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Budget de la France: après nous le déluge

Gérard Horny, mis à jour le 01.10.2009 à 13 h 09

Le projet de budget pour 2010 porte les stigmates de la crise et de l'incapacité française à maîtriser les dépenses. Mais, nous assure-t-on, tout ira beaucoup mieux demain.

Les chiffres étaient déjà connus avant même la présentation officielle du projet de loi de finances pour 2010: François Fillon avait déjà largement défloré le sujet dans le Journal du Dimanche et les «fuites» organisées avaient largement alimenté le débat dans la presse. Mais certains méritent d'être rappelés: initialement prévu à 67 milliards d'euros, le déficit de l'Etat devrait en fin de comptes s'établir à 141 milliards cette année et ne reviendrait qu'à 116 milliards l'an prochain. La situation globale des finances publiques devrait continuer à se détériorer: compte tenu du nouveau recul attendu de l'emploi, les cotisations sociales rentreront mal en 2010 et le déficit de la Sécurité sociale augmentera encore. Au total, le déficit public atteindrait 8,5% du PIB (Produit intérieur brut) l'an prochain et la dette publique monterait à 84% du PIB.

Evidemment, on peut se consoler en se disant que d'autres grands pays industrialisés arrivent à des niveaux plus inquiétants encore. Mais quand on pense au mal qu'a eu la France pour revenir avant la crise à un déficit public inférieur à 3% du PIB, selon la norme européenne, on ne peut que s'interroger sur le temps qu'il faudra après un tel choc pour assainir nos finances. Le gouvernement a fait le choix de ne pas envisager une hausse du niveau global des prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales) en 2010. Ce choix est judicieux: l'amélioration actuelle enregistrée sur le front de l'activité économique est encore trop fragile pour qu'il soit possible de prendre des mesures risquant de freiner la reprise. Mais que se passera-t-il ensuite? De sérieux problèmes et pour de nombreuses années.

Plusieurs pistes peuvent être envisagées. L'inflation d'abord, qui a le mérite d'alléger le poids du remboursement de la dette. Mais l'inflation ne se décrète pas et surtout, dans un monde ouvert où les capitaux circulent, une inflation moins bien contrôlée ici qu'ailleurs aurait l'inconvénient majeur de provoquer une hausse des taux d'intérêt à long terme dans l'Hexagone. Ce serait une très mauvaise nouvelle pour notre économie.

Une autre solution serait la hausse des impôts. Elle paraît difficilement envisageable, de façon autre que temporaire et très ciblée, dans un pays qui a déjà un des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés au monde. A défaut d'être retenue pour les impôts d'Etat, cette solution risque cependant de devoir être adoptée pour la Sécurité sociale: la crise ne fait qu'aggraver la situation de nos institutions sociales ; la réalité est qu'elles sont structurellement dans le rouge. Des choix douloureux devront être faits: ou réduire drastiquement les dépenses, ou augmenter les prélèvements. Pour l'instant, on en est à grappiller un peu de CSG et CRDS sur les plus-values mobilières ou l'assurance-vie.

Mais qu'il s'agisse de la Sécurité sociale ou du budget de l'Etat, les annonces de hausse des prélèvements suscitent des réactions très négatives dans l'opinion: comment peut-on demander plus à certains contribuables alors que, quoi qu'il arrive, les plus aisés d'entre eux, ceux qui bénéficient du bouclier fiscal, sont désormais à l'abri de tout effort supplémentaire et que les restaurateurs viennent de profiter d'une baisse de la TVA qui va encore coûter 1,8 milliard d'euros à l'Etat l'an prochain?

Heureusement, pour résoudre nos problèmes, il y a une autre solution : la croissance, qui va faire rentrer l'argent dans les caisses. Les économistes craignent que la sortie de crise ne soit longue et difficile, mais Bercy nous l'annonce déjà: la hausse du PIB s'établira à 2,5% dès 2011 et cela permettra de réduire le déficit et... d'augmenter les dépenses, ce qui est fiscalement irresponsable et politiquement judicieux. Pour l'instant, on est dans une phase de croissance zéro des dépenses, en volume, hors mesures spécifiques de relance et Eric Woerth, le ministre du budget, insiste sur ce point: «cette stabilisation des dépenses est un point d'ancrage essentiel dans le pilotage de notre politique budgétaire».

Mais ce verrou va sauter en 2011: les dépenses publiques vont pouvoir progresser de 1% en volume dans la période 2011-2013. Elle n'est pas belle la vie? Il se trouve que cette embellie budgétaire programmée interviendra à la veille de l'élection présidentielle de 2012.

Gérard Horny

Image de Une: un village des Phillipines après le passage d'un typhon   Reuters

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