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Les djihadistes et le tueur norvégien Anders Breivik, même combat

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 24.11.2015 à 17 h 56

Repéré sur FAZ, Libération, The Guardian

Le tueur néonazi norvégien et les terroristes de Daech ont bien plus de points communs qu’on ne le croit.

Slogan pro-multiculturalisme rédigé à la craie sur le trottoir, le 21 janvier 2015, à Leipzig, en Allemagne | REUTERS/Hannibal Hanschke

Slogan pro-multiculturalisme rédigé à la craie sur le trottoir, le 21 janvier 2015, à Leipzig, en Allemagne | REUTERS/Hannibal Hanschke

«Le tueur de masse d’extrême droite et les terroristes de l’“État islamique” se battent contre la société multiculturelle. Ils sont frères. Je m’en suis rendu compte en recevant une lettre d’Anders Breivik.» Voilà comment la journaliste norvégienne Åsne Seierstad introduit la tribune qu’elle publie aujourd’hui dans le quotidien conservateur allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Åsne Seierstad connaît bien l’auteur des attentats terroristes de 2011 en Norvège, qui a massacré 77 personnes et en a blessé 151 à Oslo et sur l’île d’Utoya, et purge actuellement une peine de prison de vingt-et-un ans, la peine maximale en Norvège. Elle est l’auteur du livre One of us, paru en anglais, qui dresse le portrait du tueur néonazi –auquel le quotidien britannique The Guardian a consacré une critique lors de sa parution début 2015.

La lettre envoyée par Anders Breivik, tapée à la machine et dont des passages entiers ont été noircis –tout son courrier est relu par la direction de l’établissement pénitentiaire où il est incarcéré–, est la première qu’elle a reçue de lui. Breivik y déverse son discours xénophobe:

«Cette lettre est une contribution supplémentaire au combat monomane que le terroriste mène contre l’islam et pour ce qu’il appelle la race nordique.»

Breivik y évoque notamment un projet d’«établissements d’élevage étatiques, qui permettent aux cliniques d’adoption, par le biais de mères porteuses, d’avoir un accès permanent à des bébés purs à 100%, de manière à ce que les Norvégiens ne soient pas obligés d’adopter des bébés non norvégiens».

Multiculturalisme

Le soir où elle a reçu la lettre, les attentats terroristes fomentés par Daech avaient lieu à Paris:

«Les tueries collectives qui ont eu lieu là-bas ont été menées par des hommes qui sont l’ennemi parfait et le reflet du terroriste norvégien.»

La journaliste norvégienne fait remarquer que, comme dans le cas des attentats terroristes de 2011 en Norvège, les attaques venaient de l’intérieur. Cinq des terroristes des attentats du 13 novembre ont ainsi la nationalité française. Et de la même manière qu’Anders Breivik ne s’est pas attaqué à des musulmans mais à de jeunes militants de la Ligue des jeunes travaillistes (AUF), les terroristes de Daech ont tiré sur «les jeunes, les progressistes, les tolérants» plutôt que de s’attaquer à des symboles du pouvoir français.

Breivik et l’EI ont le même but: la polarisation

Åsne Seierstad, journaliste norvégienne et auteure de One of us

Åsne Seierstad s’intéresse plus loin au terme de «zone grise» employé par l’État islamique (EI) dans sa rhétorique contre l’Occident, par le biais duquel l’organisation terroriste fait référence à l’espace de coexistence entre musulmans et non-musulmans:

«Le XIe arrondissement de Paris est une zone grise. Ici vivent des non-musulmans et des musulmans séculaires, modérés, que l’EI considère comme des traîtres. La zone grise est la zone de combat de l’EI, et elle existe aussi à Stockholm et à Oslo. On peut aussi la qualifier de colorée [NDLR: en allemand, le terme de “bunt”, qui signifie coloré, est employé dans le sens de “multiculturel”]. En norvégien, on parle de “det fargerike felleskapet”, la collectivité haute en couleurs. Certaines personnes utilisent ce terme comme une insulte. Et de la même manière que les extrémistes de droite détestent ce qui est coloré, l’EI déteste le gris. Breivik et l’EI ont le même but –la polarisation. C’est pourquoi ils attaquent des collectivités qui fonctionnent. Les opposants à l’islam et l’EI sont de parfaits ennemis, c’est pour cela qu’ils ne s’attaquent pas l’un l’autre.»

La journaliste conclut avec un appel vibrant à défendre le multiculturalisme:

«Pour nous, la protection la plus sûre contre la violence est l’appartenance à notre démocratie ouverte et diversifiée. L’EI a plus peur de notre coopération que des bombes. L’attaque n’était qu’un début, ont-ils dit. Nous devons répondre la même chose: ce n’est qu’un début. Dans la zone grise, il y a de la place pour toutes les couleurs.»

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