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Daech est déterminé à fabriquer des armes chimiques

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 20.11.2015 à 11 h 12

Repéré sur AP, The Guardian, Le Figaro

Les services de renseignement irakiens et américains ont fait savoir que Daech a lancé une filière de développement d’armes chimiques.

Des soldats irakiens brandissent le drapeau de l’État islamique qu'ils viennent de saisir après des combats à Anbar le 26 juillet 2015 | REUTERS/Stringer

Des soldats irakiens brandissent le drapeau de l’État islamique qu'ils viennent de saisir après des combats à Anbar le 26 juillet 2015 | REUTERS/Stringer

«C’est une guerre dont le front se déplace constamment et se retrouve au cœur même de notre vie quotidienne. L’imagination macabre des donneurs d’ordre est sans limite: fusil d’assaut, décapitation, bombe humaine, armes blanches […]. Il ne faut aujourd’hui rien exclure et je le dis avec toutes les précautions qui s’imposent mais nous savons et nous l’avons à l’esprit, il peut y avoir aussi le risque d’armes chimiques et bactériologiques.»

Devant l’Assemblée nationale, jeudi 19 novembre, le Premier ministre, Manuel Valls, a évoqué pour la première fois le risque d’attaques chimiques et bactériologiques sur le territoire français. Ce genre de menace n’est pas nouveau, de tout temps les armes chimiques ont été développées dans le cadre de guerres, mais un article d’Associated Press étaye les propos du chef du gouvernement.

«Daech poursuit de manière agressive le développement d’armes chimiques, et met en place une branche dédiée à la recherche l’expérimentation avec l’aide de scientifiques d’Irak, de Syrie, et d’ailleurs dans la région», écrit l’agence, qui cite des sources du côté des services de renseignement irakiens et américains. Un agent irakien a ainsi indiqué à AP que les terroristes de l’État islamique «ont maintenant une liberté totale pour choisir des endroits pour leurs laboratoires et ont beaucoup d’experts, militaires comme civils, pour les aider».

Aveuglement temporaires et hémorragies

Si les Américains pensent que Daech n’a pas les moyens de créer des armes sophistiquées comme les agents neurotoxiques (notamment le gaz sarin), l’armée de djihadistes a déjà utilisé du gaz moutarde sur le terrain. Ces dernières années, plusieurs raids et arrestations en Irak ont confirmé la présence de laboratoires et de matériels dangereux développés par des djihadistes diplômés en chimie ou en physique. En 2013, ajoute AP, un des lieutenants du groupe écrivait déjà dans un rapport qu’il y avait des «progrès notables» dans le développement de ce type d’armes.

Il y a quelques jours, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) confirmait l’usage de ce gaz dans un combat entre djihadistes et rebelles en Syrie l’été dernier. Le Guardian rappelait alors que cet agent «entraîne l’apparition de cloques douloureuses sur la peau, irrite les yeux et fait enfler les paupières, rendant temporairement aveugles ses victimes. Des hémorragies internes et externes peuvent alors détruire les poumons».

Reste à savoir si ce genre d’arme peut être acheminé vers la France en vue de nouvelles attaques. Sur le site du Figaro, Olivier Lepick, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des armes chimiques, estimait qu’il est «compliqué d’organiser un attentat aux armes chimiques» avant de préciser que, si une attaque survenait, «Daech ciblerait probablement un endroit confiné comme une station de métro», peut-être à l’aide d’une «bonbonne de gaz moutarde ou des obus chimiques reliés à un système explosif».

Jean-Yves Nau explique sur Slate.fr qu’un arrêté publié dans le Journal Officiel du 15 novembre «autorise l’utilisation de sulfate d’atropine» en France. C’est «l’un des rares antidotes efficaces connu contre ces armes chimiques», expliquait notre contributeur. Cet arrêté, qui visait d’abord à prévenir d’éventuelles attaques lors de la COP21, pourrait donc prendre toute son importance au lendemain des attentats de Paris.

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