Monde

Une photo de Brooke Shields interdite à la Tate Modern

Temps de lecture : 2 min

Brooke Shield, nue, maquillée, âgée de 10 ans et arborant un air de Lolita: la photo de Gary Gross,  reproduite plus tard par Richard Prince, n'a cessé de faire parler d'elle. La Tate Modern Gallery de Londres a retiré la photo de l'actrice de l'exposition «Pop Life», jugée obscène par la police. Le cliché, appelé «Spiritual America», a été retiré à la suite d'une visite de policiers appartenant à l'unité chargée de la poursuite des publications obscènes, selon le quotidien The Guardian.

Un porte-parole de la Tate Modern a confirmé que l'accrochage avait été suspendu et le catalogue de l'exposition retiré des ventes, en rappelant néanmoins que le cliché était accompagné d'un avertissement et que la Tate possède l'autorisation légale pour le publier. Une source au sein de Scotland Yard a révèle que l'image de Brooke Shields a été remise en question à cause de son potentiel de provocation sexuelle.

A l'origine de cette image, on trouve le photographe Gary Gross, photographe publicitaire new-yorkais, mandaté par la mère de Brooke pour photographier sa fille, mannequin de l'agence Ford. Sa photo fait la une de Photo Magazine en juillet 1978, quand elle a 13 ans. A cette époque, Gross a un projet de publication, The Woman in the Child, dans laquelle il veut révéler la féminité de jeunes filles pré-pubères en les comparants à des femmes adultes. La mère de Brooke Shields signe un contrat cédant tous les droits à Gross pour l'usage des images de sa fille.

Mais en 1981, l'actrice juge ces photos embarrassantes et indique que sa mère a accepté la cession des droits pour une seule publication. Elle ouvre alors une bataille juridique, en évoquant une atteinte à sa sphère privée. La photo sera interdite de publication par des longues periodes, jusqu'à ce que la Cour donne raison à Gary Gross, qui peut enfin diffuser librement ces images, sauf dans un contexte pornographique. Mais le procès l'a totalement ruiné et a terni sa réputation: ses photographies sont désormais stigmatisées.

En 1992, l'artiste contemporain Richard Prince achète à Gross l'autorisation de reproduire et d'utiliser l'image de Brooke Shields. Il la rephotographie, en la recontextualisant et lui donne le titre «Spiritual America». Gross accepte de céder les droits à Prince pour un tirage de dix exemplaires.

En 2000, une exposition du Centre d'arts plastiques contemporains de Bordeaux (CAPC) sur le thème de l'enfance dans l'art avait présenté quelques 200 œuvres d'artistes comme Richard Mapplethorpe, Cindy Sherman, Nan Goldin, Christian Boltanski; l'image de Gary Gross y figurait. A l'issue de l'exposition, une plainte avait été déposée contre la reproduction dans le catalogue et l'album de l'exposition, vendus sous blister. Neuf ans après cette plainte, les organisateurs de l'expo ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour «diffusion de l'image d'un mineur présentant un caractère pornographique».

Par ailleurs, de mars à mai 2009 la photo de Brooke Shields faisait partie de l'exposition «Controverses», installée à la Bnf. L'idée de cette exposition était précisément de retracer toutes les photographies qui avaient suscité au moment de leur création ou parution, une polémique ou même un procès.

[Lire l'article complet sur guardian.co.uk]

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Image de Une: Gary Gross

 

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