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Le passeport syrien, probable manœuvre de Daech pour stigmatiser les réfugiés

Un réfugié syrien brandit son passeport à Roissy le 2 octobre 2015 | REUTERS/Stephane Mahe

Un réfugié syrien brandit son passeport à Roissy le 2 octobre 2015 | REUTERS/Stephane Mahe

Plusieurs éléments laissent à penser que le passeport retrouvé à Saint-Denis près d’un des kamikazes est un faux et surtout qu’il a été sciemment utilisé par l’État islamique.

Nombreuses ont été les personnalités politiques à évoquer un éventuel danger de l’infiltration de membres de l’État islamique parmi les réfugiés arrivant en Europe. «Combien de Mohamed Merah dans les bateaux, les avions qui chaque jour arrivent en France remplis d’immigrés?» se demandait ainsi Marine Le Pen dès 2012. Christian Estrosi était encore plus affirmatif en août dernier sur France info: «Parmi les migrants, nous avons des terroristes de Daech qui s’infiltrent.» Le fait que, le lendemain des attentats du 13 novembre, un passeport syrien ait été retrouvé près d’un kamikaze du stade de France pourrait bien être une stratégie de Daech pour précisément renforcer ces préjugés xénophobes et anxiogènes.

Car, si la présence de ce passeport sur le lieu de l’attentat a pu faire croire pendant un temps qu’un terroriste avait profité de l’afflux de migrants syriens en Europe pour se rendre en France et y commettre un attentat, beaucoup d’éléments mettent à mal cette thèse, comme le rapporte notamment CTV News Montréal. En effet, si ledit passeport a été enregistré le 3 octobre sur l’île de Leros, une petite île grecque située à trente-cinq kilomètres des côtes turques, il appartient à un certain Ahmad al-Mohammad, soldat syrien fidèle à Bachar el-Assad, qui a été tué il y a plusieurs mois lors de la bataille d’Idleb.

Faux passeport?

La première hypothèse est que ce passeport pourrait être un faux. En effet, la contrefaçon de faux documents se démocratise, comme nous l’évoquions il y a quelques semaines, et les faux passeports syriens sont très prisés (ils coûtent autour de 1.500 euros) car ils permettent plus facilement d’obtenir l’asile en Europe. Sans compter que, depuis samedi, plusieurs copies de ce passeport ont été retrouvées en Europe. 

Les autorités serbes ont par exemple interpellé un individu porteur du même document au nom d’Ahmad al-Mohammad, rapporte le quotidien serbe Blic, cité par La Dépêche: «Le document, qui contenait le même nom et les mêmes données mais une photographie différente, a été découvert samedi dans le centre d’accueil à Presevo et la personne qui le détenait a été retenue pour être interrogée.» Un faussaire basé en Turquie pourrait être à l’origine de la fabrication de ces deux faux papiers. Par ailleurs, un reporter du Mail Online a pu, en seulement quatre jours et pour 2.000 dollars, se procurer le même document que celui retrouvé près du kamikaze.

Orchestration

Rien ne prouve toutefois à ce jour que le passeport syrien retrouvé à Saint-Denis soit un faux. Il pourrait aussi être authentique et avoir été récupéré sur la dépouille d’Ahmad al-Mohammad. La bataille d’Idleb, qui a débuté le 24 mars 2015, a vu la victoire des rebelles salafistes et djihadistes syriens face aux soldats de Bachar el-Assad. Il serait donc envisageable qu’un djihadiste ait récupéré le document sur ce soldat décédé lors des combats.

Le ministre de l’Intérieur allemand Thomas de Maizière a déclaré mardi 17 novembre qu’«il existe des indications selon lesquelles il s’agit d’une (fausse) piste orchestrée, mais il n’est pas non plus possible d’exclure qu’il s’agisse d’un terroriste venu en Europe, en France, probablement via l’Allemagne».

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