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Comment un braquage raté est devenu un attentat terroriste sur Twitter

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 25.11.2015 à 14 h 08

Repéré sur Nord éclair

La prise d’otages à Roubaix consécutive à un braquage raté a vite été présentée comme une attaque terroriste sur Twitter.

Deux hommes tapotent devant le logo de Twitter | REUTEURS/Dado Ruvic

Deux hommes tapotent devant le logo de Twitter | REUTEURS/Dado Ruvic

Une prise d’otages a eu lieu à Roubaix, en début de soirée, mardi 24 novembre. Comme le raconte 20 Minutes, «un groupe de malfaiteurs lourdement armés a retenu en otages pendant deux heures, à Roubaix, trois membres d’une même famille, qui ont été libérés sains et saufs grâce à une intervention du Raid. Selon le procureur, le groupe de malfaiteurs, dont deux au moins sont arrivés en voiture, a tenté de prendre en otage le directeur d’une agence bancaire de Roubaix, pour lui faire ouvrir le coffre de la banque».

Après une intervention de policiers de la Bac, certains malfaiteurs se sont réfugiés dans la maison du directeur et ont pris en otage sa femme et ses deux enfants. Le Raid a mené l’assaut et libéré les otages. L’un des malfaiteurs a été tué, un autre arrêté et d’autres –on ignore combien– ont réussi à s’échapper.

S’il a été assez vite indiqué que cela n’avait aucun lien avec le terrorisme, le premier réflexe –chez tout le monde– lorsque l’on a appris la nouvelle a été de penser à une possible suite des attentats du 13 novembre. Et beaucoup d’utilisateurs de Twitter l’ont écrit sans pourtant avoir la moindre idée de ce qui était en train de se passer, nourrissant un peu plus une peur collective.

Comme le raconte Nord Éclair sur son site«Twitter est un média réactif. C’est indéniable. Avant que nos reporters arrivent sur place et se fassent confirmer l’information de la prise d’otages, le réseau social bouillonnait. Le problème, c’est qu’il n’est pas totalement fiable, loin de là. Passons sur les tweets outranciers qui font tout de suite le lien –ben tiens, c’est tellement évident!– avec les attentats de Paris, le djihadisme, Daech et tout le toutim. Des médias et lanceurs d’alertes plus sérieux hésitent tout de même sur la nature de l’événement. Un braquage est annoncé, d’abord à la station service Total, puis, plus tard, à la bijouterie du trottoir d’en face, et des comptes plus ou moins sérieux relaient les rumeurs».

Erreur de dossier

Le compte Twitter Infos140 –suivi par 74.000 personnes– a même sorti une carte pour montrer que Roubaix était proche de la Belgique, au cas où vous n’auriez pas encore fait le rapprochement.

Le spécialiste politique d’iTélé Michaël Darmon a parlé d’une prise d’otages dans une école de commerce –également annoncé par infos140.

De son côté, le Daily Mail a évoqué un «incident à Roubaix, la ville d’origine de l’artificier supposé des attentats de Paris».

En fait, le quotidien britannique se fondait sur un article du Sun, passé relativement inaperçu dans la presse française. Jeudi 19 novembre, le tabloïd britannique, pas vraiment reconnu pour la fiabilité de ses informations, indiquait qu’un jeune homme de 19 ans, originaire de Roubaix, était l’artificier des attentats du 13.

Quelques heures plus tard, L’Express publiait un article qui indiquait que, «non, l’artificier des attentats de Paris [n’était] pas cet Antillais de 19 ans»:

«La Voix du Nord et France 3 racontent qu’un avis de recherche avait été émis à son encontre et que des doutes subsistent toujours sur son lien éventuel avec les attaques de Paris. Mais une source policière contactée ce vendredi par L’Express explique qu’il y a eu confusion. “Il n’a rien à voir du tout avec les attentats. La personne qui a tout balancé s’est trompée avec un autre dossier de trafic d’armes qui n’a rien à voir avec le terrorisme.”»

Patience

Et au milieu de la confusion, certains ont essayé de faire passer le message que ce qui était en train de se passer n’était pas un attentat terroriste:

Sur Reddit, un fil de discussion sur la prise d’otages a été rapidement ouvert. Les gens se demandaient ce qui était en train de se passer, et si ce genre d’événements était fréquent en France. C’est cette réponse qui résume le mieux la situation:

«Ce n’est pas comme si ces événements étaient habituels, mais, à cause des attentats, beaucoup d’histoires de crimes violents dont on n’aurait jamais entendu parler vont être très couvertes, parce qu’il est possible que cela ait un lien avec des terroristes.»

On vous renverra donc vers le guide d’On The Media, l’émission américaine de critique des médias. Après les attentats de Paris, elle a publié une nouvelle édition de ce guide, cette fois-ci consacrée aux attentats terroristes:

On the Media/WNYC

«1. Souvenez-vous que dans les minutes qui suivent, presque tout le monde dira quelque chose de faux.

2. Comme toujours les sources locales, non anonymes et vérifiées offrent une meilleure information.

[...]

9. Résistez aux retweets compulsifs. Plus les partages sont importants, plus on y croit.

10. Soyez patients.»

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