourage les groupes et les individus à voler des œuvres pour les vendre sur le marché international des arts», selon National Geographic. Et sans compter que ces sites archéologiques peuvent être pris d’assaut par les militaires comme zones stratégiques de défense, grâce à leur architecture:

«Les actions extrêmes de Daech ont provoqué une indignation internationale légitime, conçoit Jesse Casana. Mais se concentrer sur leurs exactions a également suscité certains malentendus sur la crise des antiquités en Syrie, sur ses responsables et sur la meilleure façon de régler ce problème.»

Permis de piller

Toutefois, si les dommages sont moins étendus dans les zones contrôlées par Daech que dans les autres régions syriennes, ils sont plus conséquents, les objets archéologiques étant plus abîmés, «ce qui pourrait être interprété comme une preuve de pillages plus organisés, potentiellement encouragés par Daech», interprète Jesse Casana.

Cette situation de pillages et destructions moins nombreux mais plus méthodiques s’expliquerait par le permis de piller accordé par l’organisation terroriste et distribué par le défunt Abu Sayyaf, un haut responsable de Daech. Une note publiée en septembre 2015 par le comité général du groupe terroriste énonce: «Il est interdit à tout frère de l’État islamique de piller des antiquités ou d’en donner l’autorisation sans avoir reçu de permis estampillé.»

Selon National Geographic, les détenteurs du permis doivent reverser 20% de leur recel à Daech, sous peine d’être punis. D’après des documents saisis par le gouvernement américain, Daech a perçu 265.000 dollars de taxes sur des ventes estimées à 1,25 million de dollars.

Mais le groupe terroriste a probablement gagné bien plus d’argent grâce à ce trafic, d’après Andrew Keller, un représentant du gouvernement américain. Depuis la mi-2014, les gains atteindraient des millions de dollars, selon ses estimations. Dans un discours prononcé au mois de septembre, il a ajouté que «Daech ne se contente pas de taxer passivement la vente d’antiquités. Le groupe contrôle activement ce commerce pour s’assurer un maximum de profits».

Priorité aux opérations militaires

Malgré tout, la protection du patrimoine culturel syrien n’est pas la priorité du gouvernement américain.

Depuis la décapitation d’un archéologue syrien en août dernier, les chercheurs n’osent plus s’aventurer dans les territoires contrôlés par Daech. Les images satellites sont devenues primordiales, rapporte National Geographic, mais la surveillance de la situation est difficile: la plupart des images qui ont été capturées sont vieilles de plus de six mois.

Scott Branting, directeur de l’intégration des cartographies et des données à l’American Schools of Oriental Research, explique: «On a vraiment besoin de ces images, [mais] il y a une hiérarchie et les priorités militaires peuvent nous bloquer.»

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