Monde / France

François Heisbourg: «Je ne pense pas que bombarder Daech soit la clé du problème»

Temps de lecture : 2 min

François Heisbourg était l’invité de l'émission «Politique» sur France 24. Il a mis en garde les autorités et déclaré qu’une attaque au Moyen-Orient serait insuffisante si l’on n’apportait pas des réponses locales.

Un Rafale et un Super-Étendard fighter sur le porte-avions Charles-de-Gaulle avant son départ de la base navale de Toulon,le 18 novembre 2015 | REUTERS/Jean-Paul Pelissier
Un Rafale et un Super-Étendard fighter sur le porte-avions Charles-de-Gaulle avant son départ de la base navale de Toulon,le 18 novembre 2015 | REUTERS/Jean-Paul Pelissier

«Il faut faire attention à ne pas réagir sous le coup de l’émotion», a mis en garde François Heisbourg, président de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) sur France 24. Il était invité de l’émission «Politique», dont Slate.fr est partenaire, aux côtés de Bruno Le Maire, député LR de l’Eure et ancien ministre de l’Agriculture.

Déclencher une action militaire en Syrie et Irak, sur le territoire de Daech, n’était-il pas l’objectif de l’organisation terroriste? se demande l’expert, et il n’est pas le seul, comme nous vous l’expliquions dans cet article sur la «zone grise» de coexistence entre musulmans et non-musulmans à laquelle s’attaquent les djihadistes. «Les terroristes veulent inspirer la crainte, ils veulent nous faire agir comme ils souhaiteraient que nous agissions. Regardez comment Daech a réussi avec ce faux passeport syrien à retourner la crise des migrants. Il ne faudrait pas qu’il y ait carton plein sur les autres sujets», a commenté François Heisbourg, répondant à une question de Jean-Marie Colombani (directeur de Slate.fr).

Le piège de Daech

Et si la réaction française avait été anticipée et prévue, et même encouragée, par Daech? Le président de l’International Institute for Strategic Studies tire la sonnette d’alarme: «Daech essaie de nous emmener au plus profond de l’Orient. C’est un piège, c’est le titre d’ailleurs de l’excellent livre de Pierre-Jean Luizard Le piège Daech. Il fait le point sur ce problème d’une façon magistrale. Je crains que nous ne soyons trop rapides...»

Quand bien même cette attaque serait justifiée, la bataille sera longue et rude, prévient le conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique: «Daech est une organisation étoffée, [...] une organisation compétente à la différence d’al-Qaida: elle l’est par exemple en matière de levée d’impôts, de recrutements, etc. En termes d’efficacité et de savoir-faire, elle ressemble au Hezbollah. C’est un proto-État.»

Faut-il des frappes militaires sur Daech? Pas forcément, ou pas prioritairement, estime l’expert en sécurité et terrorisme. «C’est utile d’affaiblir Daech au Levant. On ne va pas se priver de ce plaisir. Mais ce n’est pas ça qui va permettre à nos services de sécurité de ne pas passer à côté d’une nouvelle attaque. Cela passera par une réforme sérieuse, c’est beaucoup plus important. Les avions, cela fait de la bonne télévision, bien sûr… mais est-ce que c’est là où se passe l’essentiel du problème Daech? On a affaire à des Français, vivant en France.»

«Si demain Raqqa tombe, est-ce que cela empêchera ce type d’attentats en France?» s’interroge François Heisbourg. Et de conclure: «Je ne pense pas que bombarder Daech soit la clé du problème.»

Slate.fr

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