Tech & internetFrance

Pourquoi nous avons lu autant de témoignages sur les attentats

Vincent Manilève, mis à jour le 04.12.2015 à 14 h 09

Spontanément, après les attentats de Paris, certains internautes ont décidé d’écrire de longs textes personnels sur internet, qui ont été repris dans les médias dans un mouvement d'ampleur.

©  Alice Durand  pour Slate.fr

© Alice Durand pour Slate.fr

«J’avais besoin d’écrire.» 

Le 15 novembre, un peu moins de quarante-huit heures après les attentats qui ont au total fait 130 morts en région parisienne, Aurore Bergé, conseillère nationale Les Républicains et élue des Yvelines, publie un message très personnel sur sa page Facebook:

 

J’avais besoin d’écrire."Le plus dur, c’est le jour d’après. Retrouver Paris. Les combats qui semblent déjà vains....

Posté par Aurore Bergé sur dimanche 15 novembre 2015

 

Cette publication, et le reste du texte, publié sur la plateforme Medium, tranche avec les messages politiques qu’elle publie habituellement. 

Comme Aurore Bergé, beaucoup de gens, qu’ils aient directement été touchés par les attentats ou non, ont décidé de publier leurs impressions, leur ressenti: sur Medium (iciici ou encore ), sur Twitter, Facebook, Instagram, sur des blogs personnels ou sur Reddit. Parfois même en écrivant des textes poétiques. Et dans un grand nombre de médias (Slate.fr compris), nous avons pu lire des reprises de ces témoignages ou des textes directement écrits pour la presse.  

L’un des messages les plus lus et partagés sur Facebook est celui d’Antoine Leiris, compagnon d’Hélène Muyal, 35 ans, l’une des victimes du Bataclan:

 

“Vous n’aurez pas ma haine” Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de...

Posté par Antoine Leiris sur lundi 16 novembre 2015

 

Plus de 220.000 personnes ont rediffusé son témoignage émouvant et les médias s’en sont fait un large écho, en France comme à l’étranger. 

Nous vous avions aussi parlé d’un autre message posté sur Facebook, accompagné d’une photo d’un T-shirt ensanglanté et écrit par une survivante du Bataclan, Isobel Bowdery. Sur ce post, partagé par des centaines de milliers de personnes –dont Mark Zuckerberg– avant d’être effacé, elle racontait l’enfer de la salle du concert et tenait à rendre hommage aux victimes et aux gens qui l’avaient aidée.

Tess, elle, n’a que 16 ans et n’est pas directement touchée par les attentats. Sur son compte Facebook, elle a pourtant décidé de se mettre à la place de l’une des victimes si elle devait écrire à sa mère:

Maman, j’ai beaucoup de choses à te dire. Ce soir, je suis rentrée dans cette grande salle et j’ai dansé. Dansé. Dansé....

Posté par Fuck it sur samedi 14 novembre 2015

 

Là encore, le même schéma: des milliers de partages de la part de personnes sincèrement touchées par les mots employés, des traductions dans plusieurs langues, et surtout un texte orienté sur l’intime et le partage. «J’ai ressorti ma plume ce soir, raconte Tess à la fin de ce texte. Je n’ai pas écrit depuis longtemps, c’est loin d’être beau mais c’est écrit avec le cœur.»

Comment expliquer l’ampleur de la circulation de ces innombrables prises de parole spontanées? 

1.Le besoin d’écrire

Au départ, bien sûr, l’ampleur du choc des attentats: 130 victimes. Du jamais-vu en France depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans les minutes qui ont suivi l’annonce de ces attaques, une émotion collective et solidaire a logiquement fait son apparition. Partagée par des millions de personnes à travers le monde.

Stéphane Rusinek, psychologue et auteur du livre Les émotions: du normal au pathologique, souligne «que l’on a tendance à faire du partage émotionnel car il mène à la ventilation émotionnelle, c’est-à-dire que plus on en parle et moins ces émotions ont d’effet».

Gérard Lopez, psychiatre et fondateur du centre de psychotraumatologie à Paris, reconnaît l’utilité de l’écriture si elle est faite dans de bonnes conditions: «Dans un cadre thérapeutique, l’écriture peut être très utile car elle permet de se confronter à ce que l’on redoute.» 

Instinctivement, beaucoup de personnes confrontées à des événements douloureux savent qu’écrire, parler, communiquer est bénéfique. Dans une thèse inédite (The effects of the communication of emotional experiences, Université de Louvain) citée dans l’ouvrage Le Débriefing psychologique (Dunod), on lit que «80% des personnes pensent que parler d’une difficulté psychologique apporte un soulagement».

La supériorité de l’écrit sur l’oral

Une récente étude, qu’a co-écrite Bernard Rimé, docteur en psychologie et auteur du livre Le partage social des émotions avec Séverine Balon, également sociologue spécialisée dans l’émotion, insiste sur la puissance de l’écriture dans le domaine de l’expression émotionnelle:

«Quand on a comparé les expression orales et écrites, on s’est rendu compte que la densité des émotions est plus profonde pour l’expression écrite, le vocabulaire est plus riche, nous explique le psychologue. À l’oral, on explique à l’autre; à l’écrit, on rentre plus profondément dans ses émotions.»

«Dans le discours oral, il y a beaucoup de règles implicites, continue Stéphane Rusinek, on exprime beaucoup de signaux émotionnels. Quand on passe par l’écrit, on doit faire attention, réfléchir aux mots, le travail cognitif est beaucoup plus important. On partage alors beaucoup plus de choses, ce qui permet de faire plus de ventilation émotionnelle.»

C’est ce qu’a ressenti Michaël Szadkowski, rédacteur en chef du Monde.fr et auteur d’un témoignage sur la plateforme Medium quelques jours après les attentats. «C’était quelque chose de très personnel. C’était un tel choc, brusque et soudain, que j’avais besoin d’ordonner ça, de le cristalliser, et d’en garder le plus de traces possibles.»

Bibliothécaire de 29 ans et rescapée de la fusillade du Bataclan, Julie a de son côté choisi de raconter sa convalescence sur Twitter. Et pour évoquer la balle qu’elle a prise dans le postérieur, elle a choisi un registre bien particulier: l’humour.

 

«Twitter me permettait de ne pas garder ces choses coincées dans ma tête, explique-t-elle par téléphone. Je jetais ces idées qui tournaient en boucle, et elles prenaient moins de place après. C’était un peu comme si je vidais mon sac.»

Écrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit

Marguerite Duras

Ce soulagement est un lieu commun de la littérature. «Écrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit», écrivait la spécialiste de l’autofiction Marguerite Duras dans Écrire. «Write hard and clear about what hurts» («Écrivez haut et fort sur ce qui fait mal»), disait aussi Ernest Hemingway, grand amoureux de la capitale française dont le livre Paris est une fête s’arrache dans les librairies depuis les attentats

Dans Le Monde des Livres du vendredi 20 novembre, vingt-huit auteurs ont également pris la plume pour «partager leurs sentiments et leurs convictions», ce qui fera dire au journaliste Jean Birnbaum:

«Chacune [de ces contributions] participe au geste crucial: face aux diseurs de mort, continuer à écrire la vie.»

Louise, 27 ans, a vu son témoignage publié dans Libération. Au début, en sortant de l’hôpital Cochin, elle n’avait pas vraiment envie de parler de ce qu’elle avait traversé. Une psychologue lui avait d’ailleurs dit qu’elle avait «le droit de ne pas tout dire à tout le monde» et qu’elle ne devait «pas trop ressasser». Mais là encore, l’écriture s’impose naturellement. «J’écris ce qui se passe dans ma vie car j’ai une mémoire un peu pourrie, dit-elle par téléphone. J’ai une sorte de journal intime, c’était donc normal pour moi d’écrire sur ça.» 

2.Le besoin de partager

«Dès que l’on ressent une émotion, il y a un processus de communication et donc un besoin de la partager avec ses proches. Il s’agit de deux choses quasiment indissociables, explique le docteur en psychologie Bernard Rimé. Pour cela, tous les canaux de communication sont les bienvenus, le premier étant le face à face, moyen privilégié. Ensuite, il y a les moyens à distance. Les gens cherchent ainsi une confirmation de leur expérience et une production de sens.»

Les réseaux sociaux sont désormais ces «moyens à distance» naturels parce de plus en plus de personnes en ont fait un outil quotidien de communication et de partage.

Les 16-30 ans passent «l’équivalent d’une journée par semaine sur leur smartphone», et une «large majorité (63%) de ces jeunes se connectent quotidiennement aux réseaux sociaux», expliquait Le Figaro le 30 novembre.

Dans le détail, on peut dire qu’en France il y a 2,3 millions d’utilisateurs sur Twitter, 61% ont moins de 35 ans et 33% des utilisateurs habitent en Île-de-France, où se sont déroulés les attentats. Facebook fournit également des données semblables, à une différence près: le site de Mark Zuckerberg compte «plus de 30 millions d’utilisateur en France», dont 20 millions d’utilisateurs quotidiens

 

Pour Michaël Szadkowski, du Monde.fr, que les gens aient décidé de se tourner vers les réseaux sociaux est donc une démarche assez naturelle: «Il y a eu un énorme besoin de verbaliser et de poser les mots sur une situation incroyable. Pour les gens qui utilisent internet régulièrement, cela a été très naturel pour eux de se servir des outils qu’ils avaient devant eux, que ce soit par texto, par Facebook, sur les blogs, via WhatsApp ou même Reddit.»

«Le partage s’est beaucoup fait par les réseaux sociaux parce qu’ils sont à disposition, continue le psychologue Stéphane Rusinek. Avant internet, le phénomène existait déjà, les gens se réunissaient physiquement. Désormais il y a un nouveau moyen de partager, plus seulement avec les gens qui sont proches physiquement, mais avec des gens qui sont proches de nous en ligne, parce qu’ils partagent nos intérêts par exemple.»

Ces journaux plus très intimes sont très vite devenus le réceptacle d’une grandes partie des émotions individuelles, et permettent de dépasser d’éventuels blocages que l’on a à l’oral. Twitter ou Facebook nous encouragaient d’ailleurs à exprimer notre soutien et partager nos émotions au plus grand nombre à travers des hashtags comme #PrayForParis (qui a battu un record d’utilisation), en vous proposant de changer votre photo de profil avec un filtre reprenant le drapeau tricolore ou en publiant un statut le soir des attentats pour dire que l’on été en sécurité. Un mouvement similaire était survenu lors des attentats de janvier 2015 avec le hashtag #JeSuisCharlie et la diffusion de dessins hommages.

Faire valider ses émotions

Mais les réseaux sociaux, blogs et diverses plateformes ne sont pas seulement plus accessibles, plus naturels que le papier aujourd’hui. Ils ont pour supériorité la possibilité de partage. 

S’exprimer sur les réseaux sociaux, explique Olivier Glassey, sociologue spécialisé dans les réseaux sociaux et professeur à l’université de Lausanne, «c’est d’abord un acte de parole, c’est dire quelque chose qui, on l’espère, va être écouté. C’est devenu un réflexe, surtout quand on ne s’adresse à personne en particulier, il s’agit d’une prise de parole publique». C’est additionner à la force de l’écrit l’avantage de l’oralité: l’écoute.

Être lu et entendu est le but même de l’existence des réseaux sociaux, qui reposent là encore sur un réflexe psychologique. «S’il y a émotion, cela va intéresser les gens, explique Bernard Rimé. C’est un signal fondamental qui crée une attention émotionnelle et les gens vont faire un effort accru pour y trouver du sens.» Une étude italienne expliquait en avril que, si une émotion est publiée sur les réseaux sociaux, alors il y a discussion et partage.

«Ce qui est important, c’est la transaction, à savoir les likes, les partages, reprend Olivier Glassey. Toutes ces petites marques sont autant de validation de notre existence. Quand on fait face à de tels événements, on cherche à savoir si l’on est pas la seule personne à penser telle ou telle chose. Cela nous permet de tester notre appartenance à un groupe.»

Si l’écriture pour soi soulage, l’écriture pour soi lue et acceptée sans jugement par autrui semble soulager davantage

Quentin Ledoux

Quentin Ledoux, psychologue spécialisé dans les réseaux sociaux, nous explique par email qu’il existe aussi un phénomène de validation des émotions à l’heure d’internet: 

«Les réseaux sociaux et les blogs (ici encore l’un va rarement sans l’autre) permettent d’essayer de trouver son “public”, d’être lu et de satisfaire ainsi sa recherche de reconnaissance et de considération par ses “pairs” (un autrui significatif pour soi), c’est-à-dire par des personnes ayant les mêmes problématiques et les mêmes émotions que soi à un instant t. Psychologiquement, si l’écriture pour soi soulage, l’écriture pour soi lue et acceptée sans jugement par autrui semble soulager davantage.»

«Cela permet de compenser l’impression d’insécurité après une expérience personnelle négative qui l’a profondément nourrie», confirme Bernard Rimé.

Et c’est ce même pouvoir de validation et de rassurance qu’offrent les médias: 

«En leur proposant des systèmes de partage de leurs émotions, ajoute le docteur en psychologie, les gens vont les utiliser car ils recherchent là aussi une validation, et la puissance de validation offerte par les médias est plus grande que celle proposée par l’entourage.»

À Slate.fr, certains internautes nous ont d’ailleurs contactés directement par email ou par Facebook pour nous proposer des textes: c’était le cas notamment de ce témoignage que nous avons publié le 17 novembre.

3.Le besoin d’entendre

Mais l’abondance des témoignages que l’on a pu lire dans les jours qui ont suivi les attentats ne provenait pas seulement de l’envie des présents d’en parler. Elle a aussi été suscitée par ceux qui voulaient les entendre.

Pour Louise, l’une des survivantes qui a raconté ce qu’elle a traversé au Bataclan au journal Libération, il s’agissait avant tout de répondre à une forte demande de son entourage, pour ne pas avoir à répéter encore et encore son récit. Elle a d’abord publié son texte sur un blog privé:

«Il y avait aussi beaucoup de gens qui me parlaient sur Facebook ou par message pour avoir des nouvelles, et je les comprends, m’a-t-elle expliqué par la suite. Alors j’ai écrit ce texte d’abord sur un blog privé, qui nécessitait un mot de passe pour y accéder. [...] C’était pour les autres, pour ne pas avoir à répéter constamment ce qui s’est passé. Je n’aurais pas été capable de le répéter constamment.»  

Un journaliste de Libération qu’elle connaît a eu accès au blog et lui a demandé si elle voulait bien que le quotidien reprenne son texte. Elle a accepté.

Les médias, ou le risque de la dépossession du témoignage

Une fois qu’un témoignage est publié, s’il est fort, il est très vite partagé, remarqué, alors il y a de fortes chances que les médias les récupèrent pour les rediffuser sur leur propre site (Slate.fr y compris), parfois en l’intégrant directement dans l’article, lui donnant ainsi encore plus de visibilité.

Il s’agit de la dernière étape du circuit émotionnel à l’heure d’internet. C’est le moment où le témoignage dépasse son auteur, qui prend alors conscience de la portée de son message quand d’autres personnes viennent lui dire qu’elles ont vu son nom sur tel ou tel média. C’est le cas de Tess «Fuck It», auteure d’une lettre sur Facebook évoquée au début de cet article:

 

Une chose folle qui s’est passée depuis le partage de mon texte, c’est le nombre d’articles qui ont été écrit sur moi,...

Posté par Fuck it sur mardi 17 novembre 2015

Cette reprise permanente souligne le virage éditorial entamé par les médias il y a déjà quelques années: les réseaux sociaux, qui proposent du contenu public, viral et gratuit sont devenus non seulement une source mais un matériau. Une étude de septembre 2015 de la société d’analyse Cision montre que les journalistes sont «près de 22% à déclarer prêter plus d’attention aux sollicitations envoyées via les réseaux sociaux que via les emails… Par ailleurs, 44% des journalistes s’en servent pour rentrer en contact avec des interlocuteurs capables de leur apporter des témoignages et expertises, on dépasse même les 80% pour les purs online.»

Cette démarche de crowdsourcing en ligne est désormais logique pour Arnaud Mercier, professeur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Lorraine, pour qui il s’agit avant tout d’une technique ancienne simplement remise à jour à l’heure des réseaux sociaux:

«Ce n’est pas forcément très éloigné du micro-trottoir que fait Le Parisien depuis des années. Aller sur les réseaux sociaux est devenu classique, mais il s’agit là d’une masse qui vient à vous et qui permet de donner une plus grande richesse et un panel plus large d’opinions.»

Le site Buzzfeed, qui place le partage émotionnel au cœur de sa stratégie («pour créer du contenu viral il ne s’agit pas d’inciter les gens à partager de l’information, il s’agit de les inciter à partager de l’émotion», notait Tech Crunch dans un article consacré à Buzzfeed), a bien compris cette nouvelle façon d’envisager sa relation avec les lecteurs. Ryan Broderick, directeur-adjoint de la rubrique International chez Buzzfeed, nous explique la méthode employée par son site (et beaucoup d’autres):

«Nous considérons les réseaux sociaux comme un fil d’actualité à part entière. Pendant les situations de “breaking news”, les gens sont très émotifs et partagent des tonnes de choses. Quand nous tombons sur un post Facebook très viral, nous essayons d’interviewer son auteur et nous voyons si on peut avancer à partir de ça, d’une manière ou d’une autre. Même si cela signifie simplement les interroger sur ce qu’ils ont écrit. Je pense que ce n’est pas très différent des traditionnels micro-trottoirs que l’on sort dans la presse papier. Sauf que, grâce aux réseaux sociaux, il y a une démocratisation des sujets qui intéressent les gens dans leur globalité. La réaction d’une personne à une histoire type “breaking news” qui, il y a quinze ans, aurait été une simple citation dans un article plus large est aujourd’hui un article à part entière.»

Cette méthodologie permet aussi aux médias d’entretenir des liens plus étroits et directs avec leurs lecteurs. Dans la reprise de ces contenus, ajoute Arnaud Mercier, il y a «une logique liée à l’émotionnel aussi, avec des messages qui expriment la joie, la tristesse, le rire… Cela apporte une capacité d’identification du public, de donner le sentiment qu’on est proche de lui car on lui donne la parole». 

Une question se pose pourtant: les médias ne profitent-ils pas un peu de la charge émotionnelle partagée de ces textes? De l’apport d’internautes que génère l’émotion? 

Julie, dont les tweets, publics, ont été récupérés en différents endroits, nous a par exemple avoué avoir trouvé un peu «bizarre» de voir son texte sur le site d’un média et plus uniquement sur son site personnel et privé. Elle a connu une mésaventure quand le site Elle.fr a décidé de lui consacrer un article (par la suite retiré) sans la contacter, dans lequel un tweet plein d’émotions était mal interprété et présenté comme une de ses remarques humoristiques sur sa convalescence:

«Ça m’a blessée, ça m’a posé problème. Cela partait sûrement d’un bon sentiment au départ, mais le fait que le journal reprenne mes tweets pour en faire un article sans me contacter, ça montre un peu la limite des réseaux sociaux. […] Ça fait un peu mal de se sentir dépossédée de ce qu’on a écrit.»

Informer par l’émotion

À Buzzfeed, Ryan Broderick estime pourtant qu’à travers l’utilisation de ces témoignages il s’agit avant tout de trier et d’expliquer le flux d’informations et d’émotions: 

«Sur les réseaux sociaux, ces énormes publications entraînent une tonne de conversations et la plupart des gens n’arrive pas à suivre ce qui se passe. Donc nous filtrons, nous organisons, nous vérifions et relions le contenu qui provoque tant de réactions à la personne qui en est l’auteur. Et je pense qu’organiser ce que l’on voit sur les réseaux sociaux est d’autant plus important durant un événement “breaking news”, où les gens sont effrayés, confus et chargés d’émotions.»

Arnaud Mercier refuse également d’y voir tout «calcul cynique»«Les journalistes aussi ont vécu un moment difficile, eux aussi cherchaient à partager leur émotion. Indépendemment d’un calcul cynique, il y avait la recherche d’un sentiment d’identification avec le lecteur.» Michaël Szadowski, rédacteur en chef du site LeMonde.fr, où ont justement été publiés plusieurs textes à la première personne, résume la situation en reliant la «valeur informative très importante» de ces témoignages et l’emprise émotionnelle qui régnait un peu partout en France: 

«Que ce soit dans les médias ou dans les réactions politiques, tout ce qui était fait l’était sous le coup de l’émotion. Ici, l’émotion, c’était de l’information.»

Vincent Manilève
Vincent Manilève (353 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte