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#BrusselsLockdown: le génie belge avec les chats n'est plus à démontrer

«Raminagrobis, le chat attendant le train», de René Magritte (1946).

«Raminagrobis, le chat attendant le train», de René Magritte (1946).

Depuis que Bruxelles est en état d'alerte maximum, les Belges multiplient les photos de félidés sur les réseaux sociaux. Une réponse surréaliste à l'absurde.

Dimanche 22 novembre au soir, les autorités belges ont demandé aux médias et aux utilisateurs des réseaux sociaux de ne pas diffuser pendant quelques heures d'informations liées aux opérations en cours à Bruxelles, où est notamment recherché Salah Abdeslam, un des suspects des attentats de Paris. Une des réactions, immédiates, des internautes, a été d'inonder Twitter de photos... de chats, sous le hashtag #BruxellesLockdown, au point que même le quotidien Le Soir a affiché un chat en une.

Comme l'a souligné l'AFP, cet étalage de félidés constitue sûrement une manifestation du «sens aigu du surréalisme» de nos voisins d'outre-Quiévrain. Et si le chat constituait une des plus sûres manifestations de la culture belge, ce pays dont on dit parfois qu'il n'a pas de culture nationale? Tentative de démonstration en trois points.

Le chat gros comme un TGV

Maître du surréalisme, René Magritte, originaire du Hainaut, en Wallonie, a peint en 1946 à la gouache Raminagrobis, le chat attendant le train, qui montre un matou gros comme un train posé sur une voie de chemin de fer. Raminagrobis, le chat dans les fables de La Fontaine, était le nom du propre matou du peintre.

Le chat philosophe

Quand on pense chats et Belgique, difficile de ne pas songer à Philippe Geluck, Bruxellois de naissance. Le dessinateur a publié, depuis le milieu des années 1980, plusieurs dizaines de recueils mettant en scène le Chat, gros matou placide qui nous regarde de ses yeux exorbités en proférant des blagues absurdes.

Philippe Geluck

Le chat maître du monde

Né à Anvers, le dramaturge belge Jacques Sternberg a consacré plusieurs textes aux chats, notamment dans ses Contes glacés. On lui doit par exemple ce court récit expliquant comment ces félins sont devenus les maîtres du monde:

«Au commencement, Dieu créa le chat à son image. Et bien entendu, il trouva que c'était bien. Et c'était bien, d'ailleurs. Mais le chat était paresseux. Il ne voulait rien faire. Alors, plus tard, après quelques millénaires, Dieu créa l'homme. Uniquement dans le but de servir le chat, de lui servir d'esclave jusqu'à la fin des temps.

 

Au chat, il avait donné l’indolence et la lucidité; à l'homme, il donna la névrose, le don du bricolage et la passion du travail. L'homme s'en donna à coeur joie. Au cours des siècles, il édifia toute une civilisation basée sur l’invention, la production et la consommation intensive. Civilisation qui n'avait en réalité qu'un seul but secret: offrir au chat le confort, le gîte et le couvert.

 

C'est dire que l’homme inventa des millions d'objets inutiles, généralement absurdes, tout cela pour produire parallèlement les quelques objets indispensables au bien-être du chat: le radiateur, le coussin, le bol, le plat à sciure, le pêcheur breton, le tapis, la moquette, le panier d'osier, et peut-être aussi la radio puisque les chats aiment la musique. Mais, de tout cela, les hommes ne savent rien. À leurs souhaits. Bénis soient-ils. Et ils croient l’être. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes des chats.»

Ce texte a été originellement écrit pour le film d'Alain Resnais Je t'aime, je t'aime (1968), dont Sternberg a écrit le scénario et où il est récité par le personnage de Catrine (Olga Georges-Picot).


Signalons par ailleurs que l'amour de nos amis belges pour les chats a pu les conduire parfois à quelques débordements: en 2012, le plasticien flamand Jan Fabre avait fait scandale en jetant des chats sur les marches du grand escalier de l'hôtel de ville d'Anvers à l'occasion d'une performance artistique.

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