Monde

L'État islamique raconté de l'intérieur

Temps de lecture : 3 min

Le site américain The Daily Beast a interviewé un ancien officier du service de contre-espionnage de Daech.

Fumée derrière un drapeau de l'Etat islamique après la prise de Saadiya en Irak par les Irakiens. REUTERS/Stringer
Fumée derrière un drapeau de l'Etat islamique après la prise de Saadiya en Irak par les Irakiens. REUTERS/Stringer

Ces derniers jours, le site américain The Daily Beast s’est attelé à une tâche des plus importantes et des plus difficiles: décrypter l’organigramme et le quotidien des cadres du groupe État islamique, à travers une série d’articles signés Michael Weiss. Ce journaliste qui s’est rendu plusieurs fois dans les zones de guerre syriennes au début du conflit, avant la montée en puissance de l’EI, s’est appuyé sur les entretiens qu’il a conduits à Istanbul avec un déserteur de Daech qu’il appelle Abu Khaled avec lequel il était resté en contact ces dernières années. Celui-ci, un Syrien très instruit et polyglotte, n’a pas toujours été islamiste.

Il cite même, voyant sa longue barbe dans son miroir lorsqu’il servait l’organisation terroriste, les paroles de la chanson Brain Damage de Pink Floyd: «There is someone in my head but it’s not me». Une liberté d’esprit qui ne l’a pas empêché de devenir un officier de l’Amn Al-Dawla, le service de contre-espionnage de l’État islamique, pendant un an, comme il le raconte dans ce premier article. À ce titre, il était chargé de la formation des apprentis agents de renseignement des terroristes et d’une partie de leur infanterie.

L'EI ressemble à ce qu'il prétend combattre

Abou Khaled, qui a fui les rangs de l’EI en septembre dernier et continue désormais le combat contre son ancien employeur à Alep où il s’est installé avec sa famille, décrit l’ossature de l’appareil répressif des services de sécurité de Daech (dénommés l’Amniyat) sur les terres que le mouvement contrôle, dans ce deuxième papier. Cette organisation ressemble à s’y méprendre à celle des régimes dictatoriaux que l’EI vomit.

L’Amniyat est ainsi divisée en quatre branches. En-dehors du service de contre-espionnage auquel appartenait Abou Khaled, on compte l’Amn Al-Dakhili, sorte de ministère de l’Intérieur, l’Amn Al-Askari, le renseignement militaire, l’Amn Al-Kharji, le service en charge de la préparation et de l’exécution des attentats. Et tout ce petit monde ne se contente pas d’espionner l’ennemi: par ces services, on se surveille entre émirs, entre provinces, entre espions.

Les luttes intestines sont d'ailleurs nombreuses à l’intérieur de l’EI et les Syriens en font les frais: ils ont été expulsés des positions de commandement. Ainsi, selon Abu Khaled, les chefs de l’Amniyat sont généralement des Palestiniens de Gaza et les cadres de l’EI sont bien souvent des Irakiens, anciennement fidèles de Saddam Hussein.

D'après l’informateur, ces hommes poursuivent avant tout le but nationaliste de reprendre le pouvoir à Bagdad mais ça n’empêche pas l’EI d’apporter un soin tout particulier à la piété religieuse dans les zones qu’il contrôle, explique ce troisième sujet. À Al-Bab, ville syrienne où Abu Khaled était stationné, une cage est disposée sur une place pour y accueillir plusieurs jours durant les individus convaincus de délits mineurs (comme fumer une cigarette par exemple) et édifier le peuple. Sur cette même place, on pratique aussi les exécutions.

Une police religieuse, la Al-Hisbah, parcourt les rues pour rabrouer les femmes insuffisamment couvertes et masquées et forcer les croyants à aller à la mosquée aux heures dites. Les recrues de l’EI, venues de groupes rivaux (comme Al-Qaïda ou l’armée d’El-Assad), sont quant à elles envoyées trois mois dans des camps de rééducation où elles doivent «se repentir».

Fous de Dieu et percepteurs d'impôts

Une autre police, la Jibaya, perçoit les très nombreux impôts exigés par les dirigeants. En échange de ces taxes, dit Abou Khaled, l’EI se mue en une sorte d’État-providence pour les questions de santé. Selon lui, les soins sont gratuits sur les terres du «Califat». Les soldats sont aussi attirés par les rémunérations de Daech, plus fortes qu’ailleurs: un salaire mensuel de cent dollars (payé dans la devise américaine) auxquels s’ajoutent cinquante dollars en cas de mariage et trente-cinq dollars par enfant.

Mais les mensonges et le cynisme ont fini par pousser Abou Khaled à quitter (en mobylette puis minibus) l’EI avant de faire venir sa famille à Alep, ville tenue par les rebelles ennemis de l’EI. Il retrace son périple dans cet ultime article. Sa désertion fait écho au déclin progressif de recrues arrivant grossir les rangs de Daech. Le nombre de kamikazes ne chute pas, quant à lui. C’est à l’arrivée des nouveaux-venus que se décident les futurs exécutants des attaques-suicides: «Et devenir kamikaze est un choix», affirme Abou Khaled.

Slate.fr

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