FranceTech & internet

Pour certains politiques, le djihadisme, c’est la faute d'internet

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 20.11.2015 à 15 h 38

Repéré sur Europe 1, Rue89

Au lendemain des attentats et d’un renforcement de l’état d’urgence, les politiques ont tenu à réaffirmer leur position vis-à-vis d'internet, qu'ils considèrent comme le premier outil de radicalisation.

Capture d'écran de l'interview de Xavier Bertrand vendredi 20 novembre sur Europe 1.

Capture d'écran de l'interview de Xavier Bertrand vendredi 20 novembre sur Europe 1.

Connaissez-vous l’imam Google? Xavier Bertrand, du parti Les Républicains, oui. Interrogé sur Europe 1 vendredi 20 novembre à propos de la lutte antiterroriste sur internet, il a déclaré qu’il existait un «imam Google». «Un certain nombre de jeunes aujourd’hui, avant même d’aller dans les mosquées, affirme-t-il, c’est sur internet qu’ils trouvent le moyen de se radicaliser.»

Après en avoir fait appel aux géants d’internet, il a carrément demandé à la Hadopi, dont le but est à la base de défendre les droits d’auteur sur internet, «d’arrêter ses fonctions traditionnelles sur le téléchargement illégal, et que l’on mette tous [ses] moyens aujourd’hui pour traquer les sites et mettre hors d’état de nuire tous ceux qui se servent de Google, des réseaux sociaux, pour véhiculer le terrorisme». Une affirmation un peu rapide; comme le rappelait Le Monde en août dernier, la radicalisation passe avant tout par «la prison ou certaines mosquées radicales». Bien sûr, la formule rapprochant la figure de l’imam et le moteur de recherche sur internet a fait parler d’elle, et pas dans le bon sens.

«Vecteur d’une idéologie totalitaire»

Mais Xavier Bertrand est loin d’être le seul politique à avoir pris position contre internet en des termes plutôt étonnants. Lors des débats à l’Assemblée nationale consacrés au renforcement des lois encadrant l’état d’urgence, trois députés n’ont pas hésité à aller très loin dans leur discours ou leurs propositions.

Jean-Christophe Lagarde (président de l’UDI) a par exemple fait savoir qu’il serait dommage de ne pas être en mesure de couper internet pendant l’état d’urgence, comme l’explique le site Rue89. «S’interdire d’interrompre la diffusion d’informations aux moyens de réseaux sociaux, de sites internet [...] ne me paraît pas raisonnable», a-t-il estimé lors de la séance de débat. Mais ce n'est pas tout: il a aussi estimé que «le numérique est désormais la première arme des terroristes et internet le principal vecteur d’une idéologie totalitaire».

Un discours suivi par le député radical de gauche Roger-Gérard Schwartzenberg, qui a estimé que «l’instrument principal de provocation au terrorisme ou d’apologie du terrorisme est, au fond, internet, bien plus que les mosquées».

Enfin, on peut citer la proposition d’amendement numéro 41 présentée par le député LR Christian Estrosi. Il demandait que soit puni par une peine de cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende le fait de «consulter de façon habituelle un service de communication au public en ligne ou des réseaux sociaux internet mettant à disposition des messages, soit incitant directement à des actes de terrorisme, soit faisant l’apologie de ces actes». Le sens de cette formulation est très large mais il apparaît évident que le maire de Nice voulait punir le simple fait de se rendre sur des sites djihadistes. Que fait-on alors des journalistes qui peuvent les consulter à des fins professionnelles, ou même du député PS Jean-Jacques Urvoas, qui en signale régulièrement aux autorités pour les faire fermer?

Si cet amendement n’est pas passé, les députés ont néanmoins voté en faveur de deux amendements (le 50 et le 57) qui permettront au ministre de l’Intérieur de «prendre toute mesure pour assurer l’interruption de tout service de communication au public en ligne provoquant à la commission d’actes de terrorisme ou en faisant l’apologie». Des mesures qui existaient déjà mais qui inquiètent les défenseurs des libertés sur les pouvoirs dont disposera désormais le gouvernement:

«C'est au nom de leurs craintes que les députés, paniqués, sacrifient aujourd'hui les libertés, écrit la Quadrature du Net. [...] Devant ce vote en sur-urgence, il ne nous reste plus guère que la possibilité de documenter le désastre, en espérant un sursaut proche.»

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