Les quatre pays les plus écolos du monde ne sont pas ceux que vous croyez

Et le plus vert est...? | Joel Montes de Oca via Flickr CC License by

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Quatre pays sont officiellement reconnus comme des modèles pour l’environnement au regard de leurs engagements avec la COP21: le Bhoutan, l’Éthiopie, le Costa Rica et le Maroc.

La COP21, c’est un peu comme une réunion de famille. Une famille très nombreuse qui se retrouve une fois par an autour d’une table pour discuter de l’avenir de sa mère. Elle est de plus en plus malade, la maman. Qui a les moyens de lui offrir une cure d’air pur? Qui fera l’effort de ne plus la polluer avec ses problèmes d’argent? La famille est grande: 196 membres. Dans ces conditions, il est difficile de savoir qui écouter, à qui donner raison, qui prendre en exemple. Il y a les exubérants. Les ouvertement distants. Et ceux qui ont de vrais gestes d’affection, aussi discrets que décisifs. Ils sont quatre à s’affairer à son chevet avec l’insistance qu’exigent les circonstances. Dans la famille COP21, le Bhoutan, le Costa Rica, l’Éthiopie et le Maroc sont les enfants les plus aimants. Tous membres du G77, le club des pays en développement à l’ONU, ils représentent pourtant à peine 0,5% des émissions de gaz à effet de serre (GES).

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1.Le BhoutanL’enfant modèle

Le Bhoutan est l’exemple à suivre selon le Climate action tracker. L’analyse des promesses des pays, sous forme d’INDC (Intended Nationally Determined Contributions), montre que l’engagement écologique est ce qui le définit le mieux. Connu pour avoir troqué le PIB (Produit intérieur brut) pour le BNB (Bonheur national brut), ce pays de 750.000 âmes, frontalier de la Chine, reste fidèle à sa philosophie résumée par son Premier ministre de l’époque, Jigmi Y. Thinley, lors de la conférence Rio+20 en 2012: «Nous travaillons à devenir le premier pays du monde 100% biologique.» D’après la Banque mondiale, le Bhoutan utilisait 15 kilos d’engrais chimiques par hectare de terres arables en 2012 –la France en utilisait alors 137 kilos par hectare. En 2005, un Programme biologique national a été établi pour former les agriculteurs du pays et c’est le Centre national des semences qui distribue les fertilisants, importés d’Inde.

Autre volonté politique assumée: le zéro émission de gaz à effet de serre. Cette neutralité carbone est due à la nature du paysage bhoutanais, composé à 70% d’une forêt, qui absorbe le CO2. L’investissement dans les centrales hydroélectriques est l’autre pilier de cet objectif. Il y aurait actuellement cinq centrales dans le pays et une dizaine de nouveaux projets dans les cartons. Dans sa contribution climatique rendue en septembre, le Bhoutan affirme produire 100% de son électricité grâce à l’hydroélectricité et s’engage entre autres à «diversifier l'approvisionnement énergétique à travers la promotion des énergies renouvelables (solaire, éolienne, biomasse), au même niveau que les grandes centrales hydroélectriques, et aussi à créer des opportunités d'investissement». Car, même si sa philosophie semble sage et déconnectée du capitalisme, le Bhoutan n’échappe pas à la croissance économique propre aux pays en développement. D’ailleurs, le taux d’émission de GES par habitant ne cesse de croître. Le principal défi du Bhoutan, plus petit que la Suisse, est définitivement de réussir à faire cohabiter développement économique et sauvegarde de l’environnement. Sans renoncer à l’une pour l’autre.

2.Le Costa RicaPays de la «pura vida»

Discret, placé dans l’ombre de l’Amérique du Nord, qui monopolise toute l’attention, le Costa Rica, pays d’origine de Christiana Figueres, la «Madame climat» de l’ONU, est un modèle écologique grâce à son ambition et sa biodiversité. Dès 2007, le pays a annoncé son intention de devenir neutre en carbone d’ici à 2021 et de réduire de 44% ses émissions de GES d’ici à 2030. Ces objectifs sont réalisables grâce au caractère exceptionnel de sa flore: le pays détient 6% de la biodiversité mondiale et le quart du pays est classé comme zone écologique protégée. En 2014, les pays d’Amérique latine ont entrepris de reboiser leur territoire afin de contrer la déforestation amazonienne. Le Costa Rica s’est engagé à restaurer 50.000 hectares. Un coup gagnant pour le développement durable et pour l’écotourisme, filière forte de son économie.

Autre versant vital de son économie: le café. Depuis peu, une «mesure d'atténuation appropriée au niveau national» (MAAN) prévoit d’améliorer les méthodes de production de ces graines précieuses (méthodes de fertilisation, énergies nouvelles…) pour réduire les émissions de GES.

La consommation d’énergie est le troisième pilier du volontarisme costaricien. Le pays a battu son propre record à la course verte en août 2015. Le pays a tenu quatre-vingt-quatorze jours en produisant seulement de l’énergie renouvelable. Dans sa contribution climatique remise en septembre, le gouvernement affirme sans sourciller que son but «est d'atteindre et de maintenir une matrice de 100% d'énergie renouvelable d'ici à 2030». D’où l’engouement autour de la construction d’un train électrique interurbain au cœur de San José, la capitale. Selon le Climate action tracker, ces intentions sont jugées suffisantes. Tous ces espoirs reposent cependant sur un soutien financier international.

3.L’ÉthiopieL’ambitieuse

Le continent africain ne représente qu’une petite part des émissions mondiales (7%) mais son poids démographique jouera un rôle déterminant dans le réchauffement climatique de ces prochaines années. Et l’Éthiopie a décidé de prendre les devants. D’ici 2030, elle prévoit de réduire ses émissions de GES de 64% dans le cas où les États conserveraient le scénario actuel de pollution. Une promesse ambitieuse. Plus qu’un pari sur le développement durable, ce plan est lié à son avenir économique. Le deuxième objectif de l’Éthiopie est d’obtenir le statut de pays émergent en 2025. Sa population risque de doubler d’ici à quinze ans.

Privé de gaz et de pétrole dans son sous-sol, le pays n’a pas d’autres choix que de miser sur les énergies renouvelables. Sa richesse principale: l’eau. À la frontière soudanaise, le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique est en construction sur un affluent du Nil. En 2017, il devrait produire 6.000 mégawatts (MW). Cette ressource est mise à mal par les aléas climatiques et notamment l’assèchement du fleuve. Prévoyante, l’Éthiopie promet dans sa déclaration d’intentions «d’élargir la production d'énergie électrique à partir d'énergie géothermique, éolienne et sources solaires pour réduire au minimum les effets néfastes des sécheresses sur le secteur de l'énergie principalement hydroélectrique».

L’autre atout du pays, c’est le vent. Entre 2011 et 2015, le nombre d’éoliennes a été multiplié par cinq et les fermes éoliennes poussent très rapidement, notamment dans la vallée du Rift. Malgré tous ces efforts, le Climate action tracker n’a pas accordé la mention «pays modèle» à l’Éthiopie car ses intentions restent conditionnées à un soutien financier international et un transfert de technologies.

4.Le MarocCelui qui prend sa «juste part»

La contribution du Maroc pour réduire les émissions de GES a été jugée satisfaisante par le Climate action tracker. Il estime que le «Maroc est en train de faire sa juste part des efforts mondiaux visant à contenir le réchauffement en dessous de 2°C». L’objectif définitif du pays vise une baisse de 13% voire de 32% d’ici 2030, si les aides financières internationales sont assez conséquentes. Dans son rapport, le gouvernement affirme que «le Maroc doit en priorité minimiser les risques d’impacts du changement climatique, en raison de l’importante vulnérabilité de certaines activités économiques, comme l’agriculture, la pêche, l’aquaculture, la foresterie et le tourisme, et certains  milieux de vie, comme les oasis, le littoral et les montagnes».

Si la conscience écologique a émergé au Sommet de Rio en 1992, le royaume a attendu 2011 pour ancrer le principe de développement durable et la protection des ressources naturelles dans sa nouvelle constitution. Sa ministre de l’Environnement, Hakima el-Haite, est persuadée que les énergies renouvelables auront le même avantage économique que le pétrole dans le passé. «Nous ne sommes plus un producteur de pétrole, a-t-elle déclaré au Guardian. Nous importons 94% de notre énergie comme des combustibles fossiles provenant de l’étranger et cela a de lourdes conséquences sur notre budget.» Pour atteindre son but de plus de 50% de la puissance électrique installée à partir de  sources renouvelables  d’ici 2025, le pays met les bouchées doubles. En 2020, la plus grande centrale solaire du monde sera installée dans la ville d’Ouarzazate et fournira près de la moitié de l’électricité du pays. Le Maroc a de bonnes raisons de tenir le cap. Il accueillera la COP22 en 2016.

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