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L’Arabie saoudite en a marre d’être comparée à Daech

Mohammed bin Nayef, prince héritier et vice-Premier ministre d'Arabie saoudite, à Riyad 11 Novembre 2015 | REUTERS/Faisal Al Nasser

Mohammed bin Nayef, prince héritier et vice-Premier ministre d'Arabie saoudite, à Riyad 11 Novembre 2015 | REUTERS/Faisal Al Nasser

Les accusations de complaisance de l’Arabie saoudite envers Daech se multiplient. Sauf que l’attitude du royaume risque bien d’alimenter les critiques.

Mise à jour du 26 novembre à 18h45: contrairement à ce que nous écrivions dans une première version de l’article, l’utilisateur de Twitter que souhaite poursuivre en justice l’Arabie saoudite n’est pas Achraf Fayad mais un anonyme qui faisait référence à la condamnation à mort de ce poète pour promotion de l’athéisme.

Depuis vendredi 13 et les attentats de Paris, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer l’attitude ambiguë de l’Arabie saoudite envers le groupe terroriste État islamique. Le vainqueur du Prix Goncourt du premier roman 2015, Kamel Daoud, dénonce par exemple le rôle de Riyad dans sa tribune «L’Arabie saoudite, un Daech qui a réussi» publiée en français dans le New York Times le 20 novembre: «Daech a une mère: l’invasion de l’Irak. Mais il a aussi un père: l’Arabie saoudite et son industrie idéologique. Si l’intervention occidentale a donné des raisons aux désespérés dans le monde arabe, le royaume saoudien leur a donné croyances et convictions.» Marine Le Pen a elle aussi, au Parlement européen, mercredi 25 novembre, dit vouloir «poser la question de savoir si on peut continuer à avoir comme alliés l'Arabie saoudite et le Qatar». Même questionnement chez Bruno Le Maire (Les Républicains), dans une tribune publiée sur Slate.fr:

«Je demande à nouveau le réexamen de nos relations diplomatiques avec l’Arabie saoudite, le Qatar et tout État qui pourrait entretenir dans son comportement ou dans ses propos la moindre ambiguïté dans ses relations avec les mouvances islamistes.»

Peine de mort

De son côté, l’Arabie saoudite est exaspérée du lien qui est fait entre elle et l’État islamique, rapporte le Washington Post. On y apprend que, pour faire taire les critiques, Riyad songerait à faire appel à la justice. Le Washington Post signale ainsi que, selon le journal pro-gouvernemental Al Riyadh, le ministère de la Justice envisage de poursuivre un internaute qui aurait, dans un tweet, suggéré que la peine de mort infligée à un jeune artiste palestinien par le gouvernement pour apostasie était semblable aux méthodes de Daech. L’utilisateur de Twitter en question, dont le nom n’a pas été révélé, faisait référence au cas d’Achraf Fayad, un poète qui a fait en 2013 la promotion de l’athéisme, a été initialement condamné à 800 coups de fouet et quatre ans de prison et a été rejugé puis condamné à mort le 17 novembre dernier.

Ce n’est pas la première fois que la comparaison avec l’État islamique passe mal dans le royaume. Un porte-parole du ministère de l’Intérieur Mansour al-Turki déclarait à NBC en février 2015 que «Daech n'a aucun moyen légitime de décider de tuer des gens». Il avait ajouté qu’entre l’Arabie saoudite et Daech «la différence [était] claire». Pas sûr néanmoins que la volonté du royaume de poursuivre en justice tous ceux qui dressent des parallèles entre Daech et son système pénal fasse cesser les comparaisons.

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