Boire & mangerScience & santé

Des e-mails révèlent l'influence de Coca-Cola sur un groupe de lutte contre l'obésité

Repéré par Lucie de la Héronnière, mis à jour le 25.11.2015 à 18 h 29

Repéré sur AP, Eater, New York Times

Coca-Cola n'a pas fait que financer Global Energy Balance Network. La multinationale s'est aussi immiscée dans le travail de cette organisation américaine à but non lucratif.

Coke Bottles | SoxFanInSD via Flickr CC License by

Coke Bottles | SoxFanInSD via Flickr CC License by

En août dernier, une enquête du New York Times avait révélé un lien financier entre Coca-Cola et Global Energy Balance Network, une organisation américaine à but non lucratif, travaillant à la lutte contre l’obésité en promouvant surtout l’exercice physique comme remède, en minimisant le rôle des calories ingérées.

Tout le monde avait nié une quelconque influence de la multinationale sur le travail et les recherches de l’organisation, précise Eater, malgré ces généreux financements. Sur son site, Global Energy Balance Network (GEBN) précise bien que l’organisation utilise l’argent de Coca comme elle le souhaite, et que l'entreprise ne contribue pas à ses activités.

Suggestion d'articles et de vidéos

Mais voilà, selon des e-mails obtenus par l’Associated Press, Coca-Cola a précisément joué un rôle non négligeable chez Global Energy Balance Network. La firme a «aidé à choisir les représentants du groupe, édité la déclaration de mission et suggéré des articles et des vidéos pour son site», affirme l’agence de presse.

Dans un e-mail de novembre dernier, le président de GEBN disait carrément à un dirigeant de Coca:

«Je veux aider votre entreprise à éviter cette image de problème pour la vie des gens, et à redevenir une entreprise qui leur apporte des choses importantes et amusantes.»

Une proposition soumise, toujours par e-mail, par Coca-Cola, suggérait que GEBN pourrait «rapidement devenir une référence pour les médias pour commenter les questions d’obésité». Et expliquait que Global Energy Balance Network pourrait aussi utiliser les réseaux sociaux et concevoir des campagnes pour contrer la «rhétorique stridente» des «extrémistes de la santé publique» qui veulent taxer des aliments qu’ils jugent malsains…

Un manque de transparence

Des dirigeants de Coca-Cola et de GEBN ont tenu des réunions et des conférences téléphoniques pour parler des missions et activités du groupe. Dès le début, Rhona Applebaum, directrice de la santé et de la science chez Coca (qui vient d’ailleurs de quitter son poste suite à cette affaire), a informé le président de GEBN, James Hill, que les personnes impliquées aurait besoin d’être ouvertes sur la collaboration avec les secteur privé, de manière «non-négociable». Elle a exprimé son avis sur des articles publiés sur le site, mais aussi par exemple sur le logo du de l'organisation de lutte contre l'obésité: le bleu devait être évité… Car c’est la couleur du grand concurrent Pepsi.

Hill a également clairement proposé de faire des recherches sur «l’équilibre énergétique», la nécessité de compenser l’apport calorique avec l’activité physique, qui pourrait être «très spécifique aux intérêts de Coca». Un concept pas faux en soi, «mais les critiques disent que l’entreprise utilise cela pour minimiser les effets des boissons sucrées, en déplaçant l’attention sur la nécessité d’une activité physique», souligne l’AP.

Le PDG de Coca-Cola, Muhtar Kent, a affirmé dans un communiqué qu’il «est devenu clair pour nous qu’il n’y avait pas un niveau de transparence suffisant à l’égard de l’implication de l’entreprise avec Global Energy Balance Network».

Comme le déclare l’AP, «c’est seulement le dernier exemple montrant que Coca-Cola travaille avec des experts extérieurs pour promouvoir des messages qui bénéficient à l’entreprise».

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte