Science & santé

Et si nous étions allés trop vite en déclarant la viande rouge cancérogène?

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 26.11.2015 à 13 h 15

Repéré sur The Financial Times

Le Centre international de recherche sur le cancer a peut-être tiré des conclusions un peu rapides.

Barbecue food in Romania / Razvan Socol via Wikimédia License by

Barbecue food in Romania / Razvan Socol via Wikimédia License by

Fin octobre, les omnivores ont dû s’y reprendre à deux fois avant de réaliser qu’ils ne rêvaient pas: la viande rouge et la charcuterie augmentent le risque d’avoir un cancer. Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) s’est appuyé sur plus de 800 études et cite 34.000 décès par an attribués à des alimentations riches en viande transformée. Le Monde expliquait alors que «les producteurs de viande à travers le monde ont depuis violemment rejeté le rapport du Circ et le ministre de l’Agriculture australien l’a qualifié de “farce”».

Un mois plus tard, le 24 novembre, Gordon Guyatt, un médecin et professeur de la faculté de McCaster University, a publié une tribune dans le Financial Times pour dénoncer à son tour les résultats fournis par le Circ.

Risque relatif

Il explique d’abord qu’il existe trois moyens de savoir si une substance est cancérogène. Le premier est de détecter un mécanisme biochimique provoquant une tumeur maligne quand on y est exposé. «Ici, l’OMS [le Circ est une agence de l’OMS, NDLR] pensait que la preuve était entre “modérée” et “forte”», écrit le professeur, en précisant que cela ne suffit pas. D’autant que les tests sur les animaux n’ont pas soulevé d’inquiétude: un régime riche en viande rouge ne provoque pas chez eux de cancer.

Puis, le Circ s’est penché sur les «données épistémologiques», qui ont permis par le passé d’évaluer le risque lié à la cigarette: les fumeurs ont neuf à vingt-cinq fois plus de chance de contracter un cancer des poumons. «À moins que le risque relatif soit supérieur à cinq, les études épistémologiques typiques fournissent des preuves de faible qualité, écrit Gordon Guyatt. La décision sur la viande a été prise sur un risque relatif allant de seulement 1,17 à 1,18.» Très loin du seuil que le médecin décrit donc.

Pas digne de confiance

Enfin, et c’est peut-être la donnée la plus étonnante, l’auteur de l’article explique que deux grandes études portant sur le lien entre viande rouge et cancer ont été ignorées malgré des données très intéressantes qui contredisent les conclusions de l’OMS.

Selon lui, ce genre de classification, décidé un peu rapidement, nuit aux consommateurs. «Les dernières décennies sont jonchées de politiques basées sur des risques relatifs faibles qui, quand l’ensemble est testé cliniquement, ont dû être inversées. Les faibles associations ne sont pas dignes de confiance car elles pourraient aussi bien être dues à des biais associés à n’importe quel facteur dans le régime alimentaire ou le mode de vie.» Dans le cas de la viande rouge, la classification cancérogène pourrait pousser les gouvernements à réduire la présence de viande, pourtant source importante de nutriments, dans les menus des établissements publics comme les écoles et moins d’études pourraient être mises en place pour étayer ou démentir les conclusions de l’OMS.

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