France

Quand François Hollande reprochait à Nicolas Sarkozy la nomination de François Molins

Repéré par Aude Lorriaux, mis à jour le 26.11.2015 à 14 h 59

Repéré sur Le Monde, Transcript du débat de l'entre deux tours entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, AFP

Le choix de cet ancien directeur de cabinet d'un ministre UMP au poste de procureur de la République avait causé, en 2011 et 2012, quelques remous. Il est aujourd'hui loué de toutes parts pour l'enquête sur les attentats du 13 novembre.

François Molins, le 24 novembre I REUTERS/Eric Gaillard

François Molins, le 24 novembre I REUTERS/Eric Gaillard

C’est devenu une évidence aux yeux de tous les journalistes qui ont suivi l’enquête sur les attentats: François Molins, le procureur de la République de Paris, s’est imposé. L’homme n’a rien pourtant de très sexy, avec son style austère de maître d’école façon IIIe République. Quand il arrive en conférence de presse, les yeux cernés par des nuits de travail, il prévient d’emblée les journalistes qu’il ne prendra pas de questions ou très peu, qu’il faut donc l’écouter attentivement. Puis il débite avec une précision chirurgicale les avancées de l'enquête, égrenant heures, dates et noms. 

Comme dans un cours de philo de haute voltige, on sent les élèves concentrés pour ne pas perdre le fil. Il est l’homme de la situation, celui qui rassure avec des éléments concrets quand tout le monde est dans le flou, celui qui tient la barre et le cap de l’enquête quand d’autres font des conjectures avec rien. «Dans un monde qui semble s’écrouler, vous apparaissez comme un point de repère familier qui va séparer la rumeur de l’info, tuer l’abus de conditionnel des chaînes d’infos, rejeter le trop-plein de spéculations. Vous savez remettre de la chronologie là où il n’y a que chaos. Vous savez mettre du sens là où le sens a disparu, là où les politiques et certains experts autoproclamés ajoutent de la confusion», explique Johan Hufnagel, directeur des éditions de Libération, dans une ode au procureur, «Monsieur le procureur François Molins, je vous aime». «Les guerres révèlent des généraux, les attentats ont fait surgir François Molins», écrivent les journalistes  Emeline Cazi et Pascale Robert-Diard du Monde, dans un portrait sensible qu’il faut lire.

Pourtant, comme elles le font remarquer, François Molins n’a pas toujours fait l’unanimité, ou plutôt sa nomination en 2011 comme procureur général n’a pas toujours rassemblé. «Qui se souvient aujourd’hui que l’homme au brassard jaune fluo qui accompagne le président François Hollande au Bataclan, dans la nuit du 13 au 14 novembre, est aussi celui dont le candidat socialiste avait reproché à Nicolas Sarkozy la nomination, lors du face-à-face télévisé du 2 mai 2012, entre les deux tours de l’élection présidentielle?», écrivent les journalistes.

«Signal désastreux»

Car François Molins est aussi l’ancien directeur de cabinet de Michel Mercier, ministre de la Justice sous Nicolas Sarkaozy. À peine annoncée, la proposition de sa nomination déclenche une levée de boucliers. Le Syndicat de la magistrature (à gauche) regrette un «signal très inquiétant de verrouillage» et «sa proximité avec le pouvoir exécutif, objectivée par les fonctions de numéro un du cabinet du ministre de la justice». Le président de l'Union syndicale des magistrats (majoritaire) pointe aussi un «signal désastreux de nommer un directeur de cabinet à Paris dans le climat d'affaires actuel qu'on connaît...»

Hollande et les magistrats

À son arrivée au pouvoir, François Hollande a rendu l’avis du CSM non plus seulement consultatif mais conforme. Mais il n’a toujours pas rempli l’un de ses engagements, pris lors de ce même débat télévisé, qui était que le Conseil supérieur de la magistrature nomme les magistrats du siège et les magistrats du parquet, «pour qu’il n’y ait aucune intervention sur les parquets par rapport à telle ou telle affaire». Pour cela, il lui faut le vote des 3/5e des députés et des sénateurs, un cadeau que la droite n’est pas prête à lui accorder…

Michel Mercier s’était engagé à suivre l’avis du Conseil de la magistrature. Le Conseil donnera finalement son accord, éteignant pour un temps la polémique. Qui ressurgit au moment de la campagne présidentielle, lors du débat télévisé de l’entre-deux tours qui oppose Nicolas Sarkozy à François Hollande. 

Ce dernier tâcla l’ex-président: «Vous avez fait nommer procureur de la République de Paris le directeur de cabinet du garde des Sceaux. Ça ne s’était jamais fait.» Il est vrai que Hollande avait promis en janvier 2012 au point numéro 53 de ses 60 engagements de «garantir l’indépendance de la justice et de tous les magistrats» et de revoir le fonctionnement des nominations (lire ci-contre).

Aujourd'hui, les polémiques sur la nomination de François Molins semblent bien loin. Après avoir été accusé à sa nomination d’être au service de la droite, il lui fut ensuite reproché tout le contraire, de faire du zèle dans les affaires touchant Nicolas Sarkozy et ses proches. Ni l’un ni l’autre, il est aujourd'hui devenu la voix de l'enquête sur les attentats.

Jeudi 26 novembre, 14h50: Ce papier a été mis à jour pour ajouter la mention du papier de Libération, «Monsieur le procureur François Molins, je vous aime».

 

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