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Aux Etats-Unis, la psychose anti-réfugiés syriens rappelle celle contre les réfugiés juifs

Claire Levenson, mis à jour le 20.11.2015 à 8 h 27

Deux jeunes réfugiées syriennes à Sacramento, le 19 janvier 2015. REUTERS/Max Whittaker.

Deux jeunes réfugiées syriennes à Sacramento, le 19 janvier 2015. REUTERS/Max Whittaker.

Les auteurs des attentats du 13 novembre ont beau être de nationalités française et belge, une psychose anti-réfugiés syriens est en train de s'installer aux Etats-Unis. Les gouverneurs de 31 Etats américains, tous Républicains sauf un, se sont déjà déclarés opposés à l'accueil de familles réfugiées venues de Syrie, arguant qu'elles représentent un danger sécuritaire trop grand. Comme la politique d'accueil des réfugiés se fait au niveau fédéral, ce rejet devrait être considéré comme illégal, mais cela n'a pas empêché certains de commencer à prendre des mesures concrètes.

Le gouverneur de l'Indiana a déjà fermé les portes de son Etat à une famille syrienne, qui a été à la place transférée dans le Connecticut. Dans le Tennessee, un élu local a dit qu'il faudrait que la Garde Nationale arrête et expulse les familles syriennes déjà présentes dans l'Etat. Et jeudi 19 novembre, au Congrès, les Républicains ont fait passer une loi visant à suspendre l'accueil des réfugiés syriens jusqu'à ce que le processus de sélection soit encore plus sécurisé. Le président Obama a déjà annoncé qu'il mettrait son veto à cette proposition.

L'opinion publique américaine est également peu favorable aux réfugiés syriens. Selon un sondage effectué par Bloomberg après les attaques du 13 novembre, 53% des Américains sont opposés à l'accueil de réfugiés syriens et 11% pensent qu'il ne faut accepter que les chrétiens, une position qui est défendue par les candidats républicains Jeb Bush et Ted Cruz.

«L'exemple des réfugiés juifs est particulièrement fort parce qu'on sait comment ça a fini»

Cette attitude a beaucoup été comparée à la xénophobie des Américains à la fin des années 1930 face à l'arrivée de réfugiés juifs, principalement venus d'Allemagne. Sur Twitter, l'historien Peter Shulman a posté des sondages datant de 1938 et 1939 qui montrent que ces réfugiés étaient alors également très mal vus. A la question de savoir si les réfugiés allemands et autrichiens fuyant le nazisme devraient être accueillis, 67% d'Américains disaient que non. 

Dans le Washington Post, Ishaan Tharror rappelle que, comme les réfugiés syriens d'aujourd'hui, les juifs étaient alors considérés «porteurs d'idéologies dangereuses, notamment le communisme et l'anarchisme.»

«USA Juillet 1938: Que pensez-vous du fait de laisser des réfugiés politiques allemands et autrichiens venir aux Etats-Unis?»

En avril 1939, les citoyens américains n'étaient pas non plus enthousiastes à l'idée d'aider des enfants juifs allemands: 61% pensaient que le gouvernement américain ne devrait pas les accueillir dans le pays.

«USA 20 Janvier 1939: Le gouvernement américain doit-il autoriser dix mille enfants réfugiés, la plupart juifs, à venir d'Allemagne?»

Cette dureté, même à l'égard des enfants, fait écho à une récente déclaration du gouverneur républicain du New Jersey Chris Christie. Suite à une question d'un journaliste, il avait dit qu'il ne ferait pas d'exception pour les «orphelins de cinq ans» tant que le processus de filtrage n'était pas renforcé.

«Les situations ne sont pas exactement parallèles, et je ne dis pas qu'elles le sont» explique l'historien Peter Shulman au Time au sujet des réfugiés juifs et syriens. «Mais en termes de réponse politisée et nativiste à une crise des réfugiés, nous avons déjà fait l'expérience. Et l'exemple des réfugiés juifs fuyant l'Europe de la fin des années 1930 est particulièrement fort parce qu'on sait comment ça a fini.»

Procédure très rigoureuse

De nombreux médias ont rappelé à quel point le processus de sélection des réfugiés syriens est déjà rigoureux. Etre approuvé pour s'installer aux Etats-Unis prend entre dix-huit mois et deux ans et les familles doivent être interviewées et approuvées par cinq agences fédérales différentes: le Centre national de contre-terrorisme, le FBI, le Département d'Etat, le Pentagone et le Département de sécurité intérieure.

Pour répondre aux insinuations des élus républicains selon lesquelles le processus est laxiste, une réfugiée d'origine bosniaque a tweeté le récit de comment sa famille a été acceptée aux Etats-Unis (tout en précisant que c'est maintenant plus compliqué pour les Syriens), évoquant la paperasse, les entretiens, les vérifications et les mois d'attente.

«C'est le premier de nombreux entretiens que tu feras. Tu t'assois dans une pièce avec un bureau et une chaise. Un représentant de l'ONU est là pour te poser des questions.»

«Tu leur racontes votre histoire. Ta mère leur raconte votre histoire. Ton père leur raconte votre histoire. Ton frère de sept ans aussi.»

«Ils vous séparent pour que vous racontiez vos histoires individuellement. Puis vous racontez votre histoire ensemble. Vous leur parlez de la guerre, de l'après-guerre.»

«Ils te disent qu'ils vont appeler. Tu attends et tu attends et tu attends. C'est à peu près le vingt-quatrième mois. Ils appellent. Votre demande est approuvée.»

«Votre demande est approuvée parce que votre histoire correspond aux informations qu'ils ont. Ils ont des preuves que votre histoire est vrai. Tu ne peux pas mentir.»

Claire Levenson
Claire Levenson (141 articles)
Journaliste
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