France

La disparition de l’État islamique doit être notre seule priorité

Bruno Le Maire, mis à jour le 24.11.2015 à 16 h 55

La France a perdu trop de temps sur la question Bachar el-Assad. Il est temps de former une grande coalition pour envoyer des troupes au sol.

Le Charles de Gaulle avant son départ de Toulon, le 18 novembre I REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Le Charles de Gaulle avant son départ de Toulon, le 18 novembre I REUTERS/Jean-Paul Pelissier

A la veille du débat à l’assemblée nationale sur l’intervention militaire en Syrie, ma position sur le sujet reste inchangée.

Une seule priorité: la disparition de l’État islamique et le combat contre l’islamisme. 

La France a perdu de sa crédibilité et de son efficacité en mettant sur le même plan le comportement du dirigeant syrien Bachar el-Assad et la menace de l'État islamique. Elle a surtout perdu du temps. Bachar el-Assad alimente le ressentiment des populations civiles, en particulier sunnites, en les frappant sans merci. Il sera indispensable de tenir compte de cette réalité dans la sortie de crise politique du conflit. Mais du point de vue de notre sécurité, la disparition de l’État islamique est la seule priorité: je le réclame depuis son émergence en 2014.

La coalition la plus large

De manière plus générale, la France doit se concentrer sur le combat contre l’islamisme. J’ai approuvé l’intervention militaire au Mali pour cette raison. En revanche, j’ai voté contre l’intervention militaire en Centrafrique en avançant le même argument: nous ne pouvons pas disperser nos forces sur de multiples combats. Nous ne pouvons pas endiguer l’État islamique: son expansion territoriale est sa raison d’être. Les attaques contre le Liban laissent présager que cet État ami pourrait être sa prochaine cible. Quelles que soient nos préventions contre les interventions militaires, nous n’avons pas d’autre choix que de l’éliminer. 

Une seule solution: une coalition militaire la plus large possible incluant des troupes au sol. 

Les frappes aériennes sont utiles. Elles affaiblissent les centres vitaux de nos ennemis. Elles provoquent des dégâts matériels importants qui diminuent leurs ressources financières. Elles font des pertes dans leurs rangs. 

Frapper au sol, une nécessité

Mais nous ne viendrons à bout de l’État islamique qu’en le frappant au sol. Cette mission là ne pourra être accomplie par un État seul. Elle doit se faire dans le cadre d’une coalition la plus large possible, associant des États du Golfe, la Jordanie, les forces kurdes qui payent déjà un lourd tribut à la lutte contre l’État islamique, la Turquie, l’Iran, des États européens, la Russie et les États-Unis. La seule mise en place de cette coalition demandera du temps. Depuis plusieurs mois, je réclame que la France saisisse le Conseil de Sécurité des Nations unies à cette fin. Une résolution vient d’être adoptée: c’est un premier pas dans la bonne direction, mais il faut durcir cette résolution et accélérer la mise en place de la coalition. 

La France a été touchée au cœur. Elle ne peut plus accepter la moindre ambiguïté de la part de ses partenaires diplomatiques dans leurs relations avec l’islamisme

Pour que la France soit crédible dans sa demande, elle doit envisager de participer à cette coalition avec un nombre limité de troupes au sol. 

Un impératif : revoir nos alliances diplomatiques. 

La France a été touchée au cœur. Elle ne peut plus accepter la moindre ambiguïté de la part de ses partenaires diplomatiques dans leurs relations avec l’islamisme. 

Je demande à nouveau le réexamen de nos relations diplomatiques avec l’Arabie saoudite, le Qatar et tout État qui pourrait entretenir dans son comportement ou dans ses propos la moindre ambiguïté dans ses relations avec les mouvances islamistes. 

Un règlement militaire, mais aussi politique

La Turquie est un État clé dans le règlement de la crise: qu’il s’agisse des réfugiés ou de la lutte militaire contre l’État islamique, la Turquie doit devenir un allié plus fiable, avec des priorités stratégiques claires. Nous devons en faire une priorité de notre diplomatie dans les mois à venir. 

Un point de sortie politique: une conférence internationale sur l’avenir de la Syrie. 

Le règlement militaire du problème posé par l’État islamique ne pourra apporter de paix durable sans un règlement politique. L’État islamique est le produit direct de l’intervention américaine de 2003 en Irak et des humiliations infligées aux sunnites par le Premier ministre en place, Nouri al-Maliki. 

Une conférence internationale portant sur l’avenir de la Syrie et des ressortissants sunnites est nécessaire dans les meilleurs délais possibles pour faire de l’intervention militaire un succès. Sachons tirer les leçons de nos erreurs passées et donner au règlement politique la même importance qu’au règlement militaire. 

La France devrait accueillir cette conférence.

Bruno Le Maire
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