France

Il y a beaucoup moins de cas d’apologie du terrorisme qu’en janvier

Repéré par Lorenzo Calligarot, mis à jour le 23.11.2015 à 16 h 59

Repéré sur Le Figaro, Dalloz actualité

Les quelques dizaines d'affaires qui ont suivi les attentats du 13 novembre concernent essentiellement des accusés ivres ou souffrant de troubles psychiatriques.

Un impact de balle près du restaurant Casa Nostra | Slate/LC

Un impact de balle près du restaurant Casa Nostra | Slate/LC

Une caractéristique est commune à la quasi-totalité des affaires d’apologie du terrorisme recensées depuis le samedi 14 novembre: les auteurs étaient alcoolisés, drogués ou passibles de l’hôpital psychiatrique. Une simple recherche Google permet de dénombrer une trentaine d’affaires depuis la nuit du 13 novembre et les attentats qui ont fait 130 morts à Paris et à Saint-Denis.

Dans la nuit du vendredi 20 au samedi 21, trois jeunes d’une vingtaine d’années menacent des vigiles d’une boîte de nuit en faisant référence aux attentats; le 18 novembre, à 1 heures du matin, un Cristolien de 28 ans profère devant des policiers: «Je suis né en Syrie, je suis Syrien. La France et les Français, vous mangez bien dans la gueule avec tous ces attentats et c’est que le début. Il y en aura de plus en plus, c’est bien fait pour votre gueule.» Résultat? Un an ferme. À Versailles, même tarif pour un homme de 32 ans qui félicitait «ses frères confrontés à une telle injustice»Dimanche 15 novembre à Nice, une femme de 22 ans, contrôlée avec deux grammes d’alcool dans le sang qui, le 17 novembre, est condamnée à deux mois ferme pour avoir déclaré lors d'un contrôle de police: «Je suis une terroriste en puissance, je vais faire péter les bombes, j'ai une ceinture d'explosifs»Mercredi 17 novembre, c’est au tour d'un jeune homme atteint de trouble psychiatrique d'être condamné à un mois de prison avec sursis pour avoir affirmé: «Ce qui s'est passé dans le Xe, le XIe, ça va se passer dans le XIIIe, le XIVe

Débordements en milieu carcéral

La liste pourrait encore s’allonger. Elle reflète assez bien la majorité des affaires traitées depuis un peu plus d’une semaine. Pour autant, elles seraient moins nombreuses qu’en janvier dernier, rapporte le Figaro. Les tribunaux comptaient à l’époque 150 personnes visées par une procédure pour apologie du terrorisme dès la deuxième semaine après les attentats. «Nous sommes plutôt face à des personnes fragiles, dérangées ou alcoolisées qui, lors d'interpellations sur la voie publique ou de perquisitions administratives, vont traduire l'insulte à agent habituelle en des “je vais acheter une kalachnikov et je vais faire plus de 120 morts», explique les parquets de Paris, Bobigny ou Créteil dans les colonnes du quotidien. Au Tribunal de Grande Instance d’Evry, à peine quatre déferrements dont deux mineurs, interpellés notamment pour s’être opposés à la minute de silence du lundi 16 novembre. Sur place, on déclare qu’«il semble y avoir dans la population une plus grande identification avec les victimes qu'en janvier et une plus grande proximité aussi».

Néanmoins en milieu carcéral, de nombreux incidents ont été signalés après les attentats. De Fresnes à Fleury-Merogis en passant par la maison d’arrêt de Mulhouse, une trentaine de cas ont donné lieu à des poursuites disciplinaires et même à des affaires pénales. Ces actes vont du simple refus de respecter la minute de silence jusqu’au mime de la tuerie du bataclan. 

«Une justice de défoulement»

En janvier dernier, l'avocat connu sous le pseudonyme de Maître Eolas, condamnait, sur le site des Éditions Dallozla vague de jugement pour «apologie du terrorisme», en s'appuyant sur l'exemple d’un jeune homme de 21 ans sans casier judiciaire qui, ivre lors d’un contrôle de police agité, avait lancé aux policiers des injures du style «Mon cousin Coulibaly, il n’a pas flingué assez de mecs comme vous».

«C’est une justice de défoulement, une justice de frustration, aussi rationnelle que nous quand nous frappons le meuble sur le pied duquel, mal réveillés, nous avons cogné notre petit orteil, écrivait-il. […] Le terrorisme est pour le corps social comme une piqûre de guêpe: [...] cela arrache un cri de douleur, parfois des larmes. Mais ce n’est jamais mortel. Ce qui peut provoquer la mort, c’est la réaction excessive du corps face à cette agression. C’est le choc anaphylactique, le système immunitaire du corps qui, en surréagissant, finit par se détruire lui-même. C’est cette image qu’évoque pour moi cette pluie de condamnations. […] Non seulement cette répression absurde est inutile, mais elle est dangereuse.»

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