Parents & enfants

Avoir des enfants est-il immoral?

Repéré par Christophe-Cécil Garnier, mis à jour le 24.11.2015 à 16 h 55

Repéré sur Quartz, L'Express, New Yorker

La vie est-elle si accueillante pour amener de nouvelles personnes dans cette galère?

Enfant en Inde | Swaminathan via Flickr CC License by

Enfant en Inde | Swaminathan via Flickr CC License by

Après les attentats terroristes du 13 novembre, L’Express a donné la parole aux parents qui angoissaient de faire naître leurs enfants dans un monde où l’on pouvait mourir à un concert ou en sirotant un verre à une terrasse. Une fois le texte lu, on pouvait se sentir prêt à en avoir. Et puis un article de Quartz est venu tout changer.

«Quand est-ce immoral d’avoir des enfants?» demande-t-il. Pour Rivka Weinberg, professeure de philosophie au Scripps College, il est moral d’avoir des bambins seulement si vous auriez été prêt, en vous mettant à leur place, à accepter de vivre avec l’ensemble des risques de ce monde dans lequel vous les faites naître.

Si cette prise de risque vous semble trop irrationnelle, mieux vaut oublier, explique l’auteure du livre The Risk of a Lifetime, ouvrage au titre évocateur sur le sujet. «Quand vous engendrez quelqu’un, vous lui imposez tous les risques de la vie», indique Rivka Weinberg. Mais à quel moment prendre un risque devient-il trop irrationnel? C’est toute la question autour du livre de la professeure de philosophie.

Avoir un enfant alors qu’on est au chômage est un risque mais pas au point que d’accepter de le prendre soit insensé. À l’inverse, procréer alors que l’enfant a une forte chance d’hériter d’une maladie génétique devient ici immoral.

Procréer, procréer, procréer

Là où l’argumentaire de Weinberg cause une polémique, c’est qu’elle considère qu’il serait immoral d’avoir des enfants alors qu’on se trouve en situation d’extrême pauvreté et de les faire naître dans cette situation:

«Je pense que le coût pour vous [les futurs parents] de ne pas procréer n’est pas aussi grand que le coût d’une personne vivant une vie de pauvreté abjecte –de malnutrition, sans accès aux soins médicaux basiques ou à l’eau potable. Si vous cumulez tous ces risques, la procréation me semble immorale.»

Certains pourraient objecter qu’on cause ainsi la dépopulation du monde et qu’on signe l’arrêt de mort de l’humanité. Dans un article du New Yorker datant de 2012, Christine Overall, l’auteure du livre Why Have Children?, objecte que faire des enfants pour la survie de l’humanité «tendrait à faire des femmes des esclaves vouées à la procréation». Les deux auteures démontent de la même façon l’argumentaire des parents souhaitant que leurs enfants s’occupent d’eux ou les soutiennent financièrement plus tard. «Quiconque fait des enfants pour le supposé soutien financier qu’ils peuvent fournir se berce sans doute d’illusions», surenchérit Christine Overall.

Autre argument battu en brèche: le fait que tout être mérite de connaître la vie. Rencontrer l’amour, découvrir les plaisirs gustatifs... Pour Christine Overall, les êtres qui n’existent pas n’ont pas de valeur morale, on ne leur doit donc rien. De plus, faire des enfants pour cette raison nous amènerait à procréer, procréer, procréer. Sans savoir quand s’arrêter. Quelles seraient donc les raisons de faire des enfants, si c’est immoral? En cherchant bien, on peut trouver cette citation d’Honoré de Balzac: «Un enfant n’est-il pas toute l’humanité?»

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