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Après les attentats, des musulmans agressés partout en France

Des insultes, des femmes voilées agressées ou suspectées... Comme après l'attentat contre Charlie Hebdo, certains Français font l’amalgame entre croyants en l’islam et membres de l’État islamique.

«Sales arabes», «terroristes» puis des coups de feu devant un vendeur de kebab à Blaye (Gironde), une mosquée devant laquelle on laisse du jambon et du lard ainsi que des inscriptions «La France aux Français» à Pontarlier (Doubs), des croix rouges dessinées sur la mosquée de Créteil (Val-de-Marne), la salle de prière et la boucherie hallal d’Oloron Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques) taguées, des inscriptions telles que «Mort aux musulmans» trouvées sur les murs de la mairie d’Évreux (Eure) le 14 novembre... La liste des actes islamophobes s’allonge après les attentats revendiqués par l’État islamique le 13 novembre à Paris et Saint-Denis qui ont fait au moins 130 morts et plus de 300 blessés. 

Des musulmans sont attaqués, comme s’ils étaient en partie responsables des actes commis par l’État islamique.

Après l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier dernier, le collectif contre l’islamophobie (CCIF) dénonçait déjà une augmentation de 70% des actes perpétrés à l’encontre des musulmans. Entre le 7 et le 12 janvier, pas moins de cinquante-quatre actes anti-musulmans avaient été recensés par le collectif, rapporte Le Monde. Alors que, paradoxalement, en juin dernier, une étude du Pew Research Institute indiquait que les Français étaient plus nombreux qu’en 2014 à avoir une opinion favorable vis-à-vis des musulmans. L’Observatoire national contre l’islamophobie du Conseil français du culte musulman évoque ce jeudi 19 novembre vingt-quatre actes enregistrés depuis le 13.

Un racisme anti-musulman

Près d’une semaine après les attentats de Paris et Saint-Denis, les Français voient ces actes, ces propos se multiplier. Le journaliste de 20 Minutes William Molinié souligne sur Twitter qu’un policier se dit «débordé» par les dénonciations et signalements déplacés basés sur des signes d’appartenance à l’islam:

«Votre tenue m’agresse!» C’est une scène tournée dans le RER A et qui montre effectivement la confusion de certains face à une religion dont ils ne savent pas que la majorité des croyants rejette absolument ce que revendique l’État islamique. Un homme est pris à partie par une femme qui n’a vu que ses vêtements pour en déduire sa religion et l’interpeller. L’homme garde son calme. Analysée et vérifiée par la rédaction de France 24, la vidéo et son contexte sont expliqués par la journaliste de la chaîne:

«Au premier plan, de dos, un homme est assis. Face à lui, une femme l’invective, critiquant sa tenue. L’homme porte la barbe, un bonnet et, d’après nos informations, bien que ce ne soit pas visible sur les images, un qamis, tenue longue portée par des hommes de confession musulmane, le plus souvent pour se rendre à la mosquée. La femme, qui se dit agressée par cette tenue pourtant assez courante, s’attaque verbalement au passager. Ce dernier garde son calme, tente d’argumenter, mais se sent obligé de se justifier sur les événements récents, lançant: “Mais je n’ai rien à voir avec les attentats moi!”»

À Paris, c’est encore cette scène dans un bus (racontée par un journaliste sur Facebook) où un homme lance à une femme voilée: «Et la laïcité vous connaissez?»

Dès le lendemain des attentats, une femme voilée s’était déjà vu refuser l’entrée dans un magazin Zara. Le responsable de la sécurité explique dans la vidéo que n’importe quel personne portant «un chapeau, une casquette» se voit obligé de retirer son couvre-chef. La loi française indique pourtant que seuls le port de la burka ou du niqab sont interdits dans les lieux publics.

Il y a aussi les reproches sur la réaction que «devraient» avoir les musulmans. Naceur Benyahia, président de l’association musulmane et cultuelle de la mosquée de Pontarlier dans le Doubs attaquée ce samedi 14 novembre, explique au Plus de L’Obs que «les musulmans sont fatigués de devoir toujours se justifier»:

«À la radio, j’ai entendu des auditeurs déclarer que nous, musulmans, nous ne manifestions pas assez notre tristesse. C’est faux. En hommage aux victimes des attentats, l’ensemble des habitants de Pontarlier s’est recueilli. Ensemble, nous avons entonné “La Marseillaise” et observé une minute de silence.»

Des insultes aux agressions

À Marseille, les choses vont plus loin. Une jeune femme portant le hijab est agressée le 18 novembre à la sortie d’une bouche de métro dans le centre de la ville. La direction département de la sécurité publique indique à l’AFP que l’agresseur a fait référence aux signes religieux de la jeune femme qui portait un voile (laissant son visage apparaître) et l’a assimilée à une terroriste, avant de lui mettre un coup de poing et de la blesser au thorax avec un objet contondant. Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a exprimé «son indignation» dans un communiqué.

Ce sont aussi des perquisitions et des assignations à résidence dont les concernés ne comprennent pas bien les raisons. Interrogée par Mediapart, qui a visité les locaux du CCIF, une jeune femme appelle la ligne d’assistance créée pour répondre à ceux qui se disent suspectés parce qu’ils sont musulmans. Comme cet homme, récemment converti à l’islam selon Mediapart, qui rapporte ce que lui a dit un collègue: «Il m’a raconté que les gens faisaient des blagues sur le fait que j’aurais pu me faire sauter… Comment retourner au travail après ça?»

François Hollande a réaffirmé le 18 novembre l’importance de lutter contre ces actes à l’encontre des musulmans.

De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump, candidat à l’investiture républicaine, répondant aux questions de Yahoo News après les attentats à Paris, envisage sérieusement l’impensable: lister les musulmans américains et faire surveiller les mosquées.

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